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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2004597

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2004597

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2004597
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantQUESNOT-FILIPPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 21 juillet 2020 et 27 août 2020, la SCI JMCH, représentée par Me Quesnot-Filippi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite d'opposition à sa déclaration préalable portant sur la réhabilitation d'un bâtiment existant et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Viry-Châtillon la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en ce que le signataire de la demande de pièce complémentaire n'est pas compétent ;

- la lettre du 26 décembre 2019 n'est pas signée par une autorité compétente ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que le projet ne consiste pas en un changement de destination.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2021, la commune de Viry-Châtillon conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable au regard de l'article R.600-1 du code de l'urbanisme ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 27 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 juillet 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boukheloua, présidente-rapporteure,

- les conclusions de M. Fraisseix, rapporteur public,

- les observations de Me Quesnot-Filippi pour la SCI JMCH et de Me Blanquinque pour la commune de Viry-Châtillon.

Considérant ce qui suit :

1. Le 29 juillet 2019, la SCI JMCH a déposé, auprès de la commune de Viry-Châtillon, une déclaration préalable de travaux de réhabilitation d'une construction existante. Par une lettre du 26 décembre 2019, le maire de Viry-Châtillon a informé la SCI JMCH de ce que cette déclaration préalable avait fait l'objet d'une décision tacite d'opposition le 28 novembre 2019. La SCI JMCH demande l'annulation de cette décision et du rejet de son recours gracieux.

Sur la légalité externe de la décision d'opposition à déclaration préalable :

En ce qui concerne l'incompétence de l'auteur de la lettre du 26 décembre 2019 :

2. La société requérante ne saurait utilement se prévaloir, au soutien de ses conclusions à fin d'annulation de la décision implicite d'opposition à déclaration préalable du 28 novembre 2019, de l'incompétence du signataire de la lettre du 26 décembre 2019 ayant pour seul objet de l'informer de l'existence de cette décision.

En ce qui concerne l'incompétence de l'auteur de la lettre du 27 août 2019 :

3. D'une part, aux termes de l'article R. 423-38 du code de l'urbanisme dans sa rédaction applicable au présent litige : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception () indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes ". Aux termes de l'article R. 423-39 de ce code : " L'envoi prévu à l'article R. 423-38 précise : / a) Que les pièces manquantes doivent être adressées à la mairie dans le délai de trois mois à compter de sa réception ; / b) Qu'à défaut de production de l'ensemble des pièces manquantes dans ce délai, la demande fera l'objet d'une décision tacite de rejet en cas de demande de permis ou d'une décision tacite d'opposition en cas de déclaration ; / c) Que le délai d'instruction commencera à courir à compter de la réception des pièces manquantes par la mairie ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales : " I.- Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'ils ont été portés à la connaissance des intéressés dans les conditions prévues au présent article et, pour les actes mentionnés à l'article L. 2131-2, qu'il a été procédé à la transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement prévue par cet article ". Les arrêtés de délégation de fonction et de signature du maire sont au nombre des actes mentionnés au 3° de l'article L. 2131-2 de ce code.

5. Enfin, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

6. Il ressort des pièces du dossier que la lettre du 27 août 2019, signée pour le maire de Viry-Châtillon par M. B A, directeur de services techniques et du développement urbain de la commune, prise dans le cadre de l'instruction de la déclaration préalable litigieuse, avait pour objet de demander à la déclarante de produire les pièces afférentes à une demande de permis de construire sur le fondement des articles R. 423-38 et R. 423-39 cités au point 3. Si la commune produit l'arrêté de délégation de M. B A du 25 septembre 2017, sur lequel figure la mention de son affichage, aucune pièce du dossier ne permet de s'assurer qu'il a été transmis au préfet de département en application de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales et donc, qu'il aurait été exécutoire le 27 août 2019. Toutefois, à supposer même l'absence de transmission au préfet avérée, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un tel vice a été susceptible, en l'espèce, d'exercer une influence sur le sens de la décision attaquée ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie. Le moyen doit donc être écarté.

