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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2005024

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2005024

jeudi 9 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2005024
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET PEYRICAL & SABATTIER ASSOCIES

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et trois mémoires enregistrés sous le n°2005024 le 29 juillet 2020, le 9 juillet 2021, le 30 juillet 2021 et le 17 septembre 2021, et un mémoire récapitulatif du 21 avril 2022, la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération, représentée par Me Cabanes, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté préfectoral n°2020-PREF.DRCL/078 pris par le préfet de l'Essonne, le 7 février 2020, portant sur les conditions financières et patrimoniales du retrait des communes de Lardy, Boissy-sous-Saint-Yon et Saint-Yon de la communauté de communes de l'Arpajonnais à la suite de la demande d'arbitrage de la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les jugements rendus par le tribunal le 7 novembre 2019 n'ont pas l'autorité de la chose jugée ;

- c'est à tort que l'arrêté contesté intègre l'excédent de trésorerie de l'année 2015 de la communauté de communes de l'Arpajonnais d'un montant de 15 889 476 euros au nombre des biens devant faire l'objet de la répartition prévue par l'article L. 5211-25-1 du code général des collectivités territoriales et qu'il applique aux équipements territorialisés un taux moyen de subventions (de 20,7%) et non le taux réel des subventions affectées à ces équipements ;

- la répartition de l'actif et du passif de l'ex-communauté de communes de l'Arpajonnais méconnaît le principe d'équité ; en effet, le retrait des trois communes a entraîné une très forte diminution des recettes de la communauté de communes et l'équité justifiait donc que l'excédent budgétaire ne soit pas réparti entre l'EPCI et les trois communes qui s'en sont retirées ; par ailleurs, cet excédent était en partie nécessaire pour faire face aux besoins de financement relatifs à des opérations décidées à la date de la répartition et non encore retracées au bilan de la communauté de communes ;

- les subventions perçues pour les investissements effectués sur le territoire des trois communes ont été réparties deux fois.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 décembre 2020, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens présentés par la communauté d'agglomération requérante ne sont pas fondés.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 17 février 2021 et le 8 septembre 2021, la commune de Lardy, représentée par Me Sabattier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens présentés par la communauté d'agglomération requérante ne sont pas fondés.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 19 et le 26 juillet 2021, la commune de Saint-Yon, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une amende pour recours abusif soit mise à la charge de la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération en application de l'article R. 741-12 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens présentés par la communauté d'agglomération requérante ne sont pas fondés.

II. Par une requête et deux mémoires, enregistrés sous le n°2006097 le 21 septembre 2020, le 9 juillet 2021 et le 17 septembre 2021, et un mémoire récapitulatif enregistré le 21 avril 2022, la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération, représentée par Me Cabanes, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de recette n° 52 d'un montant de 812 518 euros émis le 19 mai 2020 par le maire de la commune de Lardy et de la décharger de l'obligation de payer cette somme ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Lardy une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le bordereau de titre de recettes ne mentionne pas la qualité de son auteur ;

- le titre doit être annulé en raison de l'illégalité de l'arrêté préfectoral du 7 février 2020 qui en constitue le fondement.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 12 mai 2021 et le 8 septembre 2021, la commune de Lardy, représentée par Me Sabattier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens présentés par la communauté d'agglomération requérante ne sont pas fondés.

III. Par une requête et deux mémoires enregistrés sous le n°2006098 le 21 septembre 2020, le 9 juillet 2021 et le 17 septembre 2021, et un mémoire récapitulatif du 21 avril 2022, la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération, représentée par Me Cabanes, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de recette n°53 d'un montant de 1 177 226 euros émis le 19 mai 2020 par le maire de la commune de Lardy et de la décharger de l'obligation de payer cette somme ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Lardy une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le bordereau de titre de recettes ne mentionne pas la qualité de son auteur ;

- le titre doit être annulé à raison de l'illégalité de l'arrêté préfectoral du 7 février 2020 qui en constitue le fondement.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 12 mai 2021 et le 8 septembre 2021, la commune de Lardy, représentée par Me Sabattier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens présentés par la communauté d'agglomération requérante ne sont pas fondés.

IV. Par une requête enregistrée sous le n°2100263 le 13 janvier 2021, la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération, représenté par Me Cabanes, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de recette n°388 d'un montant de 577 416 euros émis le 12 novembre 2020 par le maire de la commune de Boissy-sous-Saint-Yon, et de la décharger de l'obligation de payer cette somme ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Boissy-sous-Saint-Yon une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre de recettes n'a pas été signé ;

- il est dépourvu de base légale, dès lors qu'il vise l'arrêté préfectoral du 28 juillet 2017, qui a été annulé par jugement du tribunal du 7 novembre 2019 ;

- le titre doit être annulé à raison de l'illégalité de l'arrêté préfectoral du 7 février 2020.

