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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2006663

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2006663

lundi 12 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2006663
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC+
Formation6ème chambre
Avocat requérantSCP BROCHARD ET DESPORTES (BCD)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 12 octobre 2020, 24 décembre 2020 et 28 septembre 2022, Mme B A, représentée par Me Desportes, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions des 30 juin, 12 août et 20 octobre 2020 par lesquelles la directrice des ressources humaines du centre hospitalier de Plaisir a refusé de faire droit à sa demande de reprise d'ancienneté ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier de procéder à la reprise d'échelon demandée à la date du 1er novembre 2018 et de régulariser sa situation financière en conséquence, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier la somme de 4 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.

Elle soutient que :

- la décision du 30 juin 2020, qui est fondée sur une version des articles 34 et 36-1 du décret du 13 octobre 1988 entrée en vigueur postérieurement au terme de sa disponibilité et par conséquent inapplicable à sa situation, est entachée d'erreurs de droit ;

- la décision du 12 août 2020, qui lui oppose à nouveau à tort l'inapplicabilité du dispositif aux disponibilités pour élever un enfant, est également fondée sur une version des articles 34 et 36-1 du décret du 13 octobre 1988 entrée en vigueur postérieurement au terme de sa disponibilité et par conséquent inapplicable à sa situation ;

- la décision du 20 octobre 2020 a été signée par une autorité incompétente et est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la substitution de motifs sollicitée par l'administration ne saurait être retenue, dès lors qu'elle a bien fourni tous les justificatifs justifiant de son activité professionnelle pendant sa disponibilité, qu'aucun texte n'impose une durée minimale de 600 heures de travail pour bénéficier de la reprise d'ancienneté et qu'il n'est pas établi que le centre hospitalier aurait pris la même décision les 30 juin et 12 août 2020 s'il s'était fondé sur le motif horaire.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 septembre 2022, le centre hospitalier de Plaisir, représenté par Me Bazin, conclut au rejet de la requête.

Le centre hospitalier fait valoir que :

- les conclusions à fin d'annulation de la décision du 20 octobre 2020 sont irrecevables, dès lors que cette décision est purement confirmative des précédentes ;

- les moyens sont infondés ;

- il y a lieu de procéder à une substitution de base légale et de motifs.

Par une ordonnance du 16 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 88-976 du 13 octobre 1988 ;

- le décret n° 2019-234 du 27 mars 2019 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gibelin, rapporteur,

- les conclusions de Mme Ghiandoni, rapporteure publique,

- les observations de Mme A,

- et les observations de Me De Soto, avocat substitué à Me Bazin, représentant le centre hospitalier de Plaisir.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, infirmière titulaire affectée au centre hospitalier de Plaisir, a bénéficié d'une disponibilité d'une durée d'un an pour élever un enfant de moins de huit ans, à compter du 1er novembre 2017. Cette disponibilité a été renouvelée pour la période du 1er novembre 2018 au 5 juin 2019, date à laquelle elle a été réintégrée. Elle a sollicité, par un courrier du 21 mai 2019, un maintien de ses droits à avancement pendant la période de disponibilité du 1er novembre 2018 au 5 juin 2019. Le centre hospitalier lui a demandé les justificatifs nécessaires par un courrier du 19 septembre 2019. Mme A a alors réitéré sa demande le 15 octobre 2019. Par une décision du 30 juin 2020, le centre hospitalier a rejeté cette demande. Mme A a ensuite présenté un recours gracieux, par un courrier du 8 juillet 2020. Par une décision du 12 août 2020, le centre hospitalier a à nouveau rejeté sa demande. A la suite d'une nouvelle contestation de cette décision par un courrier du 25 août 2020, l'établissement a indiqué par une lettre du 30 septembre 2020 réétudier la demande après avis de son conseil juridique. Enfin, par une décision du 20 octobre 2020, le centre hospitalier a rejeté la demande de reprise d'ancienneté de Mme A. L'intéressée demande au tribunal d'annuler les décisions des 30 juin, 12 août et 20 octobre 2020.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier de Plaisir :

2. Si, en l'absence de changement d'objet de la demande ou de changement des circonstances de droit ou de fait, une nouvelle décision prise sur une nouvelle demande, même si elle est fondée sur des motifs différents de ceux de la décision initiale, est purement confirmative de la précédente et ne peut rouvrir le délai contre la décision initiale, la recevabilité d'un recours contre une nouvelle décision ne saurait être écartée en raison du caractère confirmatif de cette dernière que si la décision qu'elle confirme a acquis un caractère définitif.

3. Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".

4. En l'espèce, les décisions des 30 juin et 12 août 2020, dont aucun élément au dossier ne permet de déterminer la date de notification, ne comportaient aucune mention des voies et délais de recours, et ont fait l'objet d'une requête tendant à leur annulation enregistrée le 12 octobre 2020.

5. Lorsque Mme A a présenté, le 24 décembre 2020, sa demande tendant à l'annulation de la décision du 20 octobre 2020, les décisions des 30 juin et 12 août 2020 n'avaient pas acquis un caractère définitif. Par suite, alors même que le centre hospitalier s'est successivement prononcé à trois reprises sur une demande ayant le même objet et qu'il devait examiner ces demandes au regard des mêmes circonstances de droit et de fait, il n'est pas fondé à soutenir que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 20 octobre 2020 présentées par Mme A seraient irrecevables au motif qu'elle serait purement confirmative des précédentes décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Aux termes du premier alinéa de de l'article 36-1 du décret du 13 octobre 1988 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires hospitaliers, à l'intégration et à certaines modalités de mise à disposition, dans sa version en vigueur depuis le 8 mai 2020 : " Le fonctionnaire qui, placé en disponibilité () au titre des 1° bis et 2° de l'article 34, exerce, durant cette période, une activité professionnelle conserve ses droits à l'avancement d'échelon et de grade dans la limite de cinq ans. ". Aux termes de l'article 34 du même décret, dans sa version en vigueur à compter du 8 mai 2020 : " La mise en disponibilité est accordée de droit, sur la demande du fonctionnaire : / 1° Pour élever un enfant âgé de moins de douze ans ; / 1° bis Pour donner des soins à un enfant à charge, au conjoint, au partenaire avec lequel il est lié par un pacte civil de solidarité, à un ascendant à la suite d'un accident ou d'une maladie grave ou atteint d'un handicap nécessitant la présence d'une tierce personne ; / 2° Pour suivre son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par un pacte civil de solidarité, lorsqu'il est astreint à établir sa résidence habituelle, en raison de sa profession, en un lieu éloigné de l'établissement qui emploie le fonctionnaire () ".

7. Aux termes de l'article 36-1 dans sa version applicable du 29 mars 2019 au 8 mai 2020 : " Le fonctionnaire qui, placé en disponibilité dans les conditions prévues () au titre des a et b de l'article 34, exerce, durant cette période, une activité professionnelle conserve ses droits à l'avancement d'échelon et de grade dans la limite de cinq ans. / L'activité professionnelle mentionnée au premier alinéa recouvre toute activité lucrative, salariée ou indépendante, exercée à temps complet ou à temps partiel et qui : / 1° Pour une activité salariée, correspond à une quotité de travail minimale de 600 heures par an ; / 2° Pour une activité indépendante, a procuré un revenu soumis à cotisation sociale dont le montant brut annuel est au moins égal au salaire brut annuel permettant de valider quatre trimestres d'assurance vieillesse en application du dernier alinéa de l'article R. 351-9 du code de la sécurité sociale. / Pour la création ou la reprise d'entreprise intervenant au titre de la disponibilité prévue à l'article 33, aucune condition de revenu n'est exigée. ". L'article 34 dans sa version applicable du 24 avril 2017 au 8 mai 2020 prévoit que : " La mise en disponibilité est accordée de droit, sur la demande du fonctionnaire : / a) Pour élever un enfant âgé de moins de huit ans ou pour donner des soins à un enfant à charge, au conjoint, au partenaire avec lequel il est lié par un pacte civil de solidarité ou à un ascendant, à la suite d'un accident ou d'une maladie grave ou atteints d'un handicap nécessitant la présence d'une tierce personne ; / b) Pour suivre son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par un pacte civil de solidarité, lorsqu'il est astreint à établir sa résidence habituelle, en raison de sa profession, en un lieu éloigné de l'établissement qui emploie le fonctionnaire () ".

8. En l'espèce, il ressort des termes mêmes des décisions attaquées qu'elles ont été prises sur le fondement de ces dispositions dans leur version en vigueur à compter du 8 mai 2020, inapplicables à la situation de Mme A dont la disponibilité est arrivée à échéance le 5 juin 2019. Le centre hospitalier a ainsi entaché ses décisions des 30 juin, 12 août et 20 octobre 2020 d'une erreur de droit.

