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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2004848

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2004848

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2004848
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantSCP GIBIER FESTIVI RIVIERRE GUEPIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 juillet 2020 et 28 janvier 2022, Mme C B, Mme A B et Mme D B, représentées par Me Poisson, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 novembre 2019 par lequel le maire de la commune de Corbreuse a levé le sursis à statuer opposé par un arrêté du 22 mars 2019 et délivré un permis de construire à la SCI Esteves Corbreuse, et la décision implicite par laquelle leur recours gracieux a été rejeté ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme dès lors que le terrain d'assiette du projet ne se situe pas dans une partie urbanisée du territoire de la commune et n'entre pas dans le champ des dérogations prévues par l'article L. 111-4 de ce code ;

- le maire ne pouvait lever le sursis à statuer opposé par son arrêté du 22 mars 2019 dès lors que l'élaboration du plan local d'urbanisme n'était pas achevée à la date de la décision attaquée ; le maire ne justifie pas que le projet de construction litigieux répondrait aux orientations du projet d'aménagement et de développement durable et qu'il ne serait plus de nature à compromettre l'exécution du futur plan local d'urbanisme ;

- le projet litigieux méconnaît les règles d'implantation prévues par les dispositions des articles R. 111-15, R. 111-16 et R. 111-17 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mars 2021, la SCI Esteves Corbreuse, représentée par Me Gibier, conclut au rejet de la requête, à la condamnation solidaire des requérantes à leur verser, à titre de dommages et intérêts, la somme de 15 000 euros, majorée de 1 000 euros par mois jusqu'à la date de notification du jugement à intervenir, et à ce que soit mise à la charge des requérantes la somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que les requérantes ne justifient pas d'un intérêt à agir contre l'arrêté attaqué ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;

- la requête retarde très fortement leur projet.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2022, la commune de Corbreuse, représentée par Me Tabone, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérantes la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par une ordonnance du 23 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 octobre 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maljevic, conseiller,

- les conclusions de M. Fraisseix, rapporteur public,

- les observations de Me Poisson, représentant Mmes B,

- les observations de Me Tabone, représentant la commune de Corbreuse,

- et les observations de Me Meheust, substituant Me Gibier, représentant la SCI Esteves Corbreuse.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Esteves Corbreuse a déposé une demande de permis de construire en vue de réaliser deux maisons individuelles d'habitation. Par un arrêté du 22 mars 2019, le maire de la commune de Corbreuse a sursis à statuer sur la demande pour une durée de deux ans. Par un arrêté du 25 novembre 2019, le maire a levé le sursis prononcé dans son précédent arrêté et délivré le permis de construire sollicité par la SCI Esteves Corbreuse. Par la présente requête, Mmes B demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 novembre 2019 et la décision implicite par laquelle le maire de Corbreuse a rejeté leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. / Il en est de même lorsqu'elle () oppose un sursis à statuer () ". Aux termes de l'article R. 424-5 du même code : " En cas d'autorisation ou de non-opposition à déclaration préalable, la décision mentionne la date d'affichage en mairie de l'avis de dépôt prévu à l'article R. 423-6. / Si la décision comporte rejet de la demande () ou s'il s'agit d'un sursis à statuer, elle doit être motivée () ".

3. Il ne résulte pas de ces dispositions, ni d'aucune autre disposition législative ou réglementaire ni d'aucun principe général du droit qu'une décision accordant un permis de construire ou levant un sursis à statuer doive être motivée sous peine d'irrégularité. Par suite, les requérantes ne peuvent utilement soutenir que l'arrêté attaqué du 25 novembre 2019, par lequel le maire de la commune de Corbreuse a levé un sursis à statuer et délivré un permis de construire, est insuffisamment motivé. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

S'agissant de la méconnaissance du règlement national d'urbanisme :

4. Il est constant que, à la date de l'arrêté attaqué, le territoire de la commune de Corbreuse n'était pas couvert par un plan local d'urbanisme, ni par une carte communale, ni par un document d'urbanisme en tenant lieu de sorte que le règlement national d'urbanisme était applicable sur le territoire communal.

