jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2002363 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP SAID LEHOT WATREMEZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 mars 2020 et 1er mars 2021, M. B A, représenté par Me Marie Watremez-Dufour, demande au tribunal :
1) d'annuler la décision du 3 février 2020 par laquelle l'inspectrice du travail de la 7ème section de l'unité de contrôle n°3 du département de l'Essonne a autorisé la société Geodis Logistics Ile-de-France à procéder à son licenciement pour motif disciplinaire ;
2) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article R. 2421-4 du code du travail n'a pas été respectée, dès lors qu'il n'a pu avoir connaissance que tardivement des deux attestations qui lui ont été opposées et qui, de plus, sont anonymes ;
- la décision est fondée sur des faits matériellement inexacts, les comportements qui lui ont été reprochés n'étant pas établis.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 novembre 2020, le ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par trois mémoire en défense, enregistrés les 27 janvier 2021, 11 mars 2021 et 23 décembre 2021, la société Geodis Logistics Ile-de-France, représentée par Me Pascal Geoffrion, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 16 décembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de Mme Bartnicki, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A occupait en dernier lieu un emploi de cariste 1er degré au sein de la société Geodis Logistics Ile-de-France, selon un contrat à durée indéterminée depuis le 1er avril 2008, avec reprise d'ancienneté au 1er novembre 2007. Chargé notamment du mouvement des unités de manutention, il exerçait ses fonctions dans l'entrepôt de Villabé. Il s'était porté candidat à l'élection des membres du comité social et économique qui ont eu lieu du 11 au 16 octobre 2019. Par une décision du 3 février 2020 dont M. A demande l'annulation, l'inspectrice du travail de la 7ème section de l'unité de contrôle n°3 du département de l'Essonne a autorisé la société Geodis Logistics Ile-de-France à procéder à son licenciement pour motif disciplinaire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2411-7 du code du travail : " L'autorisation de licenciement est requise pendant six mois pour le candidat, au premier ou au deuxième tour, aux fonctions de membre élu de la délégation du personnel du comité social et économique, à partir de la publication des candidatures. () ". Aux termes de l'article R. 2421-12 du code du travail : " : " La décision de l'inspecteur du travail est motivée. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. La décision attaquée, qui vise les textes dont elle fait application, comporte par ailleurs les considérations de fait sur lesquelles elle se fonde. Elle indique que M. A avait été candidat aux élections du comité social et économique. Elle rappelle de manière détaillée la teneur des faits qui lui sont reprochés ainsi que les témoignages recueillis et retranscrit la version des faits présenté par M. A. Elle en conclut que ces faits sont considérés comme établis et d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement de l'intéressé. L'inspectrice du travail a en outre indiqué qu'il n'existait pas de lien entre la candidature de M. A aux élections du comité social et économique et la procédure engagée à son encontre. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit, par suite, être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 2421-11 du code du travail : " L'inspecteur du travail procède à une enquête contradictoire au cours de laquelle le salarié peut, sur sa demande, se faire assister d'un représentant de son syndicat () " Le caractère contradictoire de l'enquête menée conformément à ces dispositions impose à l'autorité administrative, saisie d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé fondée sur un motif disciplinaire, d'informer le salarié concerné des agissements qui lui sont reprochés et de l'identité des personnes qui en ont témoigné. Il implique, en outre, que le salarié protégé soit mis à même de prendre connaissance de l'ensemble des pièces produites par l'employeur à l'appui de sa demande, dans des conditions et des délais lui permettant de présenter utilement sa défense, sans que la circonstance que le salarié est susceptible de connaître le contenu de certaines de ces pièces puisse exonérer l'inspecteur du travail de cette obligation. C'est seulement lorsque l'accès à certains de ces éléments serait de nature à porter gravement préjudice à leurs auteurs que l'inspecteur du travail doit se limiter à informer le salarié protégé, de façon suffisamment circonstanciée, de leur teneur.
5. Il ressort des pièces du dossier que l'inspectrice a, par lettre recommandée du 12 décembre 2019, convoqué M. A en vue d'une enquête contradictoire le 7 janvier 2020. Cette lettre de convocation comportait en annexe la demande d'autorisation de licenciement de la société Geodis Logistics Ile-de-France qui décrivait précisément les faits reprochés, ainsi que les pièces jointes à cette demande, dont l'attestation d'une salariée de l'entreprise qui s'était plainte, de façon non anonyme, d'un comportement inapproprié de M. A et à l'origine de la procédure initiée à son encontre. La décision contestée mentionne également deux autres attestations d'autres salariées, non nommées, datées du 14 novembre 2019 décrivant des comportements analogues. Si M. A n'a reçu communication d'une version anonymisée de ces attestations que par courrier de l'inspectrice du travail du 20 janvier 2020, d'une part, les témoignages de ces deux personnes étaient précisément décrits dans la lettre de demande d'autorisation de licenciement dont il avait reçu communication un mois auparavant et, d'autre part, il a été mis en mesure de critiquer ces témoignages en temps utile, ce qu'il a fait par courrier du 24 janvier 2020. Enfin, eu égard aux circonstances que le nombre de personnes travaillant dans le service d'affectation de M. A était assez réduit et que la nature des faits reprochés était sensible, la communication à celui-ci du nom de ces deux salariées aurait pu être de nature à leur porter gravement préjudice. M. A n'est donc pas fondé à soutenir que l'inspectrice du travail aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière.