9. D'une part, lorsqu'il constate néanmoins que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.

10. En l'espèce, la décision de refus de reprise d'ancienneté contestée trouve son fondement légal dans les dispositions des articles 34 et 36-1 du décret du 13 octobre 1988 dans leur version antérieure au 8 mai 2020. Ces dispositions peuvent être substituées à celles en vigueur à compter du 8 mai 2020 dès lors que cette substitution de base légale n'a pas pour effet de priver Mme A d'une garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes et, qu'elle a été demandée par le centre hospitalier par un mémoire en défense communiqué à la requérante, qui a été en mesure de produire ses observations sur ce point.

11. Toutefois, les motifs opposés par le centre hospitalier dans ces décisions à la reprise d'ancienneté présentée par Mme A apparaissent eux-mêmes méconnaître les dispositions applicables précitées au point 7, dès lors qu'il en résulte que le maintien des droits à avancement d'échelon et de grade est applicable aux disponibilités pour élever un enfant âgé de moins de huit ans et, qu'en outre, le II de l'article 17 du décret n° 2019-234 du 27 mars 2019 prévoit que ces dispositions sont applicables aux mises en disponibilité et aux renouvellements de disponibilité prenant effet à compter du 7 septembre 2018.

12. D'autre part, l'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

13. En l'espèce, le centre hospitalier sollicite, dans son mémoire en défense du 16 septembre 2022 communiqué à Mme A, une substitution de motifs tenant à ce que la décision de refus de reprise d'ancienneté soit fondée sur le défaut de production par l'intéressée des justificatifs relatifs à son activité entre le 1er novembre 2018 et le 5 juin 2019 exigés par ces textes, et sur l'absence de durée de travail d'au moins 600 heures au cours de la période de disponibilité en cause.

14. Toutefois, Mme A qui mentionne dans son courrier du 15 octobre 2019 la communication de vingt-huit pièces jointes, indique que celles-ci étaient constituées des documents qu'elle produit dans le cadre de la présente instance établissant la nature et la durée de son activité professionnelle du 1er novembre 2018 au 5 juin 2019. Aucun des courriers du centre hospitalier ne fait état d'un défaut de production des justificatifs mentionnés dans ce courrier et qui avaient été demandés par l'établissement dans son courrier du 19 septembre 2019. Dans ces conditions, la requérante doit être regardée comme ayant transmis ces documents au centre hospitalier.

15. Ensuite, il résulte des dispositions de l'article 36-1 applicable à l'espèce, et notamment de son 1°, que si la quotité de travail minimale sur un an est au moins de 600 heures, en revanche, il y a lieu de proratiser la quotité de travail annuelle minimale ouvrant droit à une conservation des droits à l'avancement d'échelon et de grade à la durée de travail réalisée pendant la disponibilité quand celle-ci est inférieure à un an.

16. En l'espèce, il ressort des pièces produites que Mme A a exercé du 1er novembre 2018 au 5 juin 2019, soit pendant environ sept mois, une activité salariée pour une durée de 447,40 heures au sein de la Mutuelle générale de l'éducation nationale et du centre hospitalier de Montesson. Il s'ensuit, après proratisation de la quotité de travail annuelle, qu'ayant travaillé plus de 350 heures, le centre hospitalier ne pouvait légalement pas lui opposer une durée d'activité professionnelle salariée insuffisante au cours de la période de disponibilité, comme il l'a fait dans sa décision du 20 octobre 2020 et comme il le fait valoir dans son mémoire en défense à l'appui de sa demande de substitution de motifs, pour refuser la reprise d'ancienneté sollicitée. Par suite, la demande de substitution de motifs du centre hospitalier ne peut être accueillie.

17. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les décisions attaquées doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

18. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que la période de disponibilité du 1er novembre 2018 au 5 juin 2019 soit prise en compte pour les droits à l'avancement d'échelon et de grade de l'intéressée. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au centre hospitalier de Plaisir d'y procéder et de verser à Mme A le différentiel de traitement qui en résultera, dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

19. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Plaisir la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions des 30 juin, 12 août et 20 octobre 2020 de la directrice des ressources humaines du centre hospitalier de Plaisir sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au centre hospitalier de Plaisir de prendre en compte les droits à l'avancement d'échelon et de grade de Mme A du 1er novembre 2018 au 5 juin 2019, de reconstituer son avancement en conséquence et de lui verser le différentiel de traitement en résultant, dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le centre hospitalier de Plaisir versera à Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier de Plaisir.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Mégret, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2022.

Le rapporteur,

signé

F. GibelinLa présidente,

signé

S. Mégret

La greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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