La requête et l'ensemble de la procédure ont été communiqués à la commune de Boissy-sous-Saint-Yon, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

V. Par une requête et deux mémoires enregistrés sous le n°2106133, le 15 juillet 2021, le 17 septembre 2021 et le 15 novembre 2021, et un mémoire récapitulatif enregistré le 30 décembre 2021, la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération, représentée par Me Cabanes, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de recette n°71 d'un montant de 812 519 euros émis le 20 mai 2021 par le maire de la commune de Lardy, et de la décharger de l'obligation de payer cette somme ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Lardy une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le bordereau de titre de recettes ne mentionne pas la qualité de son auteur ;

- le titre doit être annulé à raison de l'illégalité de l'arrêté préfectoral du 7 février 2020 qui en constitue le fondement.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 8 septembre et 8 novembre 2021, la commune de Lardy, représentée par Me Sabattier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération une somme de 10 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens présentés par la communauté d'agglomération requérante ne sont pas fondés.

VI. Par une requête enregistrée sous le n°2108808 le 12 octobre 2021, la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération, représentée par Me Cabanes, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de recette n°84 d'un montant de 109 323 euros émis le 20 septembre 2021 par le maire de la commune de Saint-Yon, et de la décharger de l'obligation de payer cette somme ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Yon une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le bordereau de titre de recettes n'est pas signé ;

- le titre contesté est dépourvu de base légale en l'absence de conformité de la somme demandée à l'échéancier prévu dans l'arrêté du 7 février 2020 ;

- le titre doit être annulé à raison de l'illégalité de l'arrêté préfectoral du 7 février 2020 qui en constitue le fondement.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 8 novembre et 15 novembre 2022, la commune de Saint-Yon, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête, à ce qu'il soit mis à la charge de la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et à ce qu'une amende pour recours abusif soit mise à la charge de la communauté d'agglomération en application de l'article R.741-12 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens présentés par la communauté d'agglomération requérante ne sont pas fondés.

VII. Par une requête et un mémoire enregistrés sous le n°2202228 les 15 mars et 1er septembre 2022 la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération, représentée par Me Cabanes, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de recette n°49 d'un montant de 812 519 euros, émis le 15 février 2022 par le maire de la commune de Lardy, et de la décharger de l'obligation de payer cette somme ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Lardy une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le bordereau de titre de recettes n'est pas signé ;

- le titre doit être annulé à raison de l'illégalité de l'arrêté préfectoral du 7 février 2020 qui en constitue le fondement.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 juin 2022, la commune de Lardy, représentée par Me Sabattier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération une somme de 10 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens présentés par la communauté d'agglomération requérante ne sont pas fondés.

VIII. Par une requête enregistrée sous le n°2204283 le 27 mai 2021, la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération, représentée par Me Cabanes, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de recette n°104 d'un montant de 851 218 euros, émis le 19 avril 2022 par le maire de la commune de Boissy-sous-Saint-Yon, et de la décharger de l'obligation de payer cette somme ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Boissy-sous-Saint-Yon une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre de recettes n'a pas été signé ;

- le titre doit être annulé à raison de l'illégalité de l'arrêté préfectoral du 7 février 2020 qui en constitue le fondement.

La requête et l'ensemble de la procédure ont été communiqués à la commune de Boissy-sous-Saint-Yon, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Bartnicki, rapporteure publique,

- les observations de Me Meresse, représentant la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération, et de Me Corlouer, représentant la commune de Lardy.

Considérant ce qui suit :

1. Les instances n°2005024, 2006097, 2006098, 2100263, 2106133, 2108808, 2202228 et 2204283, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu, par suite, de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

