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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2004558

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2004558

vendredi 23 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2004558
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantAARPI SMITH D'ORIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 15 juillet 2020, le 15 octobre 2021 et le 15 novembre 2021, M. B A, représenté par Me Grenier, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision explicite du 22 novembre 2019 du maire de la commune de Neauphle-le-Château rejetant ses demandes de maintien de sa rémunération en tant qu'agent contractuel et de reprise d'ancienneté, ainsi que les décisions implicites ultérieures nées du silence gardé par le maire sur ses nouvelles demandes, de même que la nouvelle décision explicite du maire du 17 juillet 2020 ;

2°) d'enjoindre à la commune de lui octroyer, à titre personnel, le bénéfice d'un indice brut fixé de façon à permettre le maintien de sa rémunération antérieure perçue en qualité de contractuel, jusqu'au jour où il bénéficiera dans son grade d'un indice brut conduisant à une rémunération au moins égale au montant de la rémunération ainsi maintenue et ce, à effet au 3 septembre 2018, de reconstituer sa rémunération et sa carrière à compter du 3 septembre 2018, l'ensemble dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les décisions attaquées méconnaissent l'article 5 alinéa 3 III du décret n°2016-596 du 12 mai 2016.

Par des mémoires enregistrés le 3 août 2021 et le 22 novembre 2021, la commune de Neauphle-le-Château, représentée par Me Blard, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions présentées par le requérant dans la requête introductive d'instance sont irrecevables en ce qu'elles se bornent à demander la prise en compte des jurisprudences relatives à la rémunération d'agents contractuels accédant à la titularisation ;

- les conclusions en annulation présentées par l'intermédiaire de son conseil dans son mémoire du 15 octobre 2021 sont irrecevables pour tardiveté ;

- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 16 novembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 décembre 2021.

M. A n'a pas été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 14 décembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vincent, première conseillère,

- les conclusions de Mme Ozenne, rapporteure publique,

- les observations de Me Garcia, substituant Me Grenier, représentant M. A,

- et les observations de Me Gallo, substituant Me Blard., représentant la commune de Neauphle-le-Château.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a été employé de 1991 à 2016 par l'association " Jeu de Paume " située à Neauphle-le-Château de manière intermittente, pour dispenser des cours de sport aux enfants scolarisés à l'école primaire de la commune. Il a parallèlement enseigné le sport et l'art pour le compte de la commune de Châtillon, dans le département des Hauts de Seine. A la suite de la dissolution de l'association, il a été recruté, en 2016, par la commune de Neauphle-le-Château en tant que vacataire. Il a ensuite été nommé, en 2018, en tant que stagiaire, au grade d'adjoint d'animation, puis titularisé en 2019 au 2ème échelon. A cette occasion, sa rémunération a baissé, selon lui, de 50%. Il a ensuite adressé à la commune de multiples demandes tendant au maintien de sa rémunération à un niveau identique à celui dont il bénéficiait en tant qu'agent vacataire. Par la présente requête, il demande, au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, l'annulation pour excès de pouvoir de la décision explicite du 22 novembre 2019 et des décisions implicites nées du silence gardé par le maire de la commune de Neauphle-le-Château rejetant ses demandes de maintien de rémunération en tant qu'agent contractuel et de reprise de son ancienneté.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ". De plus, aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

3. D'autre part, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

4. Le défendeur fait valoir que les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant dans le dernier état de ses écritures sont tardives. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a reformulé par l'intermédiaire de son conseil, ses conclusions, qui se bornaient initialement à demander, à titre principal, la prise en compte des jurisprudences relatives à la rémunération d'agents contractuels accédant à la titularisation, à titre subsidiaire, l'octroi de dommages et intérêts, au demeurant non chiffrés. Ces conclusions à fin d'annulation ont été présentées dans un mémoire en réplique daté du 15 octobre 2021 et sont d'abord dirigées à l'encontre de la décision du 22 novembre 2019 par laquelle la commune a refusé de faire droit à ses demandes. Cette décision ne mentionnant pas les voies et délais de recours conformément à l'article précité du code de justice administrative, le requérant disposait d'un délai d'un an pour saisir le tribunal de telles conclusions à l'encontre de cette décision, délai ne commençant à courir qu'à compter du 2 mars 2020, date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance, en l'absence de preuve d'une notification antérieure, cette décision étant mentionnée explicitement dans son courrier daté du même jour. Le délai de recours à l'encontre de cette décision expirait donc le 2 mars 2021. Ses conclusions à fin d'annulation sont ensuite dirigées à l'encontre de deux décisions implicites de rejet. Si le requérant a adressé à la commune, le 15 janvier 2020, un courrier, notifié le 17 janvier 2020, qui a fait naître une décision implicite de rejet le 17 mars 2020 née du silence gardé par la commune sur sa demande, il ne pouvait présenter de telles conclusions à son encontre que jusqu'au 17 mai 2020. De même, le second courrier adressé à la commune le 2 mars 2020, notifié le 6 mars 2020, a fait naître une décision implicite le 6 mai 2020 à l'encontre de laquelle il ne pouvait introduire de telles conclusions que jusqu'au 6 juillet 2020. Dès lors, comme le fait valoir le défendeur, les conclusions en annulation dirigées contre la décision du 22 novembre 2019 et les deux décisions implicites de rejet nées du silence gardé par le maire sur ses demandes sont irrecevables.

5. Le requérant soutient par ailleurs que ses conclusions à fin d'annulation sont également dirigées contre un courrier du maire daté du 17 juillet 2020 portant refus d'augmenter son indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (IFSE) d'une part et lui demandant des éléments complémentaires pour instruire sa demande de reclassement dans le corps des adjoints d'animation d'autre part. Toutefois, pour les mêmes motifs, les conclusions présentées le 15 octobre 2021 contre la décision contenue dans ce courrier sont tardives et dès lors irrecevables.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'ensemble des décisions attaquées doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Neauphle-le-Château, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A une somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Neauphle-le-Château présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Neauphle-le-Château sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Neauphle-le-Château.

Délibéré après l'audience du 9 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Gosselin, président,

Mme Vincent, première conseillère,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2022.

La rapporteure,

Signé

L. Vincent

Le président,

Signé

C. GosselinLa greffière,

Signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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