jeudi 1 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2005914 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | PUECH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 septembre et 17 octobre 2020, Mme D A, représentée par Me Puech, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 18 août 2020 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a rejeté sa demande du 24 juillet 2020 tendant à sa mise à disposition d'un établissement pénitentiaire de l'île de la Réunion ;
2°) d'ordonner l'exécution du jugement à intervenir " au seul vu de la minute " ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et familiale ;
- elle méconnaît l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par la requérante sont inopérants, dès lors qu'il était en situation de compétence liée pour refuser sa demande de mise à disposition d'un établissement pénitentiaire de l'île de la Réunion, un fonctionnaire ne pouvant être mis à disposition que d'une administration autre que son administration d'origine ou d'un organisme de droit privé.
Par une ordonnance du 22 juin 2022, la clôture de l'instruction, initialement fixée au 27 juin 2022, a été reportée au 30 septembre 2022.
Un mémoire, enregistré le 8 novembre 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction, a été présenté pour Mme A et n'a pas été communiqué.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 septembre 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2019-1265 du 29 novembre 2019 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Connin, conseiller ;
- les conclusions de Mme Marc, rapporteure publique ;
- et les observations de Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D A, surveillante affectée au centre pénitentiaire de Bois-d'Arcy depuis le mois de septembre 2017, a sollicité le 24 juillet 2020 sa " mise à disposition " d'un établissement pénitentiaire de l'île de la Réunion. Par une décision du 18 août 2020, dont Mme A demande l'annulation, le garde des sceaux, ministre de la justice, a rejeté cette demande.
2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier.
3. La décision attaquée du 18 août 2020 a été signée par Mme B C, cheffe de section du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance, qui a reçu délégation de signature à cet effet du garde des sceaux, ministre de la justice, par un arrêté du 23 juin 2020, régulièrement publié au Journal officiel de la République française du 1er juillet 2020. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision attaquée n'entre dans aucune des catégories de décisions individuelles défavorables qui doivent être motivées en application du code des relations entre le public et l'administration.
5. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de la décision attaquée que le garde des sceaux, ministre de la justice, n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation personnelle et familiale de Mme A au regard des éléments dont il avait connaissance.
6. En quatrième lieu, si la demande de Mme A du 24 juillet 2020 tendait à sa " mise à disposition " d'un établissement pénitentiaire de l'île de la Réunion, elle doit cependant être regardée, comme le relève d'ailleurs la décision attaquée, comme sollicitant sa mutation dans un tel établissement en application des articles 60 et 61 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'État, alors en vigueur.
7. Aux termes de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'État, alors en vigueur, dans sa rédaction applicable au présent litige : " I. - L'autorité compétente procède aux mutations des fonctionnaires en tenant compte des besoins du service. / II. - Dans toute la mesure compatible avec le bon fonctionnement du service et sous réserve des priorités instituées à l'article 62 bis, les affectations prononcées tiennent compte des demandes formulées par les intéressés et de leur situation de famille. Priorité est donnée : / () / 4° Au fonctionnaire qui justifie du centre de ses intérêts matériels et moraux dans une des collectivités régies par les articles 73 et 74 de la Constitution ou en Nouvelle-Calédonie ; / () IV. - Les décisions de mutation tiennent compte, dans des conditions prévues par décret en Conseil d'Etat, des lignes directrices de gestion en matière de mobilité prévues à l'article 18 de la présente loi. / Dans le cadre de ces lignes directrices, l'autorité compétente peut, sans renoncer à son pouvoir d'appréciation, définir des critères supplémentaires établis à titre subsidiaire. Elle peut notamment conférer une priorité () au fonctionnaire ayant la qualité de proche aidant au sens de la sous-section 3 de la section 1 du chapitre II du titre IV du livre Ier de la troisième partie du code du travail. / V. - Dans les administrations ou services dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat, les mutations peuvent être prononcées dans le cadre de tableaux périodiques de mutations. Dans les administrations ou services où sont dressés des tableaux périodiques, l'autorité compétente peut procéder à un classement préalable des demandes de mutation à l'aide d'un barème rendu public. Le recours à un tel barème constitue une mesure préparatoire et ne se substitue pas à l'examen de la situation individuelle des agents. Ce classement est établi dans le respect des priorités définies au II du présent article. ". L'article 61 de la même loi, alors en vigueur, prévoit que : " Les autorités compétentes sont tenues de faire connaître au personnel, dès qu'elles ont lieu, les vacances de tous emplois, sans préjudice des obligations spéciales imposées en matière de publicité par la législation sur les emplois réservés. ".
8. L'article 9 du décret du 29 novembre 2019 relatif aux lignes directrices de gestion et à l'évolution des attributions des commissions administratives paritaires dispose que : " L'annexe au présent décret fixe la liste des administrations ou services établissant, pour certains corps, des tableaux périodiques de mutation prévus au V de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée ainsi que leur champ d'application. / Dans le cadre de ces tableaux périodiques de mutation, les priorités légales de mutation et, le cas échéant, les critères supplémentaires d'examen des demandes de mutation mentionnés au 3° de l'article 8 permettent de caractériser les situations individuelles afin : / 1° A situation équivalente, de départager entre elles les demandes de mutation ; / 2° Le cas échéant, d'opérer leur classement à l'aide d'un barème. () ". Le corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire est mentionné en annexe du décret du 29 novembre 2019.
9. Il résulte de la combinaison des dispositions citées aux points 7 et 8 du présent jugement que les mutations des membres du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire interviennent dans le cadre d'un mouvement organisé par l'administration et donnent lieu à l'établissement de tableaux périodiques de mutations qui mettent en œuvre les critères de priorité prévus aux II et IV de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984.
10. Il ressort des pièces du dossier que la demande de mutation de Mme A, qui fait l'objet de la présente instance, a été présentée en dehors de la campagne de mobilité des surveillants et surveillants brigadiers. La requérante ne saurait ainsi faire valoir que sa situation familiale correspond aux priorités légales de mutation, avant même que ne soit établi le tableau périodique de mutations classant les demandes de mutation en fonction de ces critères de priorité. Dès lors, le garde des sceaux, ministre de la justice, a pu, sans méconnaître l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984, rejeter la demande de mutation de Mme A en l'invitant à renouveler ses vœux d'affectation à l'occasion de la prochaine campagne de mobilité des surveillants et surveillants brigadiers. Pour les mêmes motifs, en l'absence de toute demande de mutation formulée dans les conditions prévues par les dispositions citées aux points 7 et 8 du présent jugement, Mme A ne peut utilement soutenir que sa demande de mutation aurait été refusée en méconnaissance des stipulations de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris, en tout état de cause, ses conclusions tendant à ce que le tribunal ordonne l'exécution du présent jugement " au seul vu de la minute " et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience publique du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Christine Grenier, présidente,
Mme Virginie Caron, première conseillère,
M. Nicolas Connin, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.
Le rapporteur,
signé
N. CONNIN
La présidente,
signé
C. GRENIER
La greffière,
signé
G. LE PRÉ
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
4
N° 1901371
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026