2. Par un arrêté préfectoral du 8 septembre 2015, le préfet de l'Essonne a étendu le périmètre de la communauté de communes constituée entre Juine et Renarde aux communes de Lardy, de Boissy-sous-Saint-Yon et de Saint-Yon, à compter du 1er janvier 2016. Cet arrêté a emporté le retrait de ces trois communes de l'établissement public de coopération intercommunale dont elles étaient membres, la communauté de communes de l'Arpajonnais, laquelle a fusionné, à compter de cette même date, avec la communauté d'agglomération du Val d'Orge pour former la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération. A défaut d'accord entre l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale et les conseils municipaux des trois communes, le préfet de l'Essonne a, par un arrêté du 28 juillet 2017, pris suite à la demande d'arbitrage formulée par la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération, fixé les conditions financières et patrimoniales du retrait des communes de Lardy, Boissy-sous-Saint-Yon et Saint-Yon. Par un jugement n°1706802, 1706823 et 1800477 du 7 novembre 2019, confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Versailles n°20VE00040 du 10 novembre 2022, le tribunal administratif de Versailles, à la demande des trois communes concernées, a annulé cet arrêté et enjoint au préfet de l'Essonne de prendre un nouvel arrêté dans un délai de trois mois suivant la notification du jugement. Dès lors, le préfet de l'Essonne a pris le 7 février 2020 un nouvel arrêté portant sur les conditions financières et patrimoniales du retrait des communes de Lardy, Boissy-sous-Saint-Yon et Saint-Yon de la communauté de communes de l'Arpajonnais, dont la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération demande l'annulation par la requête n° 2005024. En application de cet arrêté, les communes de Lardy, Boissy-sous-Saint-Yon et Saint-Yon ont émis des titres de recettes à l'encontre de la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération. Par les requêtes n° 2006097, 2006098, 2106133 et 2202228, la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération demande l'annulation des quatre titres émis par la commune de Lardy. Par les requêtes n°2100263, 2204283 et n°2108808, la communauté d'agglomération demande également l'annulation des titres de recettes émis par la commune de Boissy-sous-Saint-Yon et par la commune de Saint-Yon.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté préfectoral du 7 février 2020 :

En ce qui concerne l'exception de chose jugée :

3. Aux termes de l'article 1355 du code civil : " L'autorité de la chose jugée n'a lieu qu'à l'égard de ce qui a fait l'objet du jugement. Il faut que la chose demandée soit la même ; que la demande soit fondée sur la même cause ; que la demande soit entre les mêmes parties, et formée par elles et contre elles en la même qualité ".

4. En l'espèce, l'arrêté contesté du préfet de l'Essonne du 7 février 2020 est distinct de son précédent arrêté du 28 juillet 2017, qui a été annulé par le tribunal administratif de Versailles, et dont le jugement du 7 novembre 2019 a été confirmé par la cour administrative d'appel de Versailles par un arrêt du 10 novembre 2022. Par suite, en l'absence d'identité d'objet et de cause, l'autorité de chose jugée qui s'attache à l'arrêt de la cour administrative d'appel de Versailles ne s'oppose nullement à l'examen du recours formé par la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération contre l'arrêté préfectoral du 7 février 2020.

En ce qui concerne l'excédent de trésorerie :

5. Aux termes de l'article L. 5211-19 du code général des collectivités territoriales : " Une commune peut se retirer de l'établissement public de coopération intercommunale, sauf s'il s'agit d'une communauté urbaine ou d'une métropole, dans les conditions prévues à l'article L. 5211-25-1, avec le consentement de l'organe délibérant de l'établissement. A défaut d'accord entre l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale et le conseil municipal concerné sur la répartition des biens ou du produit de leur réalisation et du solde de l'encours de la dette visés au 2° de l'article L. 5211-25-1, cette répartition est fixée par arrêté du ou des représentants de l'Etat dans le ou les départements concernés. Cet arrêté est pris dans un délai de six mois suivant la saisine du ou des représentants de l'Etat dans le ou les départements concernés par l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale ou de l'une des communes concernées. () ". Aux termes de l'article L. 5211-25-1 du même code : " En cas de retrait de la compétence transférée à un établissement public de coopération intercommunale : 1° Les biens meubles et immeubles mis à la disposition de l'établissement bénéficiaire du transfert de compétences sont restitués aux communes antérieurement compétentes et réintégrés dans leur patrimoine pour leur valeur nette comptable, avec les adjonctions effectuées sur ces biens liquidées sur les mêmes bases. Le solde de l'encours de la dette transférée afférente à ces biens est également restituée à la commune propriétaire ; 2° Les biens meubles et immeubles acquis ou réalisés postérieurement au transfert de compétences sont répartis entre les communes qui reprennent la compétence ou entre la commune qui se retire de l'établissement public de coopération intercommunale et l'établissement ou, dans le cas particulier d'un syndicat dont les statuts le permettent, entre la commune qui reprend la compétence et le syndicat de communes. Il en va de même pour le produit de la réalisation de tels biens, intervenant à cette occasion. Le solde de l'encours de la dette contractée postérieurement au transfert de compétences est réparti dans les mêmes conditions entre les communes qui reprennent la compétence ou entre la commune qui se retire et l'établissement public de coopération intercommunale ou, le cas échéant, entre la commune et le syndicat de communes. A défaut d'accord entre l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale et les conseils municipaux des communes concernés, cette répartition est fixée par arrêté du ou des représentants de l'Etat dans le ou les départements concernés. Cet arrêté est pris dans un délai de six mois suivant la saisine du ou des représentants de l'Etat dans le ou les départements concernés par l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale ou de l'une des communes concernées. () ".

