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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2005965

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2005965

vendredi 23 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2005965
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantAARPI MAOUCHE DE FOLLEVILLE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 15 septembre 2020 et le 6 juillet 2021, Mme B A, représentée par Me de Folleville, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du maire de la commune de Grigny du 10 juillet 2020 prononçant son licenciement pour inaptitude physique à compter du 1er septembre 2020, de même que la lettre du 8 juillet 2020 l'informant de la mesure à intervenir ;

2°) d'enjoindre à la commune de Grigny de procéder à sa réintégration juridique et à la reconstitution de sa carrière avec versement des cotisations nécessaires à cette reconstitution, à la liquidation de l'indemnité correspondant au préjudice matériel subi et ce, dans le délai d'un mois, à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure ; la commune a signé l'arrêté la licenciant avant qu'elle n'ait été destinataire de la lettre l'informant de son droit à consulter son dossier préalablement au licenciement ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard de l'article 17 du décret du 30 juillet 1987 et de l'article 81 de la loi du 26 janvier 1984 : aucun des nombreux experts psychiatres mandatés par la commission de réforme n'a conclu à son inaptitude définitive à l'exercice de tout emploi.

Par des mémoires enregistrés le 7 juin 2021 et le 14 septembre 2021, la commune de Grigny, représentée par Me Carrère, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité tiré des conclusions dirigées contre la lettre d'information du 8 juillet 2020, en l'absence de caractère décisoire, et de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'injonction tendant à la liquidation de l'indemnité correspondant au préjudice matériel subi, en l'absence de liaison du contentieux.

Par ordonnance du 21 octobre 2021, l'instruction a fait l'objet d'une clôture immédiate.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n°87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vincent, première conseillère,

- les conclusions de Mme Ozenne, rapporteure publique,

- et les observations de Me de Folleville pour la requérante et de Me Lefébure pour la commune de Grigny.

Une note en délibéré présentée pour Mme A a été enregistrée le 12 septembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, adjointe administrative territoriale de 2ème classe, a été recrutée par la commune de Grigny en 1993. Elle a été affectée à un poste d'agent d'accueil au sein du centre culturel de la commune. Elle a déclaré au mois de juillet 2012 une dépression en réaction à la dégradation de ses conditions de travail et a été placée en congé pour maladie à compter du 20 juillet 2012. Par un arrêté du 15 octobre 2012, elle été placée en congé pour accident de service à compter du 20 juillet 2012. Ce congé a été renouvelé, de façon continue, jusqu'au 10 juillet 2020, date à laquelle elle a été licenciée pour inaptitude physique. Par la présente requête, elle demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 10 juillet 2020 la licenciant pour inaptitude physique ainsi que la lettre du 8 juillet 2020 l'informant de la mesure à intervenir.

Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation dirigées contre la lettre du 8 juillet 2020 et des conclusions tendant à la réparation de son préjudice matériel :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".

3. Au cas d'espèce, les conclusions aux fins d'annulation sont dirigées notamment contre la lettre du 8 juillet 2020 l'informant de son prochain licenciement pour inaptitude physique, à la suite de l'avis défavorable rendu par la caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales (CNRACL). Toutefois, cette lettre, à caractère purement informatif, n'est pas constitutive d'une décision lui faisant grief. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation sont irrecevables, comme les parties en ont été informées sur le fondement de l'article R.611-7 du code de justice administrative.

4. De plus, il ne résulte pas de l'instruction que la requérante ait adressé une demande préalable à l'administration relative à son préjudice matériel ayant fait naître une décision expresse ou implicite de celle-ci, à la date à laquelle le juge statue. Par suite, ses conclusions tendant à la liquidation de l'indemnité correspondant au préjudice matériel subi sont également irrecevables.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

5. En premier lieu, conformément au principe général des droits de la défense, le licenciement pour inaptitude physique d'un agent public ne peut légalement intervenir sans que l'intéressé ait été mis à même de demander la communication de l'ensemble de son dossier individuel, et non de son seul dossier médical.