6. En troisième lieu, en vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives, qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail saisi et, le cas échéant, au ministre compétent, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi. Lorsqu'un doute subsiste sur l'exactitude matérielle des faits à la base des griefs formulés par l'employeur contre le salarié protégé, ce doute doit profiter au salarié.
7. Il résulte des pièces du dossier que, le 13 novembre 2019, Mme D, salariée intérimaire affectée à l'entrepôt de Villabé depuis le 5 novembre 2019, s'est plainte à sa hiérarchie de comportements inappropriés de M. A. Dans une attestation circonstanciée datée du même jour, elle a indiqué que le jour de son arrivée dans l'entrepôt, le 5 novembre 2019, M. A, qui se fait appeler " Roger " par ses collègues, se serait présenté à elle de façon exubérante comme le " chef des rouleurs ". Il aurait eu, à partir de ce moment, un comportement tendancieux, ses mains se posant sur ses cuisses, ses bras, allant même jusqu'à la prendre par la taille. Elle l'aurait toujours repoussé gentiment jusqu'au 12 novembre 2019, où confronté à un nouveau refus, il aurait porté la main à son visage. Elle lui aurait rendu son geste, pour lequel il se serait excusé, en arguant qu'il risquait de perdre son emploi. Elle a réitéré, en la précisant, sa version des faits au cours de l'enquête contradictoire. Pour contester la matérialité des faits ainsi dénoncés, M. A fait valoir, sans l'établir, que l'attitude de Mme D démontrait de sa part une volonté de " chercher des problèmes ", et surtout qu'il était en congés du 5 au 11 novembre 2019, soit durant la majeure partie de la période au cours de laquelle se seraient déroulés les faits reprochés. Or, il ressort des pièces du dossier, et notamment du relevé d'édition des badgeages du mois de novembre produit en défense que, s'il était absent le 5 novembre 2019, il était bien présent sur le site du 6 au 9 novembre 2019 (les 10 et 11 novembre étant respectivement un dimanche et jour férié), contrairement à ce qu'il soutient devant le tribunal. Par ailleurs, il ressort des motifs de la décision attaquée qu'il a soutenu devant l'inspectrice du travail que Mme D n'aurait été affectée au service que le 12 novembre 2019, alors qu'il avait admis lors de son audition par le comité social et économique qu'elle était arrivée le 5 novembre 2019. Compte tenu des contradictions et inexactitudes de ses propos, M. A ne peut être regardé comme remettant en cause de manière crédible les faits décrits ci-dessus, constitutifs d'agressions sexuelles. La circonstance que M. A n'aurait pas fait l'objet de plaintes ni de sanctions auparavant ne suffit pas pour établir l'inexactitude des faits qui lui ont été reprochés en 2019. Par ailleurs, les deux attestations de collègues de travail qu'il produit, dont celle de la personne qui l'a assisté lors de son entretien préalable au licenciement, sont générales et sans rapport direct avec les faits reprochés. De même, la pétition signée par plusieurs collègues, qui se présente comme un soutien de principe, n'est pas de nature à remettre en cause l'exactitude matérielle des faits. Enfin, si les attestations des deux autres salariées restées anonymes, sont assez peu détaillées, elles décrivent des comportements inappropriés similaires, qui, quoique d'une moins grande intensité, sont cohérents avec ceux dont s'est plainte Mme D. Ces deux salariées ont été entendues par l'inspectrice du travail et ont réitéré devant elle leurs déclarations. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'inexactitude matérielle des faits reprochés doit être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M.A doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la société Geodis Logistics Ile-de-France au titre des mêmes frais.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la société Geodis Logistics Ile-de-France au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à la société Geodis Logistics Ile-de-France.
Copie en sera adressée à la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Île-de-France.
Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Blanc, président,
M. Jauffret, premier conseiller,
Mme Degorce, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.
Le rapporteur,
signé
E. C
Le président,
signé
P. Blanc
La greffière,
signé
C. Delannoy
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026