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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2002290

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2002290

mardi 4 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2002290
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantCABINET COLL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 mars 2020 et 13 avril 2022, M. B A, représenté par Me Coll, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 février 2020 par laquelle le maire de la commune de Boutigny-sur-Essonne l'informe que sa demande de permis de construire a fait l'objet d'une décision tacite de rejet le 31 janvier 2020 ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Boutigny-sur-Essonne de lui délivrer un permis de construire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jours de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Boutigny-sur-Essonne la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- il est titulaire d'un permis de construire tacite obtenu le 20 janvier 2020 de sorte que la décision attaquée doit être requalifiée de décision portant retrait de permis de construire ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme dès lors que ce retrait est intervenu alors que le permis, dont il est tacitement titulaire, n'était pas entaché d'illégalité ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que le maire ne pouvait refuser de lui délivrer le permis de construire demandé sans méconnaitre les dispositions de l'article 2 du règlement du PLU.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2021, la commune de Boutigny-sur-Essonne, représentée par Me Le Baut, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. A de la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est dirigée à l'encontre du courrier du 20 février 2020, lequel présente un caractère purement informatif et confirmatif de la décision tacite de rejet née le 31 janvier 2020 ;

- le terrain d'assiette du projet se situe dans le site classé dit " C " de sorte qu'aucun permis de construire ne pouvait être délivré en l'absence d'une décision expresse du ministre chargé des sites ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maljevic, conseiller,

- les conclusions de M. Fraisseix, rapporteur public,

- les observations de M. A, et de Me Le Baut représentant la commune de Boutigny-sur-Essonne.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a déposé, le 23 octobre 2019, une demande de permis de construire portant sur la reconstruction à l'identique d'une grange détruite. Par un courriel du 30 octobre 2019, le service instructeur de la commune de Boutigny-sur-Essonne a informé M. A de ce que sa demande de permis était incomplète et que le délai d'instruction de celle-ci était porté à quatre mois. Par un courriel du 3 novembre 2019, M. A a accusé réception de ce courriel et a déposé, le 5 novembre suivant, une pièce complémentaire. Le 2 décembre 2019, le service instructeur a informé M. A que la demande de permis de construire était toujours incomplète et que cette demande pouvait être complétée jusqu'au 30 janvier 2020. Par une décision du 20 février 2020, le maire de la commune de Boutigny-sur-Essonne a informé l'intéressé que sa demande de permis de construire avait fait l'objet d'une décision tacite de rejet le 31 janvier 2020. Le requérant doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision tacite de rejet de sa demande de permis de construire, née le 31 janvier 2020, cette dernière décision n'était pas devenue définitive à la date à laquelle l'intéressé a introduit sa requête.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la nature de la décision attaquée :

2. Aux termes de l'article R. 423-19 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet ". Aux termes de l'article R. 423-22 du même code : " Pour l'application de la présente section, le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-41 ". Aux termes de l'article R. 423-38 du même code, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou, dans le cas prévu par l'article R. 423-48, un échange électronique, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes ". Aux termes de l'article R. 423-39 du même code : " L'envoi prévu à l'article R. 423-38 précise : a) Que les pièces manquantes doivent être adressées à la mairie dans le délai de trois mois à compter de sa réception ; / b) Qu'à défaut de production de l'ensemble des pièces manquantes dans ce délai, la demande fera l'objet d'une décision tacite de rejet en cas de demande de permis ou d'une décision tacite d'opposition en cas de déclaration ;/ c) Que le délai d'instruction commencera à courir à compter de la réception des pièces manquantes par la mairie ". Aux termes de l'article R. 423-48 du même code, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Lorsque la demande précise que le demandeur accepte de recevoir à une adresse électronique les réponses de l'autorité compétente, les notifications peuvent lui être adressées par échange électronique. / Dans ce cas, le demandeur est réputé avoir reçu ces notifications à la date à laquelle il les consulte à l'aide de la procédure électronique. Un accusé de réception électronique est adressé à l'autorité compétente au moment de la consultation du document. A défaut de consultation à l'issue d'un délai de huit jours après leur envoi, le demandeur est réputé avoir reçu ces notifications ".

