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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2005003

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2005003

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2005003
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL BAZIN ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés le 7 août 2020, le 18 mars et le 7 avril 2022, ainsi que des pièces complémentaires enregistrées le 3 décembre 2020, le syndicat CGT des agents territoriaux, actifs et retraités du conseil départemental des Yvelines et de ses établissements publics, représenté par Me Rochefort, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 avril 2020 par lequel le président du département des Yvelines impose aux agents relevant du département de poser des jours de congés ;

2°) d'annuler la note de service du 21 avril 2020 relative à l'obligation de poser ces jours de congés ;

3°) d'enjoindre au département des Yvelines de redonner aux agents concernés les jours de congés indument pris ;

4°) de mettre à la charge du département des Yvelines la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les conclusions dirigées contre la note de service du 21 avril 2020 sont recevables compte tenu de ses dispositions impératives ;

- l'arrêté du 21 avril 2020 et la note du même jour sont entachés de vices de procédure dans la mesure d'une part, où les agents n'ont pas été préalablement consultés et, d'autre part, en l'absence d'avis préalable du comité technique ;

- ils sont entachés d'erreurs de droit dans la mesure où les contraintes pesant sur les agents du département excèdent celles pesant sur les agents de l'Etat telles qu'elles sont prévues par l'ordonnance n°2020-430 du 15 avril 2020 ; les agents se voient imposer davantage de jours de congés annuels rétroactivement ; les agents en télétravail sont contraints de poser des jours d'absence rétroactivement en méconnaissance de la règle dite du " service fait " ; les agents en congés de maladie ou en temps annualisés sont également concernés ;

- ils sont entachés d'une erreur d'appréciation à défaut d'être justifiés par l'intérêt du service, et sont discriminatoires, puisque s'appliquant à l'ensemble des agents sans considération de leurs situations individuelles.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 mars 2022, le département des Yvelines, représenté par Me Bazin, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge du requérant en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les conclusions dirigées contre la note de service du 21 avril 2020 sont irrecevables, cette note ne constituant pas une décision faisant grief ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance n°2020-430 du 15 avril 2020 relative à la prise de jours de réduction du temps de travail ou de congés dans la fonction publique de l'Etat et la fonction publique territoriale au titre de la période d'urgence sanitaire ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, entendu :

- le rapport de Mme Geismar, première conseillère,

- les conclusions de Mme Ozenne, rapporteure publique,

- les observations de Me Rochefort,

- et les observations de Me Nogaret, substituant Me Bazin.

Considérant ce qui suit :

1.Le président du conseil départemental des Yvelines, par un arrêté du 21 avril 2020, a obligé les agents relevant du département à prendre des jours de congés pendant la période dite de confinement, soit initialement du 17 mars au 11 mai 2020. Une note de service, du même jour, rappelle les obligations ainsi établies. Ces documents fixent des règles spécifiques selon la situation des agents, qui pouvaient par exemple, être en autorisation spéciale d'absence, en télétravail, ou sur leur lieu habituel de travail, et déterminent, selon ces hypothèses, le nombre de jours à poser ainsi que leur imputation possible en congés annuels, jours de récupération de temps de travail, autres jours de congés existants ou encore par le biais du compte épargne temps. Le syndicat CGT des agents territoriaux, actifs et retraités du conseil départemental des Yvelines et de ses établissements publics demande l'annulation de cet arrêté et de la note de service l'accompagnant, et à ce qu'il soit enjoint au président du département de restituer aux agents concernés les jours de congés qu'il estime avoir été indument prélevés.

Sur la fin de non-recevoir :

2.L'interprétation que par voie, notamment, de circulaires ou d'instructions l'autorité administrative donne des lois et règlements qu'elle a pour mission de mettre en œuvre n'est pas susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir lorsque, étant dénuée de caractère impératif, elle ne saurait, quel qu'en soit le bien-fondé, faire grief. En revanche, les dispositions impératives à caractère général d'une circulaire ou d'une instruction doivent être regardées comme faisant grief, alors même qu'elles se borneraient à réitérer une règle déjà contenue dans une norme juridique supérieure, le cas échéant en reprenant les termes exacts.

3. En l'espèce, la note litigieuse cite l'ordonnance n°2020-430 du 15 avril 2020 fondant la mesure, et indique que " le département des Yvelines a décidé d'imposer une prise obligatoire de 5 jours minimum de congés entre le 17 mars et le 11 mai 2020 " avant de solliciter des directeurs qu'ils relaient cette information, et de conclure qu'un arrêté sera pris par le président dans les prochains jours. Elle contient, en outre, une annexe présentant un tableau listant les agents concernés, les jours pouvant être utilisés dans ce cadre, la période concernée ainsi que les modalités de proratisation de ces congés, et qui précise que les collaborateurs n'ayant pas encore posé le nombre de congé requis " se verront imposer le nombre de jours de congés manquant et correspondant à leur quotité de travail ". Dès lors, elle ne peut être regardée comme dénuée de portée impérative et les conclusions dirigées à son encontre sont recevables.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne les vices de procédure :