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune ". Ces dispositions interdisent en principe, en l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions implantées en dehors des parties actuellement urbanisées de la commune, c'est-à-dire des parties du territoire communal qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. Il en résulte qu'en dehors du cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues par l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre la partie urbanisée de la commune. Pour apprécier si un projet a pour effet d'étendre une partie urbanisée de la commune, il est notamment tenu compte de la géographie des lieux, de la desserte par des voies d'accès, de la proximité avec les constructions existantes situées dans les parties urbanisées de la commune, du nombre et de la densité des constructions projetées, du sens du développement de l'urbanisation, ainsi que de l'existence de coupures d'urbanisation, qu'elles soient naturelles ou artificielles.

6. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des photographies aériennes, que le terrain d'assiette du projet s'intègre au sein d'un hameau situé dans le centre-bourg de la commune de Corbreuse et constitué de plus d'une cinquantaine de constructions composées essentiellement de maisons individuelles d'habitation. La parcelle en cause borde la rue de l'Orme Creux qui dessert, des deux côtés, plusieurs maisons individuelles. Il n'est pas contesté que le projet est desservi par les réseaux d'eau potable, d'électricité et de télécommunication. Si la parcelle litigieuse s'ouvre au sud sur une parcelle non bâtie, elle jouxte à l'est et à l'ouest plusieurs terrains bâtis, de sorte que le terrain d'assiette du projet se trouve enserré par les constructions voisines. La circonstance que la parcelle cadastrée section n° 840, située au sud du terrain d'assiette du projet et appartenant à l'indivision B, serait classée en zone agricole n'est pas, par elle-même, de nature à rendre le projet non conforme au règlement national d'urbanisme. Dès lors, le maire de la commune n'a pas fait une inexacte application de ces dispositions en délivrant le permis de construire sollicité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 111-15 du code de l'urbanisme : " Une distance d'au moins trois mètres peut être imposée entre deux bâtiments non contigus situés sur un terrain appartenant au même propriétaire ".

8. Il ressort des plans de masse versés au dossier que le bâtiment A s'implantera à une distance de 4 mètres du bâtiment B. Par suite, les requérantes ne sont pas fondées à soutenir que le projet en litige méconnaîtrait les dispositions précitées de l'article R. 111-15 du code de l'urbanisme.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 111-16 du code de l'urbanisme : " Lorsque le bâtiment est édifié en bordure d'une voie publique, la distance comptée horizontalement de tout point de l'immeuble au point le plus proche de l'alignement opposé doit être au moins égale à la différence d'altitude entre ces deux points. Lorsqu'il existe une obligation de construire au retrait de l'alignement, la limite de ce retrait se substitue à l'alignement. Il en sera de même pour les constructions élevées en bordure des voies privées, la largeur effective de la voie privée étant assimilée à la largeur réglementaire des voies publiques. / Toutefois une implantation de la construction à l'alignement ou dans le prolongement des constructions existantes peut être imposée ".

10. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les bâtiments A et B seront édifiés en bordure de la voie publique. Dès lors, les requérantes ne peuvent utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article R. 111-16 du code de l'urbanisme.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 111-17 du code de l'urbanisme : " A moins que le bâtiment à construire ne jouxte la limite parcellaire, la distance comptée horizontalement de tout point de ce bâtiment au point de la limite parcellaire qui en est le plus rapproché doit être au moins égale à la moitié de la différence d'altitude entre ces deux points, sans pouvoir être inférieure à trois mètres ".

12. D'une part, les dispositions précitées de l'article R. 111-17 ne sont pas applicables au bâtiment B dès lors qu'il ressort des différents plans de masse versés au dossier que ce bâtiment jouxte la limite séparative de la parcelle cadastrée section B n° 840. D'autre part, il ressort des plans de coupe et de masses versés au dossier que le bâtiment A possède une hauteur à l'égout du toit de 3,80 mètres et que la distance entre le point le plus proche de ce bâtiment et les limites séparatives des parcelles voisines est de 3,70 mètres. Ainsi, en autorisant l'implantation de ce bâtiment, le maire n'a pas davantage méconnu les dispositions précitées de l'article R. 111-17 du code de l'urbanisme. Par suite, ce moyen doit être écarté.