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la demande de permis de construire en litige a été déposée à la mairie de Boutigny-sur-Essonne le 23 octobre 2019, comme en atteste le récépissé de dépôt daté du même jour, produit aux débats. Ce récépissé prévoit notamment la possibilité pour la commune d'adresser un courrier au pétitionnaire, dans le délai d'un mois suivant la réception de la demande de permis de construire, pour lui indiquer un autre délai d'instruction, pour lui demander des pièces complémentaires ou pour l'informer que son projet ne pouvait faire l'objet d'un permis tacite.

4. Or, par un courriel du 30 octobre 2019, le service instructeur a informé M. A de ce que sa demande de permis était incomplète et que le délai d'instruction de sa demande était porté à quatre mois, soit jusqu'au 23 février 2020. Ce courriel comportait les mentions exigées à l'article R. 423-39 du code de l'urbanisme citées au point 2, et notamment qu'à défaut de production de l'ensemble des pièces manquantes dans un délai de 3 mois, sa demande fera l'objet d'une décision tacite de rejet. Si le requérant soutient que cette information relative au caractère incomplet devait faire l'objet d'un courrier recommandé avec accusé de réception en application des articles R. 423-38 et R. 423-41 du code de l'urbanisme, il ressort toutefois des pièces du dossier, en particulier du cadre n° 2 du formulaire Cerfa de la demande de permis de construire de l'intéressé, qu'en application de l'article R. 423-48 du code de l'urbanisme dans sa rédaction alors applicable, il a accepté " de recevoir par courrier électronique les documents transmis en cours d'instruction par l'administration à l'adresse suivante : () " et a " pris bonne note que, dans un tel cas, la date de notification sera celle de la consultation du courrier électronique ou, au plus tard, celle de l'envoi de ce courrier électronique augmentée de huit jours ". Ainsi, le courriel du 30 octobre 2019 envoyé par le service instructeur, qui a au demeurant fait l'objet d'un accusé de réception de la part de M. A par courriel du 3 novembre 2019, doit être regardé comme ayant eu pour effet d'interrompre le délai de complétude de la demande de permis de construire de M. A.

5. D'autre part, si M. A soutient avoir produit dans le délai requis l'une des pièces demandées, il est constant qu'une partie du courriel du 30 octobre 2019 est restée sans réponse de sa part. Dans ces conditions, en application des dispositions de l'article R. 423-39 du code de l'urbanisme cité au point 2, la demande de permis de construire de M. A a fait l'objet d'une décision tacite de rejet à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de la réception du courriel du 30 octobre 2019.

6. Il suit de là que, par les moyens qu'il fait valoir, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision implicite du 31 janvier 2020 constituerait un refus de permis de construire, ni qu'il disposait d'un permis de construire tacite à l'expiration du délai de trois mois à compter de la réception de sa demande, permis tacite que la décision du 31 janvier 2020 aurait eu pour objet ou pour effet de retirer.

En ce qui concerne la légalité de la décision attaquée :

7. En premier lieu, dès lors que la décision attaquée ne constitue pas un retrait d'un permis de construire tacite, M. A ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance du principe du contradictoire et des dispositions de l'article R. 424-5 du code de l'urbanisme relatives aux conditions de retrait des autorisations d'urbanisme.

8. En second lieu, si le requérant soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que le maire de la commune de Boutigny-sur-Essonne ne pouvait refuser de lui délivrer le permis de construire sollicité sans méconnaitre les dispositions de l'article 2 du règlement du PLU de la commune, un tel moyen est sans influence sur la légalité de la décision attaquée laquelle a pour objet de rejeter tacitement la demande de permis de construire en raison de son caractère incomplet.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la défense, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision tacite de rejet de sa demande de permis de construire née le 31 janvier 2020.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement, dès lors qu'il rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, n'implique la prescription d'aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent dès lors être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que, au titre des frais exposés par le requérant, une somme soit mise à la charge de la commune de Boutigny-sur-Essonne dès lors que celle-ci n'est pas partie perdante dans la présente instance. Il n'y a pas lieu par ailleurs, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A le versement à la commune de Boutigny-sur-Essonne de la somme qu'elle demande au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Boutigny-sur-Essonne tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Boutigny-sur-Essonne.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Boukheloua, présidente,

Mme Mathou, première conseillère,

M. Maljevic, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.

Le rapporteur,

signé

S. Maljevic

La présidente,

signé

N. Boukheloua

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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