4. Aux termes de l'article 33 de la loi 84-53 prévoit que : " Les comités techniques sont consultés pour avis sur les questions relatives : 1° A l'organisation et au fonctionnement des services ; () 6° Aux sujets d'ordre général intéressant l'hygiène, la sécurité et les conditions de travail. () ". Et selon l'article 7 de l'ordonnance 2020-430 qui organise la possibilité pour un employeur public d'imposer des jours de congé : " Les dispositions de la présente ordonnance peuvent être appliquées aux agents publics relevant de la loi du 26 janvier 1984 susvisée par décision de l'autorité territoriale, dans les conditions définies par celle-ci. Lorsque l'autorité territoriale fait usage de cette faculté, les fonctionnaires et agents contractuels de droit public occupant des emplois permanents à temps non complet sont assimilés à des agents publics à temps partiel. "

5. L'article 7 de l'ordonnance du 15 avril 2020, qui ne prévoit pas la consultation du comité technique, permet à l'autorité territoriale d'imposer aux agents de prendre des jours de congés imputés au titre, notamment, de congés annuels ou de jours de récupération du temps de travail. Cette mesure exceptionnelle, inédite et strictement limitée dans le temps, ne peut être regardée comme portant sur l'organisation et le fonctionnement des services ou comme un sujet d'ordre général intéressant l'hygiène, la sécurité et les conditions de travail. Dès lors, le comité technique n'avait pas, obligatoirement, à être préalablement saisi.

6. En outre, ni les dispositions citées au point 4, ni aucune autre, n'imposent que les agents soient préalablement consultés. Le moyen tiré du vice de procédure doit donc être écarté.

En ce qui concerne les erreurs de droit :

7. L'article 1 de l'ordonnance du 15 avril 2020 prévoit, sans sa version applicable à la date de l'arrêté litigieux : " Les fonctionnaires et agents contractuels de droit public de la fonction publique de l'Etat, les personnels ouvriers de l'Etat ainsi que les magistrats de l'ordre judiciaire en autorisation spéciale d'absence entre le 16 mars 2020 et le terme de l'état d'urgence sanitaire déclaré par la loi du 23 mars 2020 susvisée ou, si elle est antérieure, la date de reprise par l'agent de son service dans des conditions normales, prennent dix jours de réduction du temps de travail ou de congés annuels au cours de cette période, dans les conditions suivantes : 1° Cinq jours de réduction du temps de travail entre le 16 mars 2020 et le 16 avril 2020 ; 2° Cinq autres jours de réduction du temps de travail ou de congés annuels entre le 17 avril 2020 et le terme de la période définie au premier alinéa. Les personnes mentionnées au premier alinéa qui ne disposent pas de cinq jours de réduction du temps de travail prennent au titre du 1°, selon leur nombre de jours de réduction du temps de travail disponibles, un ou plusieurs jours de congés annuels entre le 17 avril 2020 et le terme de la période définie au premier alinéa, dans la limite totale de six jours de congés annuels au titre du 1° et du 2°. (). ". Et son article 2 dispose : " Afin de tenir compte des nécessités de service, le chef de service peut imposer aux fonctionnaires et agents contractuels de droit public de la fonction publique de l'Etat, aux personnels ouvriers de l'Etat ainsi qu'aux magistrats judiciaires en télétravail ou assimilé entre le 17 avril 2020 et le terme de l'état d'urgence sanitaire déclaré par la loi du 23 mars 2020 susvisée ou, si elle est antérieure, la date de reprise de l'agent dans des conditions normales, de prendre cinq jours de réduction du temps de travail ou, à défaut, de congés annuels au cours de cette période. (). " Enfin, selon l'article 7 de cette ordonnance : " Les dispositions de la présente ordonnance peuvent être appliquées aux agents publics relevant de la loi du 26 janvier 1984 susvisée par décision de l'autorité territoriale, dans les conditions définies par celle-ci. Lorsque l'autorité territoriale fait usage de cette faculté, les fonctionnaires et agents contractuels de droit public occupant des emplois permanents à temps non complet sont assimilés à des agents publics à temps partiel. ".

8. L'arrêté du président du département des Yvelines prévoit en son article 1 : " Les fonctionnaires et agents contractuels de droit public en autorisation spéciale d'absence (ASA) entre le 17 mars et le 11 mai 2020 inclus prennent cinq jours de congés au cours de cette période ". L'article 2 précise : " Les fonctionnaires et agents contractuels en télétravail entre le 17 mars et le 11 mai 2020 inclus prennent cinq jours de congés au cours de cette période. " Et l'article 5 indique : " Les congés pris au titre des articles 1, 2 et 3 du présent arrêté peuvent être imputés sur les congés annuels, les jours RTT, les jours ACP, les jours PCD, et les jours épargnés sur le compte épargne temps. Les agents en ASA visés à l'article 1 et 3 du présent arrêté peuvent prendre les 5 jours de congés de façon rétroactive à compter du 17 mars 2020 (). ". La note de service litigieuse reprend ces prescriptions en apportant des précisions.

