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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2004378

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2004378

mardi 4 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2004378
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantSELARL MARTIN ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 13 juillet 2020, 27 septembre 2021 et 23 mai 2022, M. A B, représenté par Me Raoul, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 mars 2020 par lequel le maire de la commune de Yerres a refusé de lui délivrer le permis de construire sollicité, ensemble la décision implicite portant rejet de son recours gracieux et l'arrêté du 24 avril 2020 par lequel le maire de la commune de Yerres a rectifié cet arrêté ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Yerres de lui délivrer un permis de construire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jours de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de permis de construire dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Yerres la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté du 16 mars 2020 a été signé par une autorité incompétente faute pour elle de disposer d'une délégation de signature régulière du maire ;

- il est entaché d'insuffisance de motivation ;

- il entaché d'erreur de fait dès lors qu'il mentionne une demande de division parcellaire alors que l'objet de sa demande est un permis de construire ;

- l'arrêté du 24 avril 2020 a été signé par une autorité incompétente faute pour elle de disposer d'une délégation de signature régulière du maire ;

- il est entaché d'insuffisance de motivation ;

- le motif tiré de la méconnaissance des objectifs du projet d'aménagement et de développement durable (PADD) est entaché d'erreur de droit dès lors que ce document d'urbanisme n'est pas opposable aux autorisations d'urbanisme ;

- le motif tiré de l'atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants est entaché d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article UH 11 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- la substitution de motif sollicité par la commune de Yerres ne saurait être accueillie dès lors que son projet ne méconnait pas les dispositions de l'article UH 7-1-2 du règlement du plan local d'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2021, la commune de Yerres, représentée par Me Chaussade, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, les moyens de la requête ne sont pas fondés ;

- à titre subsidiaire, le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UH 7-1-2 du règlement du plan local d'urbanisme peut être substitué aux motifs initiaux tiré de la méconnaissance d'une part, des objectifs du plan d'aménagement et de développement durable (PADD) et d'autre part, des dispositions de l'article UH 11 du règlement du plan local d'urbanisme pour fonder l'arrêté attaqué.

Par une ordonnance du 4 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 juillet 2022 à 12 h.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maljevic, conseiller,

- les conclusions de M. Fraisseix, rapporteur public,

- et les observations orales de Me Hy, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a déposé, le 24 février 2020, une demande de permis de construire en vue de réaliser une maison individuelle d'habitation et un garage. Par un arrêté du 16 mars 2020, le maire de la commune de Yerres a refusé de lui délivrer l'autorisation sollicitée. Par courrier du 1er avril 2020, M. B a formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté. Le silence gardé par le maire sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Par un arrêté du 24 avril 2020, le maire de la commune de Yerres a rectifié son arrêté du 16 mars 2020. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 16 mars 2020 :

2. Pour refuser la demande de permis de construire déposée le 24 février 2020, le maire de Yerres a notamment retenu que la " création d'un lot constructible entrainerait une atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants " et que " la division présente un découpage irrégulier qui ne permettra pas une implantation harmonieuse de la construction ". Ainsi, en se référant dans l'arrêté attaqué à une " demande de division " alors qu'il ressort des pièces du dossier que M. B a formé une demande de permis de construire ne valant pas division, le maire a entaché son arrêté d'une erreur de fait entachant la légalité de la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de fait entachant l'arrêté attaqué doit être accueilli.

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 24 avril 2020 :

3. Pour refuser le permis de construire sollicité, le maire de la commune de Yerres s'est fondé sur la circonstance d'une part, que le projet litigieux contreviendrait à l'objectif de préservation et de renforcement de la diversité et de la complémentarité de la trame végétale sur l'ensemble du territoire de la commune, lequel a été fixé par le projet d'aménagement et de développement durable (PADD) du plan local d'urbanisme. Le maire a retenu, d'autre part, que la réalisation du projet litigieux entrainerait une atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinant en méconnaissance des dispositions de l'article UH 11 du règlement du plan local d'urbanisme.

4. En premier lieu, aux termes de l'article UH 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Yerres : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. / Dès lors qu'une construction présente un intérêt architectural notamment de son ancienneté, des matériaux constructifs employés, de sa composition ou de son ordonnancement, tous travaux réalisés, y compris les ravalements, doivent mettre en valeur les caractéristiques de ladite construction. Cela ne fait pas obstacle à la réalisation d'extension modérées de conception architecturale contemporaine, dès lors que sont mis en valeur les éléments d'intérêt de la construction initiale. / Les autres constructions doivent être conformes aux prescriptions présentées ci-dessous. / Toutefois, de la même manière, en cas d'extension modérée ou de projet d'architecture contemporaine, d'autres dispositions peuvent être retenues si elles permettent une meilleure intégration au bâti existants et aux paysages naturels et urbains. / Un cahier de recommandations architecturales et paysagères annexé au dossier de PLU vient compléter les prescriptions figurant ci-après ".