S'agissant de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation à avoir levé le sursis à statuer :

13. Aux termes de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente mentionnée à l'article L. 153-8 prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme et précise les objectifs poursuivis et les modalités de concertation, conformément à l'article L. 103-3. () / L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable ". Aux termes de l'article L. 424-1 du même code : " () Le sursis à statuer () ne peut excéder deux ans. L'autorité compétente ne peut, à l'expiration du délai de validité du sursis ordonné, opposer à une même demande d'autorisation un nouveau sursis fondé sur le même motif que le sursis initial. Si des motifs différents rendent possible l'intervention d'une décision de sursis à statuer par application d'une disposition législative autre que celle qui a servi de fondement au sursis initial, la durée totale des sursis ordonnés ne peut en aucun cas excéder trois ans. A l'expiration du délai de validité du sursis à statuer, une décision doit, sur simple confirmation par l'intéressé de sa demande, être prise par l'autorité compétente chargée de la délivrance de l'autorisation, dans le délai de deux mois suivant cette confirmation. Cette confirmation peut intervenir au plus tard deux mois après l'expiration du délai de validité du sursis à statuer. Une décision définitive doit alors être prise par l'autorité compétente pour la délivrance de l'autorisation, dans un délai de deux mois suivant cette confirmation. A défaut de notification de la décision dans ce dernier délai, l'autorisation est considérée comme accordée dans les termes où elle avait été demandée () ".

14. Il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 22 mars 2019, le maire de la commune de Corbreuse a opposé un sursis à statuer à la demande de permis de construire présentée par la SCI Esteves Corbreuse. Pour opposer ce sursis à statuer, le maire de la commune avait retenu que le projet en cause était de nature à compromettre l'exécution du futur plan local d'urbanisme, alors en cours d'élaboration, en particulier les objectifs du projet d'aménagement et de développement durable consistant à requalifier le " cœur de ville " de la commune. Si les requérantes soutiennent que l'arrêté attaqué du 25 novembre 2019 ne pouvait lever ce sursis avant l'adoption définitive du plan local d'urbanisme, il ne résulte toutefois d'aucune disposition législative ou réglementaire, ni d'aucun principe général du droit, que le maire serait tenu d'attendre l'adoption définitive du plan local d'urbanisme pour lever un sursis à statuer. Il n'appartient pas davantage au maire, lorsqu'il décide de lever un sursis à statuer et de délivrer une autorisation d'urbanisme avant l'adoption d'un plan local d'urbanisme, de préciser en quoi le projet ne serait plus de nature à compromettre l'exécution de ce dernier et répondrait aux orientations du projet d'aménagement et de développement durable. A cet égard, les requérantes n'apportent aucune précision au soutien de leur allégation tirée de ce que le projet était de nature à compromettre l'exécution du plan local d'urbanisme en cours d'élaboration à la date de la décision attaquée. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

15. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit de besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les requérantes ne sont pas fondées à demander l'annulation de l'arrêté du 25 novembre 2019 par lequel le maire de la commune de Corbreuse a délivré un permis de construire à la SCI Esteves Corbreuse ni la décision implicite par laquelle leur recours gracieux a été rejeté.

Sur les conclusions indemnitaires présentées par la SCI Esteves Corbreuse à l'encontre de Mmes B :

16. La SCI Esteves Corbreuse demande au tribunal de condamner Mmes B à l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison du retard causé dans la réalisation du projet par le présent recours contentieux. Toutefois, la SCI Esteves Corbreuse ne justifie pas de ce que le préjudice invoqué, à le supposer établi, présenterait un lien direct et certain avec le recours des requérantes. Ainsi, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité des conclusions indemnitaires de la société requérante, elles doivent, en tout état de cause, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par les requérantes au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a en revanche lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre solidairement à la charge des requérantes, le versement à la commune de Corbreuse et la SCI Esteves Corbreuse une somme de 750 euros chacune en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C B, Mme A B et Mme D B est rejetée.

Article 2 : Mme C B, Mme A B et Mme D B verseront solidairement à la commune de Corbreuse une somme de 750 euros et à la SCI Esteves Corbreuse une somme de 750 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions indemnitaires présentées par la SCI Esteves Corbreuse sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Mme A B et à Mme D B, à la commune de Corbreuse et à la SCI Esteves Corbreuse.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Boukheloua, présidente,

Mme Benoit, première conseillère,

M. Maljevic, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

Le rapporteur,

signé

S. Maljevic

La présidente,

signé

N. Boukheloua

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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