Sur la légalité interne de la décision d'opposition à déclaration préalable :

7. D'une part, aux termes de l'article R. 421-17 du code de l'urbanisme : " Doivent être précédés d'une déclaration préalable lorsqu'ils ne sont pas soumis à permis de construire en application des articles R*421-14 à *R. 421-16 les travaux exécutés sur des constructions existantes () suivants : a) Les travaux ayant pour effet de modifier l'aspect extérieur d'un bâtiment existant, à l'exception des travaux de ravalement ; () ". Aux termes de l'article R. 421-14 de ce code : " Sont soumis à permis de construire les travaux suivants, exécutés sur des constructions existantes, à l'exception des travaux d'entretien ou de réparations ordinaires : () / c) Les travaux ayant pour effet de modifier () la façade du bâtiment, lorsque ces travaux s'accompagnent d'un changement de destination entre les différentes destinations et sous-destinations définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28 ; () ". Aux termes de l'article R.151-27 du même code : " Les destinations de constructions sont : () / 2o Habitation ; / 3o Commerce et activités de service ; () ".

8. D'autre part, les règles issues du décret du 28 décembre 2015 relatif à la partie réglementaire du livre Ier du code de l'urbanisme et à la modernisation du contenu du plan local d'urbanisme, définissant les projets soumis à autorisation d'urbanisme, selon notamment qu'ils comportent ou non un changement de destination d'une construction existante, sont entrées en vigueur le 1er janvier 2016, sans qu'ait d'incidence à cet égard le maintien en vigueur, sauf décision contraire du conseil municipal ou communautaire, de l'article R. 123-9 du code de l'urbanisme dans sa rédaction antérieure au 1er janvier 2016, dans les hypothèses prévues au VI de l'article 12 du décret du 28 décembre 2015, lequel ne se rapporte qu'aux règles de fond qui peuvent, dans ces hypothèses particulières, continuer à figurer dans les plans locaux d'urbanisme et ainsi à s'appliquer aux constructions qui sont situées dans leur périmètre. Les règles soumettant les constructions à permis de construire ou déclaration de travaux sont définies, pour l'ensemble du territoire national, par les articles R. 421-14 et R. 421-17 du code de l'urbanisme, qui renvoient, depuis le 1er janvier 2016, pour déterminer les cas de changement de destination soumis à autorisation, aux destinations et sous-destinations identifiées aux articles R. 151-27 et R. 151-28 de ce code.

9. Enfin, l'usage d'une construction résulte, en principe, de la destination figurant à son permis de construire. La circonstance que la construction ait ensuite servie à d'autres usages ne lui fait pas perdre sa destination initiale.

10. Il ressort des pièces du dossier que par un permis de construire délivré le 31 janvier 1990, l'ensemble du bâtiment litigieux, d'une surface hors œuvre nette de 501,76 mètres carrés, a fait l'objet d'un changement de destination, de sorte à passer de la destination d'alors de " commerce et artisanat " à celle d'" agence bancaire ". Par un permis de construire délivré le 8 juillet 2013, le rez-de-chaussée de ce bâtiment a fait l'objet d'un changement de destination de sorte à passer à celle de " commerce " pour une surface de plancher de 238,33 mètres carrés, les étages supérieurs, qualifiés dans la demande de " coquille vide ", n'ayant pas été concernés par ce changement de destination. Il suit de là qu'en dépit de l'usage qui en a été fait depuis plusieurs années, les étages de la construction litigieuse doivent être regardés comme ayant été à destination de " commerce et activités de service ", au sens de l'article R. 151-27 du code de l'urbanisme, à la date de la décision attaquée et d'" habitation ". Par suite, dès lors que le projet litigieux a pour objet de réhabiliter des logements situés aux étages du bâtiment litigieux, il doit être regardé comme consistant en un changement de destination de cette partie de bâtiment. C'est donc à bon droit que la commune de Viry-Châtillon a estimé que la déclaration préalable de la SCI JMCH consistait en un changement de destination relevant du champ d'application de l'article R. 421-14 du code de l'urbanisme. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la défense, que la requête de la SCI JMCH doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1er : La requête de la SCI JMCH est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI JMCH et à la commune de Viry-Châtillon.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Boukheloua, présidente-rapporteure,

Mme Benoit, première conseillère,

M. Maljevic, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

La présidente-rapporteure,L'assesseure la plus ancienne,signésignéN. BoukhelouaC. BenoitLa greffière,

signéB. Bartyzel

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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