6. Il résulte de ces dispositions qu'en cas de réduction du périmètre d'un établissement public de coopération intercommunale résultant du retrait d'une commune membre de cet établissement, il appartient aux parties en cause ou, à défaut d'accord, au représentant de l'Etat dans le département, de procéder à la répartition, d'une part, de l'ensemble des actifs dont l'établissement est devenu propriétaire postérieurement au transfert de compétences, à l'exception des disponibilités nécessaires pour faire face aux besoins de financement relatifs à des opérations décidées avant la date de la répartition et non encore retracées au bilan de l'établissement public, d'autre part, de l'encours de la dette contractée postérieurement au transfert de compétences. Cette répartition doit être fixée dans le but, d'une part, d'éviter toute solution de continuité dans l'exercice, par les personnes publiques, de leur compétence, d'autre part, de garantir un partage équilibré compte tenu de l'importance de la participation de la commune dans le syndicat de communes. Par suite, dans l'hypothèse d'un tel retrait, il y a lieu, afin d'apprécier s'il doit être procédé à la répartition de l'excédent de trésorerie du syndicat, qui a conservé sa compétence à l'égard des communes n'ayant pas adhéré à la communauté d'agglomération nouvellement créée, de rechercher si un tel excédent de trésorerie est ou non nécessaire pour faire face aux besoins de financement relatifs à des opérations décidées à la date de la répartition et non encore retracées au bilan de l'établissement public.

7. Le préfet de l'Essonne a, en application du jugement du 7 novembre 2019, procédé à la répartition de l'excédent de trésorerie d'un montant de 15 889 476 euros entre l'établissement public de coopération intercommunale et les communes de Boissy-sous-Saint-Yon, Lardy et Saint-Yon selon une clé de répartition basée sur la population. La communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération ne conteste ni le montant de cet excédent, ni la clé de répartition, mais le principe même de la répartition de l'excédent de trésorerie.

8. Toutefois, contrairement à ce qu'elle soutient, l'excédent de trésorerie de 15 889 476 euros enregistré à l'actif du bilan de la communauté de communes de l'Arpajonnais à la clôture de l'exercice 2015 constitue un bien au sens du 2° de l'article L. 5211-25-1 du code général des collectivités territoriales, qui devait être totalement réparti dans les conditions susmentionnées entre l'établissement public de coopération intercommunale et les communes s'en retirant, dès lors qu'il ne résulte pas des pièces du dossier que cet excédent aurait été nécessaire pour faire face à des besoins de financement relatifs à des opérations décidées à la date de la répartition, non encore retracées au bilan de l'établissement public. En effet, en se bornant à produire un document d'orientation budgétaire pour le budget 2015 destiné à être discuté lors d'un conseil du 18 décembre 2014, la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération ne démontre pas que les sommes nécessaires pour faire face aux besoins de financement relatifs à la construction d'un multi-accueil à Saint-Germain-Lès-Arpajon, d'un pôle gare à Marolles-en-Hurepoix et d'un pôle gare à Breuillet auraient été votées par le conseil avant la date de la répartition, en l'espèce, le 1er janvier 2016. La circonstance que des marchés relatifs à ces opérations ont été passés fin 2016 et début 2017 est à cet égard sans incidence. Peu importe également que la communauté de communes de l'Arpajonnais constitue un établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre ou que le retrait des communes en cause ait entraîné des difficultés financières pour l'établissement public nouvellement créé, ces difficultés ayant au demeurant été prises en compte par le préfet dans le choix de la clé de répartition, qui, basée sur la population, est favorable à la communauté d'agglomération. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 5211-25-1 du code général des collectivités territoriales doit être écarté.

