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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2005431

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2005431

lundi 10 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2005431
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantATTIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 août 2020 et 12 mars 2021, Mme B A, représentée par Me Attia, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 juin 2020 par laquelle le directeur du groupe hospitalier Nord-Essonne a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de ses pathologies diagnostiquées le 7 janvier 2020 ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise médicale contradictoire afin de déterminer l'imputabilité au service de ses pathologies ;

3°) de mettre à la charge du groupe hospitalier Nord-Essonne la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que la convocation qui lui a été envoyée pour la commission de réforme du 9 juin 2020 ne comportait ni la signature du médecin responsable du secrétariat de cette commission ni la mention de la possibilité de faire entendre le médecin de son choix, qu'aucun expert spécialisé dans sa pathologie n'a siégé à cette commission et que le principe du contradictoire a été méconnu ;

- la décision n'est pas motivée ;

- le directeur du groupe hospitalier Nord-Essonne s'est cru à tort en situation de compétence liée ;

- la décision méconnait les dispositions des articles 35-6 du décret n° 88-386 du 19 avril 1988 et 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, en ce qu'elle se fonde sur le seul motif du dépassement du délai de prise en charge ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 décembre 2020 et un mémoire (non communiqué) enregistré le 23 septembre 2022, le groupe hospitalier Nord-Essonne (GHNE), représenté par Me Magnaval, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme A la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, en faisant valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 10 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 septembre 2022.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen soulevé d'office tiré de la méconnaissance du champ d'application des articles 35-6 du décret n° 88-386 et 21 bis de la loi n° 83-634, entrés en vigueur le 16 mai 2020 non applicables à la situation de la requérante.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017 ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gibelin, rapporteur,

- les conclusions de Mme Ghiandoni, rapporteure publique,

- les observations de Me Attia, représentant Mme A,

- et les observations de Me Potterie, substituée à Me Magnaval, représentant le GHNE.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, aide-soignante dans le service de court séjour gériatrique au centre hospitalier de Longjumeau, rattaché au groupe hospitalier Nord-Essonne (GHNE), a été victime d'un accident de service le 13 juin 2018 qui lui a causé une déchirure tendineuse avec raideur de l'épaule gauche, qui a été reconnu comme tel par une décision du 3 juillet 2018. Après plusieurs examens médicaux, son état a été considéré consolidé le 25 février 2020 avec une IPP de 6%. Le 7 janvier 2020, une épicondylite du coude droit associée à une tendinite du sus épineux avec conflit sous-acromial de l'épaule droite lui a été diagnostiquée. Le médecin du travail, qui a examiné l'intéressée le 29 janvier 2020, a indiqué que ces pathologies pouvaient avoir été causées par son activité professionnelle. Mme A a alors sollicité la reconnaissance de cette maladie comme maladie professionnelle par un courrier du 30 janvier 2020. Le médecin désigné pour procéder à l'expertise médicale a considéré que le travail de Mme A ne peut être considéré comme la cause unique, directe et certaine des pathologies, en précisant que le délai de prise en charge n'est pas respecté, l'intéressée ne travaillant plus depuis le 13 juin 2018. La commission de réforme, réunie le 9 juin 2020, a émis un avis défavorable à la reconnaissance de la maladie professionnelle. Par une décision du 24 juin 2020, dont la requérante demande l'annulation, le directeur du GHNE a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de cette maladie.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Pour rejeter les demandes de reconnaissance d'imputabilité au service de ses pathologies présentées par Mme A, le GHNE s'est approprié l'avis rendu le 9 juin 2020 par la commission de réforme tenant au dépassement du délai de prise en charge prévu par le IV de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983.

3. Aux termes du IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 : " Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. / Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions. () "

4. Ces dispositions, qui ont été introduites par l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017 susvisée, rendent applicables aux fonctionnaires les dispositions de l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale instituant une présomption d'origine professionnelle pour toute maladie désignée dans un tableau de maladies professionnelles et contractée dans les conditions mentionnées dans ce tableau. Elles instituent une présomption légale qui tient au fond du litige, ont vocation à s'appliquer aux situations en cours, sous réserve des exigences attachées au principe de non-rétroactivité, qui exclut que les nouvelles dispositions s'appliquent à des situations juridiquement constituées avant leur entrée en vigueur, les droits des agents publics en matière d'accident de service et de maladie professionnelle étant constitués à la date à laquelle l'accident est intervenu ou la maladie diagnostiquée. Or l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 n'est entré en vigueur en tant qu'il s'applique à la fonction publique hospitalière, qu'à la date d'entrée en vigueur, le 16 mai 2020, du décret n° 2020-566 du 13 mai 2020 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique hospitalière. Il en résulte que l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986, dans sa rédaction antérieure à celle résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017, est demeuré applicable jusqu'à l'entrée en vigueur du décret du 13 mai 2020.

5. Or, en l'espèce, il ressort de la décision attaquée que la demande de Mme A a été examinée sur le fondement des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 et du décret du 13 mai 2020. A cette date, la situation de Mme A était déjà juridiquement constituée puisque que sa maladie a été diagnostiquée le 7 janvier 2020 et qu'elle en a demandé la reconnaissance de l'imputabilité au service par un courrier du 30 janvier 2020. Il s'ensuit donc que les dispositions précitées ne lui étaient pas applicables et que le GHNE en a méconnu le champ d'application.

6. Il résulte de ce qui précède que la décision du directeur du GHNE du 24 juin 2020 doit être annulée.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le GHNE demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du GHNE le versement à Mme A de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La décision du 24 juin 2020 du directeur du GHNE est annulée.

Article 2 : Le GHNE versera à Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions du GHNE au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au groupe hospitalier Nord-Essonne.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Mégret, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2022.

Le rapporteur,

signé

F. GibelinLa présidente,

signé

S. Mégret

La greffière,

signé

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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