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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2005609

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2005609

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2005609
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantARVIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et trois mémoires enregistrés les 21 août et 6 novembre 2020, 16 février et 9 mars 2022, Mme D F, représentée par Me Arvis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du maire de Paris du 11 mars 2020 portant licenciement pour motif disciplinaire ;

2°) d'enjoindre au maire de Paris de la réintégrer dans ses fonctions d'assistante familiale dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Paris la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision contestée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un premier vice de procédure dès lors que la commission administrative paritaire réunie en conseil de discipline était irrégulièrement composée ;

- elle est entachée d'un deuxième vice de procédure dès lors que le président du conseil de discipline a pris part au vote ;

- elle est entachée d'un troisième vice de procédure en raison de la présence d'un fonctionnaire de la direction des ressources humaines lors de la séance du conseil de discipline ;

- elle est entachée d'un quatrième vice de procédure en raison de l'absence de mise au vote de chacune des sanctions ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- les faits reprochés ne constituent pas des fautes disciplinaires : elle n'a nullement fait obstacle à l'exécution d'une décision de justice et n'a pas manqué à son devoir de réserve ; de plus, le département des Yvelines, qui a diligenté une enquête administrative, a conclu à l'absence de toute faute de sa part ;

- la sanction infligée est disproportionnée au regard des faits reprochés.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 1er et 25 mars 2022, la ville de Paris, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées le 26 septembre 2022, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen tiré de la tardiveté de la requête enregistrée au greffe le 21 août 2020 dès lors que Mme F indique dans ses écritures que la décision contestée du 11 mars 2020 lui a été notifiée le 23 mars suivant.

Une réponse à ce moyen d'ordre public a été enregistrée pour Mme F le 27 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme Bartnicki, rapporteure publique,

- les observations de Me Bourgeois, représentant Mme F.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D F est assistante familiale, titulaire d'un agrément délivré en 2003 par le département des Yvelines, lui permettant d'accueillir trois enfants ou jeunes majeurs âgés de moins de 21 ans. Elle a été recrutée par la ville de Paris par un contrat à durée indéterminée du 11 mai 2007, au profit du service d'accueil familial parisien (SAFP) situé dans les Yvelines, sous l'autorité organique de la direction de l'action sociale, de l'enfance et de la santé. Dans le cadre de ce contrat, deux sœurs, E et Zoé A, âgées de trois ans et six mois, lui ont été confiées à compter respectivement des 19 juin et 2 juillet 2007. A la suite d'une audience qui s'est tenue le 4 juin 2019, le juge des enfants près le tribunal de grande instance de Créteil a validé le placement des deux jeunes filles dans un établissement d'accueil situé à Chevilly-Larue en Seine-et-Marne. Le 20 juin 2019, deux éducateurs spécialisés du SAFP se sont présentés au domicile de Mme F pour conduire les deux jeunes filles dans leur nouveau foyer. Mme F a alors fait appel à la police qui a constaté que les enfants refusaient de partir. Elles ont finalement quitté le domicile de Mme F le soir même, accompagnées par la directrice du SAFP et son adjointe, en présence d'agents des forces de police.

2. A la suite de cet incident, la ville de Paris a engagé une procédure disciplinaire à l'encontre de Mme F qui, par lettre du 9 juillet 2019, a été convoquée à un entretien le 7 août 2019. Le 3 décembre 2019, Mme F a consulté son dossier, avant la réunion de la commission consultative paritaire, réunie en formation disciplinaire, le 14 janvier 2020. Par l'arrêté du 11 mars 2020 dont Mme F demande l'annulation, la maire de Paris a prononcé son licenciement pour faute lourde.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En application des articles L. 423-10 à L. 423-12 du code de l'action sociale et des familles, rendus applicables aux assistants maternels et aux assistants familiaux employés par des personnes morales de droit public par l'article L. 422-1 du même code, le licenciement des assistants maternels et assistants familiaux peut être prononcé notamment pour faute grave. Lorsque la légalité d'un licenciement prononcé par une personne morale de droit public est contestée, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à l'agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

4. La décision contestée reproche à Mme F de s'être, le 20 juin 2019, opposée à l'exécution de la décision par laquelle le juge des enfants avait orienté E et Zoé A dans un loyer du Val-de-Marne, d'avoir appelé les services de police lorsque les agents du SAFP se sont présentés à son domicile et d'avoir, par une telle attitude, méconnu l'intérêt des deux jeunes filles qui lui avaient été confiées. Il lui est également reproché, de manière plus générale, des difficultés de coopération avec le SAFP, des manquements réguliers à son devoir de réserve et une attitude de déni se traduisant par une absence de remise en cause.

5. Conformément aux dispositions de l'article L. 421-16 du code de l'action sociale et des familles, le contrat d'accueil conclu entre Mme F et la ville de Paris pour l'accueil des deux jeunes filles, précisait dans son article 2 que : " L'arrivée et le départ de l'enfant sont préparés avec la participation de la famille d'accueil, de l'enfant et de sa famille ".

