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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2005331

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2005331

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2005331
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantBOUBOUTOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 août 2020 et 29 mai 2021, la société par action simplifiée (SAS) Baby Cocooning et Mme A C, représentées par Me Bouboutou, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 février 2020 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales des Yvelines a refusé de procéder au versement de la subvention accordée au titre de la convention d'objectifs et de financement signée le 28 novembre 2017 et la décision du 10 juillet 2020 par laquelle la même autorité a rejeté son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la directrice de la caisse d'allocations familiales des Yvelines,

- à titre principal, de verser à la SAS Baby Cocooning, l'aide prévue par la convention d'objectifs et de financement d'un montant de 103 000 euros, avec anatocisme, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 250 euros par jour de retard ;

- à titre subsidiaire, de réexaminer la demande de versement de la subvention prévue par la convention d'objectifs et de financement, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 250 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales des Yvelines la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la décision du 7 février 2020 est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle a abrogé la décision d'accorder à la SAS Baby Cocooning une aide financière au titre de la convention d'objectifs et de financement signée le 28 novembre 2017, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elles avaient effectivement produit les pièces demandées et donc rempli les conditions prévues pour le versement de l'aide à l'investissement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 décembre 2020, la caisse d'allocations familiales des Yvelines, représentée par Me Brault, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérantes au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B D ;

- les conclusions de Mme Sara Ghiandoni, rapporteure publique ;

- les observations de Me Leplat, représentant les requérantes et de Me Thomas, représentant la caisse primaire d'assurance maladie des Yvelines.

Une note en délibéré présentée pour la caisse d'allocations familiales des Yvelines a été enregistrée le 6 juillet 2022.

Considérant ce qui suit :

1. La société Baby Cocooning exploite, depuis le mois de septembre 2018, un établissement d'accueil collectif privé sous le nom de micro-crèche " Les Petits Petons " situé à Coignières, dont Mme A C est la gestionnaire. Le 23 novembre 2017, la commission d'action sociale de la caisse d'allocations familiales des Yvelines a décidé d'accorder à la société Baby Cocooning une subvention de 110 000 euros, dans le cadre du plan pluriannuel d'investissement pour la création de crèches (PPICC). Pour le versement de la subvention, une " convention d'objectifs et de financement " a été signée conjointement par la caisse d'allocations familiales et par Mme C, le 28 novembre 2017. Par une décision du 7 février 2020, la directrice de la caisse d'allocations familiales a toutefois informé Mme C que la subvention était " annulée " au motif que la société n'avait pas communiqué à la caisse d'allocations familiales l'ensemble des pièces requises pour le versement de la subvention. Cette décision a été confirmée par une décision du 13 mai 2020 de la commission d'action sociale de la caisse d'allocations familiales puis par une décision du 10 juillet 2020 de la directrice de la caisse d'allocations familiales prise sur recours gracieux. Par la requête ci-dessus analysée, la société Baby Cocooning et Mme C demandent l'annulation de ces trois décisions et à ce qu'il soit enjoint à la caisse l'allocations familiales de lui verser le montant de l'aide restant dû assorti des intérêts au taux légal et de leur capitalisation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision ". Une décision qui a pour objet l'attribution d'une subvention constitue un acte unilatéral qui crée des droits au profit de son bénéficiaire. Toutefois, de tels droits ne sont ainsi créés que dans la mesure où le bénéficiaire de la subvention respecte les conditions mises à son octroi, que ces conditions découlent des normes qui la régissent, qu'elles aient été fixées par la personne publique dans sa décision d'octroi, qu'elles aient fait l'objet d'une convention signée avec le bénéficiaire, ou encore qu'elles découlent implicitement mais nécessairement de l'objet même de la subvention. Il en résulte que les conditions mises à l'octroi d'une subvention sont fixées par la personne publique au plus tard à la date à laquelle cette subvention est octroyée.

3. Il ressort des pièces du dossier que par une décision du 23 novembre 2017 la commission d'aide sociale de la caisse d'allocations familiales des Yvelines a accordé une subvention à la société requérante. Le versement de cette aide financière était subordonné aux conditions générales du plan pluriannuel d'investissement pour la création de crèche, contractualisées dans la convention d'objectifs et de financement, signée le 28 novembre 2017 entre la caisse d'allocations familiales et Mme C. A ce titre, cinq pièces justificatives devaient être produites pour que le paiement soit opéré : une autorisation d'ouverture délivrée par le président du conseil départemental, précisant la capacité d'accueil de l'établissement ; une copie des factures signées par la personne habilitée, ou un état récapitulatif des factures acquittées signé par la personne habilitée ; une attestation signée par un commissaire aux comptes ou un expert-comptable, à défaut par le maitre d'ouvrage et le maitre d'œuvre ; une copie de la police d'assurance garantissant les biens faisant l'objet de la participation de la caisse d'allocations familiales ; un plan de financement définitif détaillé, signée de la personne habilitée.

4. D'une part, il est établi au dossier que la caisse d'allocations familiales disposait bien de l'arrêté du 17 septembre 2018 par lequel le président du conseil départemental a autorisé l'ouverture de la crèche gérée par Baby Cocooning et fixé sa capacité d'accueil à dix places. La caisse d'allocations familiales des Yvelines ne conteste pas que cette pièce lui a été fournie par la société requérante. En outre, comme le fait valoir la société requérante, si par un arrêté du 13 juin 2019, le préfet des Yvelines a prononcé la fermeture administrative de la micro-crèche, l'exécution de cette décision a été suspendue par une décision du juge des référés du tribunal du 20 août 2019 et elle a d'ailleurs été ultérieurement annulée par un jugement du tribunal du 13 juillet 2021.