5. Il résulte de ces dispositions que si la construction projetée porte atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente doit refuser de délivrer l'autorisation d'urbanisme sollicitée ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel ou urbain de nature à fonder le refus d'une autorisation d'urbanisme ou les prescriptions spéciales accompagnant sa délivrance, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel ou urbain sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

6. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des photographies jointes à la demande de permis de construire, qu'au sein de la zone UHa, qui correspond à un quartier résidentiel qui se compose majoritairement d'un habitat pavillonnaire, secteur dans lequel se trouve le terrain d'assiette du projet en litige, le tissu urbain est composé de maisons individuelles, de styles et d'époques différents. A cet égard, la construction projetée, qui constitue une maison individuelle d'habitation, possède un volume et des dimensions qui n'apparaissent pas hors de proportion avec les constructions avoisinantes. Les matériaux et couleurs utilisés sont dans des tons neutres et assurent une bonne intégration architecturale de la construction litigieuse dans le secteur considéré. Si la commune de Yerres fait valoir la nécessité de préserver un " îlot vert " constitué par les jardins situés à l'arrière des maisons, il ressort toutefois des pièces du dossier, en particulier des photographies aériennes, que la zone considérée comporte un nombre important de maisons édifiées en recul de la voie publique. Dans ces conditions, le projet en litige ne peut être regardé comme portant atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que le motif de l'arrêté attaqué tenant à la méconnaissance de l'article UH 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Yerres est entaché d'illégalité.

7. En second lieu, il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire, ni d'aucun principe général du droit qu'un PADD serait un élément du PLU auquel les autorisations d'urbanisme doivent se conformer ou être compatibles sous peine d'illégalité. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que le second motif de l'arrêté attaqué tenant à la méconnaissance du PADD du plan local d'urbanisme de la commune de Yerres est entaché d'illégalité.

8. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existante à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

9. Dans son mémoire en défense communiqué au requérant, la commune de Yerres fait valoir que l'arrêté attaqué peut être légalement justifié par un autre motif de droit tiré de la méconnaissance par le projet litigieux des dispositions de l'article UH 7-1-2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune.

10. Aux termes de l'article UH 7-1-2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Yerres : " Au-delà d'une bande de 25 mètres mesurée par rapport à l'alignement actuel ou futur : Les constructions s'implantent en retrait des limites séparatives. / Les marges minimum de retrait des limites séparatives latérales sont égales à : - 8 mètres minimum, si la façade comporte des ouvertures créant des vues directes ; - 3 mètres en UHa et 4 mètres en UHb au minimum si la façade ne comporte pas d'ouverture créant des vues directes / Les marges minimum de retrait des limites séparatives de fond de parcelle sont égales à 20 mètres en UHa et 25 mètres en UHb ". Le glossaire annexé au règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Yerres définit la notion " d'ouvertures créant des vues directes " de la façon suivante : " Sont considérés comme des éléments constituant des vues directes au sens du présent règlement : les fenêtres ; / - les portes-fenêtres ; / - les balcons ; / - les loggias ; / - les terrasses situées à plus de 0,60 m du terrain naturel ; / - les lucarnes ; / - les fenêtres et châssis de toit () Ne sont pas considérés comme constituant des vues directes au sens du présent règlement : Les ouvertures et les vues particulières suivantes : - les ouvertures en sous-sol à condition que la hauteur de l'ouverture au point le plus haut soit inférieure à 0,80 m par rapport au terrain naturel ; - les ouvertures placées à plus de 1,90 m du plancher (y compris pour les ouvertures de toit) ; - les portes pleines ; - les châssis fixes et verre translucide () ".

11. La commune de Yerres fait valoir que les façades Est et Ouest de la construction litigieuse comportent des ouvertures créant des vues directes de sorte qu'elles ne peuvent être implantées à moins de 8 mètres en retrait des limites séparatives sans méconnaître les dispositions précitées du plan local d'urbanisme. Toutefois, il ressort des plans de façade versés au dossier de demande de permis que, s'agissant de la façade Ouest, l'ouverture litigieuse aura sa base à plus de 1,90 mètre du plancher de sorte qu'au sens des dispositions précitées du plan local d'urbanisme, elle ne saurait être regardée comme créant une vue directe. S'agissant de la façade Est, il ressort également des plans de façade que les ouvertures seront composées de châssis fixes et de verres translucides jusqu'à 1,90 mètre et de châssis ouvrants au-delà, de sorte qu'elles ne sauraient davantage être regardées comme créant des vues directes au sens du présent règlement. Ainsi, dès lors que les ouvertures situées sur les façades Est et Ouest du projet litigieux ne créent aucune vue directe au sens du règlement du plan local d'urbanisme, la construction, située en zone UHa, pouvait être implantée à 3 mètres en retrait des limites séparatives. Dans ces conditions, le projet litigieux ne méconnait pas les dispositions de l'article UH 7-1-2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Yerres. Par suite, il n'y a pas lieu de procéder à la substitution de motif sollicitée par la commune en défense.

12. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 mars 2020 et de l'arrêté rectificatif du 24 avril 2020, ensemble la décision implicite par laquelle son recours gracieux dirigé contre le premier arrêté a été rejeté.

13. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens de la requête n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ". D'autre part, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6 () ".

15. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation.

16. Il ne résulte pas de l'instruction qu'il existerait un obstacle à ce qu'il soit enjoint au maire de délivrer à M. B le permis de construire sollicité. Il y a donc lieu d'ordonner au maire de la commune de Yerres de délivrer ce permis à M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas partie perdante, la somme demandée par la commune de Yerres au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Yerres le versement à M. B de la somme de 1 500 euros au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : Les arrêtés des 16 mars et 24 avril 2020 ainsi que la décision implicite de rejet du recours gracieux de M. B sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Yerres de délivrer à M. B un permis de construire dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La commune de Yerres versera la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Les conclusions présentées par la commune de Yerres au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Yerres.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Boukheloua, présidente,

Mme Mathou, première conseillère,

M. Maljevic, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.

Le rapporteur,

signé

S. Maljevic

La présidente,

signé

N. Boukheloua

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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