9. Il résulte des dispositions reproduites aux points 7 et 8 que l'autorité territoriale pouvait définir les conditions d'application des dispositions citées ci-dessus et que le gouvernement n'a pas entendu lui imposer d'appliquer strictement les règles telles que prescrites pour les agents de l'Etat. Ainsi, le président du département des Yvelines, qui a imposé 5 jours de congés aux agents en autorisation spéciale d'absence entre le 17 mars et le 11 mai 2020 a fait application des dispositions lui permettant d'imposer aux agents publics de poser des congés dans la période dite d'état d'urgence sanitaire sans excéder les possibilités offertes par l'ordonnance, qui impose aux agents de l'Etat dans une situation équivalente de poser entre 6 et 10 jours de congés.

10. L'article 20 de la loi 83-634 prévoit : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire. "

11. La CGT soutient que l'article 2 de l'arrêté litigieux implique que des agents en situation de télétravail, et ayant accompli leur service, se verront rétroactivement contraints de poser des congés, en méconnaissance de l'article précité. Toutefois, d'une part, la note de service critiquée également et diffusée le même jour, indique que " concrètement, pour les jours passés, seuls ceux en ASA pourront faire l'objet d'une requalification en CA, RTT ou autre jour à prendre. Les jours passés travaillés, sur site ou chez soi, ne peuvent faire l'objet d'une requalification ". D'autre part, le 2e alinéa de l'article 5 de l'arrêté du 21 avril 2020 précise que : " les agents en ASA visés à l'article 1 et 3 du présent arrêté peuvent prendre les 5 jours de congés de façon rétroactive à compter du 17 mars 2020 " impliquant, a contrario, que les autres agents ne peuvent prendre ces jours de congés de façon rétroactive. Dès lors, les jours passés en télétravail sont exclus d'une requalification rétroactive en jours de congés et le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

12. L'article 3 de l'arrêté litigieux précise que " afin d'assurer la continuité de service, le chef de service propose aux fonctionnaires et agents contractuels de droit public qui ne sont ni en ASA ni en télétravail durant la totalité de la période qui s'étend du 17 mars au 11 mai 2020 inclus de prendre cinq jours de congés ". L'article 6 précise : " Les agents exerçant leur mission dans les collèges et bénéficiant d'un temps de travail annualisé ne sont pas visés par le présent arrêté. ". En outre, la note de service publiée le même jour précise : " Tous les agents du département sont concernés, sauf les agents des collèges ayant un temps de travail annualisé, les agents ayant été en arrêt maladie pendant la durée totale du confinement, les agents relevant de la fonction publique hospitalière () ".

13. Ainsi, et dans la mesure où l'arrêté litigieux doit être interprété à la lumière de la note de service, impérative, publiée le même jour, l'obligation de poser des jours de congés n'est pas, contrairement à ce que soutient le syndicat requérant, prescrite pour les agents en congés de maladie ou dont le temps de travail est annualisé. De même, il ne s'applique pas aux agents ayant, ainsi que le rappelle la note de service, travaillé sur site ou en télétravail. Le moyen de l'erreur de droit doit donc être écarté.

14. Le syndicat requérant soutient que les actes litigieux ne sont pas justifiés par l'intérêt du service. Toutefois, d'une part, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le président du conseil départemental, en sa qualité de chef des services, se serait estimé lié par les dispositions de l'ordonnance pour mettre en œuvre l'obligation faite aux agents en télétravail de prendre des jours de congés. D'autre part, les actes critiqués visaient, par une diminution globale du nombre de jours de réduction du temps de travail et de jours de congés susceptibles d'être pris au cours de la reprise d'activité, de faire participer les agents publics aux mesures prises en conséquence de l'épidémie et à assurer une reprise de l'activité dans les meilleures conditions possibles. A cet égard, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le département n'aurait pas été exposé à ce risque en l'espèce.

15. Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée.

Sur les autres conclusions :

16. Le rejet des conclusions de la requête n'implique pas qu'une injonction soit prononcée. De même, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme, demandée par le requérant, soit mise à la charge du département des Yvelines. Au contraire, il y a lieu de faire application de cet article et de mettre à la charge du syndicat CGT une somme de 1 000 euros à verser au département.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du syndicat CGT des agents territoriaux, actifs et retraités du conseil départemental des Yvelines et de ses établissements publics est rejetée.

Article 2 : Le syndicat CGT des agents territoriaux, actifs et retraités du conseil départemental des Yvelines et de ses établissements publics versera une somme de 1 000 euros au département des Yvelines en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au syndicat CGT des agents territoriaux, actifs et retraités du conseil départemental des Yvelines et de ses établissements publics et au département des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Gosselin, président,

Mme Vincent, première conseillère,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 202La rapporteure

signé

M. Geismar

Le président,

signé

C. Gosselin

La greffière,

signé

S. Burel

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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