5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la société Baby Cocooning a communiqué plusieurs plans de financement prévisionnels et définitifs reçus par la caisse d'allocations familiales des Yvelines le 24 octobre 2017, le 28 novembre 2018 et le 31 janvier 2019 et des états récapitulatifs des factures le 14 octobre 2018, le 28 novembre 2018 et le 31 janvier 2019. Si certains de ces documents étaient incomplets, il ressort des pièces du dossier qu'en dernier lieu, un plan de financement définitif et un état récapitulatif des factures, détaillés, complets et signés tant par le gestionnaire de la crèche, Mme C, que par son expert-comptable, ont été fournis en janvier 2019 à la caisse d'allocations familiales des Yvelines et que cette dernière en a accusé réception. Si la caisse d'allocations familiales oppose en défense un écart d'une dizaine d'euros entre les sommes totales des deux documents fournis, cette seule circonstance, qui peut s'expliquer par des arrondis et qui n'est pas envisagée par les conditions générales, n'est pas susceptible de remettre en cause à elle-seule le versement de la subvention prévue dans la convention d'objectifs et de financement.

6. Par ailleurs, contrairement à ce que prétend la directrice de la caisse d'allocations familiales dans sa décision du 7 février 2020, Mme C a fourni, une attestation de travaux en septembre 2018 puis, le 14 octobre 2018, une attestation de son expert-comptable du 12 octobre 2018 justifiant de la sincérité des factures répertoriées dans l'état récapitulatif.

7. Enfin, une attestation du 1er septembre 2018 valable pour un an et communiquée à la caisse d'allocations familiales le 30 octobre 2018, justifie que la requérante disposait d'une police d'assurance pour les locaux de la crèche.

8. Si la caisse d'allocations familiales des Yvelines, dans sa décision, oppose à la société Baby Cocooning le défaut de transmission d'une notification de cession de créance complétée par sa banque, un tel document n'est pas au nombre de ceux exigés par les conditions générales rappelées au point 3 du présent jugement. Dans ces conditions, les requérantes ayant rempli les conditions exigées telles que fixées par le plan pluriannuel d'investissement pour la création de crèche, la directrice de la caisse d'allocations familiales des Yvelines ne pouvait, sans commettre une erreur de droit, retirer sa décision du 23 novembre 2017, par laquelle elle avait décidé d'accorder à la société Baby Cocooning une subvention de 110 000 euros pour la création de la crèche " Les mille petits petons " à Coignières.

9. Il résulte de ce qui précède qu'à la date de la décision de retrait de la subvention, la société requérante avait fourni l'ensemble des pièces prévues par les conditions générales du plan pluriannuel d'investissement pour la création de crèches. Il n'est par ailleurs pas allégué par la caisse d'allocations familiales qu'une autre condition à laquelle cette subvention était subordonnée n'aurait pas été respectée par la société Baby Cocooning. Dans ces conditions, la caisse l'allocations familiales ne pouvait procéder au retrait de l'aide sans entacher sa décision d'erreur de droit. Par suite, Mme C et la SAS Baby Cocooning sont fondées à soutenir que la décision du 7 février 2020 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales des Yvelines a refusé de verser à la seconde la subvention prévue par une décision du 23 novembre 2017, et la décision du 10 juillet 2020 par laquelle la même autorité a rejeté son recours gracieux dirigé contre la décision du 7 février 2020, doivent être annulées.

Sur les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte :

10. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que la caisse d'allocations familiales des Yvelines procède au versement à la SAS Baby Cocooning du montant de la subvention à laquelle cette dernière pouvait prétendre au titre de convention d'objectifs et de financement pour l'aide au financement de la micro-crèche. Le montant réclamé par la société requérante à hauteur de 103 000 euros n'est pas contesté par la caisse d'allocations familiales qui devra donc verser cette somme à la société Baby Cocooning dans le délai d'un mois à compter de la mise à disposition du présent jugement.

11. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter de la date d'enregistrement de la requête, soit le 20 août 2020, ainsi que de la capitalisation des intérêts à compter du 20 août 2021, date à laquelle ces intérêts étaient dus pour une année entière, puis à chaque échéance annuelle ultérieure. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales des Yvelines la somme de 1 500 euros à verser à la SAS Baby Cocooning au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme de 2 000 euros demandée par la caisse d'allocations familiales des Yvelines soit mise à la charge de la SAS Baby Cocooning au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 7 février 2020 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales des Yvelines a refusé de procéder au versement de la subvention accordée au titre de la convention d'objectifs et de financement signée le 28 novembre 2017 et celle du 10 juillet 2020 par laquelle la même autorité a rejeté son recours gracieux dirigé contre la décision du 7 février 2020 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la caisse d'allocations familiales des Yvelines de verser à la SAS Baby Cocooning la somme de 103 000 euros au titre de la subvention prévue par la convention d'objectifs et de financement pour l'aide au financement de la micro-crèche, dans le délai d'un mois à compter de la mise à disposition du présent jugement. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter du 20 août 2020. Les intérêts échus à la date du 20 août 2021, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 3 : La caisse d'allocations familiales des Yvelines versera à la SAS Baby Cocooning la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête et les conclusions présentées par la caisse d'allocations familiales des Yvelines au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetés.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C, à la SAS Baby Cocooning et à la caisse d'allocations familiales des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Davesne, président,

M. de Miguel, premier conseiller,

Mme Raymond-Andujar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

Le rapporteur,

signé

S. D

Le président,

signé

S. Davesne La greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2005331

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