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme F avait été tenue informée du projet de réorientation en foyer des jeunes E et B A ainsi que de la tenue de l'audience par le juge des enfants le 4 juin 2019 et qu'elle avait été convoquée au SAFP avec les jeunes filles le 17 juin 2019, pour un entretien au cours duquel il lui avait été indiqué que les jeunes filles seraient placées en foyer à compter du 20 juin 2019, en application de la décision prise par le juge des enfants, seul habilité à décider d'une réorientation dans l'intérêt des enfants. Par suite, en faisant appel aux services de police au lieu de faciliter le départ des jeunes filles de son domicile, en méconnaissance de la décision du juge des enfants et des instructions de son employeur, la requérante a commis une faute professionnelle de nature à justifier une sanction disciplinaire. Cet incident du 20 juin 2019 illustre également les autres griefs concernant le comportement de Mme F et notamment ses difficultés relationnelles avec le SAFP et les manquements à son devoir de réserve, en méconnaissance du contrat d'accueil de E et Zoé qui prévoyait une collaboration étroite entre l'assistante familiale et le service d'aide à l'enfance.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme F n'est pas fondée à soutenir que les faits qui lui sont reprochés ne présentaient pas un caractère fautif.

8. Toutefois, s'il est fait état de difficultés de positionnement de l'assistante familiale et de griefs formulés à son encontre dès 2016, le dossier ne comporte aucune trace de sanction antérieure au blâme infligé en raison d'un signalement tardif d'un passage aux urgences pour Zoé et de l'absence de signalement des absences nombreuses et non justifiées de Zoé au collège, notifié seulement le 21 juin 2019, soit après les faits à l'origine du licenciement en litige, l'intéressée n'étant par ailleurs plus évaluée depuis l'année 2017. Pour regrettable et fautif qu'ait été le comportement de Mme F le 20 juin 2019, celui-ci n'était cependant pas, dans les circonstances de l'espèce, de nature à justifier son licenciement, notamment au regard du refus exprimé par les deux jeunes filles et de la brutalité du placement dont l'assistante familiale, qui accueillait E et Zoé depuis douze ans, n'a été avertie que trois jours auparavant. Enfin, si l'opposition de la requérante était objectivement contraire à l'intérêt des jeunes filles en ce qu'elle a participé de la difficulté d'exécution de la décision du juge des enfants, cet intérêt a pu être apprécié différemment par Mme F, qui entretenait avec Dolorès et Zoé un lien affectif indéniable, ainsi qu'il ressort des attestations établies par les membres de la famille d'accueil et par les deux jeunes filles elles-mêmes. Les conditions d'accueil et les compétences de Mme F en tant qu'assistante familiale n'ont au demeurant pas été remises en cause par le département des Yvelines, qui n'a procédé ni au retrait, ni à la suspension de son agrément au terme d'une enquête administrative achevée en septembre 2019, soit postérieurement aux faits litigieux. Par suite, Mme F est fondée à soutenir que le licenciement dont elle a fait l'objet était disproportionné au regard des fautes qu'elle a commises.

9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision contestée du 11 mars 2020 portant licenciement de Mme F doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. Le présent jugement implique que le maire de Paris réintègre Mme F dans ses effectifs. Il y a lieu de lui enjoindre de procéder à cette réintégration dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement.

Sur les frais de l'instance :

11. Il y a lieu de mettre à la charge de la ville de Paris une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 18 juin 2020 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Paris de réintégrer Mme F dans ses effectifs dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : L'Etat versera à la ville de Paris une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D F et à la ville de Paris.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Dely, présidente,

- Mme Lutz, première conseillère,

- Mme Degorce, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La rapporteure,

signé

F. C La présidente,

signé

I. Dely

La greffière,

signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

TRIBUNAL ADMINISTRATIF

DE VERSAILLES

___________

Mme D F

___________

Ordonnance du 25 novembre 202___________

Cl

REPUBLIQUE FRANÇAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

La présidente du tribunal,

Vu la procédure suivante :

Par un jugement du 10 novembre 2022, le tribunal a statué sur la requête enregistrée sous le numéro 2005609, présentée pour Mme D F.

Vu le code de justice administrative, notamment son article R. 741-11.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 741-11 du code de justice administrative : " Lorsque le président du tribunal administratif () constate que la minute d'une décision est entachée d'une erreur ou d'une omission matérielle non susceptible d'avoir exercé une influence sur le jugement de l'affaire, il peut y apporter, par ordonnance rendue dans le délai d'un mois à compter de la notification aux parties, les corrections que la raison commande. / La notification de l'ordonnance rectificative rouvre, le cas échéant, le délai d'appel ou de recours en cassation contre la décision ainsi corrigée. / () ".

2. Le jugement visé ci-dessus est entaché d'une erreur matérielle que la raison commande de corriger. Il y a lieu de corriger cette erreur conformément au dispositif cidessous.

O R D O N N E

Article 1er : L'article 3 du dispositif du jugement qui indique que : " L'Etat versera à la ville de Paris une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative " est remplacé par : " La ville de Paris versera à Mme F une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ".

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D F et à la ville de Paris.

Fait à Versailles, le 25 novembre 2022.

La présidente,

signé

Jenny Grand d'Esnon

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2005609

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