6. Au cas d'espèce, il est constant que la commune de Grigny l'a informée de son droit à communication de son dossier administratif par un courrier daté du 8 juillet 2020 notifié le 10 juillet 2020, jour où le maire de la commune a également signé l'arrêté prononçant son licenciement. Si la commune fait valoir qu'elle a pu exercer son droit à consultation de son dossier le 13 août 2020 et que son licenciement n'a été effectif qu'au 1er septembre 2020, il ressort néanmoins des pièces du dossier qu'elle n'a pas été mise à même de demander sa communication en temps utile avant l'adoption de l'arrêté prononçant son licenciement. Cette irrégularité est de nature à avoir privé la requérante d'une garantie. Par suite, le moyen doit être accueilli.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 81 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version applicable au litige : " Les fonctionnaires territoriaux reconnus, par suite d'altération de leur état physique, inaptes à l'exercice de leurs fonctions peuvent être reclassés dans les emplois d'un autre cadre d'emploi, emploi ou corps s'ils ont été déclarés en mesure de remplir les fonctions correspondantes. Le reclassement est subordonné à la présentation d'une demande par l'intéressé ".

8. La requérante soutient que son licenciement pour inaptitude physique ne pouvait légalement intervenir au regard de l'article précité dès lors qu'elle n'a jamais été reconnue comme définitivement inapte à tout emploi. A ce titre, l'expert psychiatre mandaté par la commission de réforme a conclu, le 7 mars 2019, qu'elle était " apte à reprendre son travail mais dans une autre collectivité étant donné le contexte et les conflits " tandis que la commission de réforme a émis un avis favorable à sa mise à la retraite pour invalidité, " en raison de l'inaptitude définitive de l'agent à ses fonctions au sein de la collectivité ". De plus, la commission de réforme, dans son avis du 24 novembre 2015, a mentionné qu'une mutation dans une autre collectivité était indispensable pour la consolidation de son état de santé.

9. Il est constant que la requérante a été reconnue inapte à l'exercice de toutes fonctions au sein de la collectivité qui l'emploie. Dès lors, la commune de Grigny ne pouvait ni la réaffecter dans un autre emploi de son grade, ni même lui proposer un reclassement, c'est-à-dire de l'affecter sur un emploi relevant d'un autre cadre d'emploi au sein de ses services, conformément à l'article précité. Toutefois, il ressort de l'ensemble des rapports médicaux ainsi que des différents avis rendus par la commission de réforme, tous concordants entre eux, qu'elle n'est pas pour autant inapte à exercer tout emploi dès lors qu'il s'exerce au sein d'une autre collectivité. Il ressort en outre des pièces du dossier que la commune l'a invitée, à l'instar de la commission réforme, à entreprendre des démarches de mobilité hors de la commune à quatre reprises et de s'en justifier auprès d'elle, démarches qu'elle a entreprises sans succès, en Occitanie, et dont la commune n'a eu connaissance qu'en juillet 2019. Il ressort en outre des pièces du dossier que la commune a, dans un second temps, initié une procédure de mise à la retraite d'office pour invalidité, à laquelle la CNRACL s'est opposée, le 21 octobre 2019, en raison de l'absence d'inaptitude à exercer toutes fonctions. Cependant, en dépit du caractère infructueux de ses démarches de mobilité et de l'impossibilité de l'admettre à la retraite d'office, la commune ne pouvait la licencier pour inaptitude physique, en application des textes réglementaires précisant les options ouvertes à l'administration pour prendre en charge l'inaptitude d'un fonctionnaire à exercer ses fonctions, parmi lesquelles figure la mise en disponibilité d'office conformément au décret du 30 juillet 1987 du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux. Dès lors, la requérante est fondée à soutenir que son licenciement pour inaptitude physique ne pouvait être légalement prononcé.

10. Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision attaquée doivent être accueillies.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Eu égard aux motifs qui fonde l'annulation de la décision attaquée, il y a lieu d'enjoindre à la commune de Grigny de réexaminer la situation de Mme A et de reconstituer sa carrière à la date d'effet de son licenciement soit le 1er septembre 2020, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Grigny demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Grigny une somme de 2 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du maire de Grigny du 10 juillet 2020 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Grigny de réexaminer la situation de Mme A et de procéder à la reconstitution de sa carrière à compter du 1er septembre 2020, date d'effet de son licenciement, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 3 : La commune de Grigny versera à Mme A la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A et à la commune de Grigny.

Délibéré après l'audience du 9 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Gosselin, président,

Mme Vincent, première conseillère,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2022.

La rapporteure,

Signé

L. Vincent

Le président,

Signé

C. GosselinLa greffière,

Signé

S.Lamarre

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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