En ce qui concerne la prise en compte des subventions :

9. Si les dispositions du 1° de l'article L. 5211-25-1 du code général des collectivités territoriales imposent de réintégrer dans le patrimoine des communes à leur valeur nette comptable les biens des communes mis à disposition de l'établissement public de coopération intercommunale, celles du 2° de cet article se bornent à indiquer que les biens acquis ou réalisés postérieurement par cet établissement doivent être répartis entre cet établissement public et la commune concernée. Dans ce dernier cas, eu égard aux règles comptables qui imposent de procéder à la déduction des subventions d'investissement figurant au passif au regard des éléments d'actif liés sous peine d'un déséquilibre entre les écritures d'actif et de passif, les biens récupérés par les communes doivent être évalués sur la base de leur valeur nette comptable, après déduction des subventions réelles d'investissement affectées sur les équipements territorialisés figurant au passif du bilan.

10. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que le préfet de l'Essonne a pris en compte pour le calcul de l'actif net territorialisé, le montant réel des subventions, qui se sont élevées, respectivement, à 4 136 256 euros pour le gymnase Cornuel et à 362 802 euros pour l'aire d'accueil de gens du voyage à Lardy. Si la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération fait valoir le caractère extraordinairement élevé des subventions en cause et le choix fait par l'établissement public de coopération intercommunale de solliciter un maximum de subventions pour ces investissements, elle n'apporte aucun élément de nature à démontrer que le préfet de l'Essonne aurait ainsi commis une erreur d'appréciation au regard de l'exigence de partage équilibré que son arrêté a pour objet de garantir.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 7 février 2020 doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation des titres exécutoires :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des requêtes :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que les titres exécutoires devraient être annulés à raison de l'illégalité de l'arrêté préfectoral du 7 février 2020 qui en constitue le fondement doit être écarté.

13. En second lieu, aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, dans sa version applicable aux titres contestés : " () 4° Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. () / En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. () ". Aux termes de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute personne a le droit de connaître le prénom, le nom, la qualité et l'adresse administratives de l'agent chargé d'instruire sa demande ou de traiter l'affaire qui la concerne ; ces éléments figurent sur les correspondances qui lui sont adressées. Si des motifs intéressant la sécurité publique ou la sécurité des personnes le justifient, l'anonymat de l'agent est respecté ".

14. Il résulte des articles L. 100-1 et L. 100-3 du code des relations entre le public et l'administration que les dispositions de ce code ne s'appliquent pas, sauf exception, aux relations entre personnes morales de droit public. L'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, auquel renvoient les dispositions du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, n'est ainsi pas applicable dans un litige opposant deux personnes publiques. Il s'ensuit que la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération ne saurait utilement soutenir que, faute de comporter de signature de leur auteur ou d'indiquer la qualité de celui-ci, les titres de recettes litigieux méconnaîtraient ces dispositions.

En ce qui concerne le moyen commun aux requêtes n°2100263 et 2108808 :

15. La communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération fait valoir que le montant du titre n° 388, émis le 12 novembre 2020 par la commune de Boissy-sous-Saint-Yon, ainsi que celui du titre n°84, émis le 20 septembre 2021 par la commune de Saint-Yon, ne correspondraient pas à l'échéancier prévu par l'arrêté du préfet de l'Essonne du 7 février 2020. Toutefois, la circonstance que ces titres de recettes auraient été émis pour des montants inférieurs à ceux prévus par l'échéancier fixé par l'autorité administrative n'est pas de nature à entacher d'illégalité lesdits titres, alors, par ailleurs, qu'il est constant que la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération avait déjà versé aux communes concernées une partie des sommes dont elle leur était redevable.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation des titres de recettes litigieux doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées par la commune de Saint-Yon tendant à l'application d'une amende pour recours abusif :

17. Aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ".

18. La faculté prévue par ces dispositions constitue un pouvoir propre du juge. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossiers que les demandes de la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération revêtiraient un caractère abusif. Ainsi, les conclusions de la commune de Saint-Yon tendant à ce que la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération soit condamnée à une telle amende doivent, en tout état de cause, être rejetées.

Sur les frais des instances :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat et les communes de Lardy, Boissy-sous-Saint-Yon et Saint-Yon, qui n'ont pas la qualité de parties perdantes, versent à la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

20. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Lardy et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération sont rejetées.

Article 2 : La communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération versera à la commune de Lardy une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et aux communes de Lardy, Boissy-sous-Saint-Yon et Saint-Yon.

Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Blanc, président,

- M. Jauffret, premier conseiller,

- Mme Lutz, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.

La rapporteure,

signé

F. A Le président,

signé

P. Blanc

La greffière,

signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2005024, 2006097, 2006098, 2100263, 2106133, 2108808, 2202228, 2204283

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