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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2006668

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2006668

lundi 20 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2006668
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantDEBORD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 octobre 2020, M. B A, représenté par Me Debord, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier le Vésinet à lui verser une somme de 50 000 euros en réparation du préjudice subi du fait de la décision du 20 novembre 2019 refusant de le titulariser et mettant fin à son stage ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier le Vésinet la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens en application des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 20 novembre 2019 est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission administrative paritaire n'a pas été saisie préalablement ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste du centre hospitalier dans l'appréciation de son insuffisance professionnelle dès lors qu'il a constamment fait l'objet d'évaluations positives depuis 2015, que la matérialité des faits qui lui sont reprochés, à savoir d'avoir entreposé de manière inappropriée et dangereuse des couvertures de survie et d'avoir eu une altercation avec l'un de ses collègues, n'est pas établie et que sa signature a été apposée de manière frauduleuse sur l'évaluation du 2 avril 2019 ;

- elle est entachée d'un détournement de procédure ;

- l'illégalité fautive de la décision est de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier le Vésinet ;

- il a subi un préjudice tenant à la perte de ses salaires, qui peut être évalué à la somme de 50 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 décembre 2020, le centre hospitalier le Vésinet, représenté par Me Jaafar, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision a été prise au regard des aptitudes du requérant à l'exercice de ses missions ;

- la commission administrative paritaire locale a été saisie préalablement à l'édiction de la décision et a rendu un avis défavorable à la titularisation du requérant le 6 novembre 2019 ;

- la preuve d'une falsification de signature n'est pas rapportée et est sans incidence sur le contenu de l'évaluation du 2 avril 2019 ;

- il n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de l'insuffisance professionnelle du requérant, eu égard à ses aptitudes à exercer les missions qui lui sont confiées et à sa manière générale de servir.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 97-487 du 12 mai 1997 ;

- le décret n° 2016-636 du 19 mai 2016 ;

- le décret n° 2016-1705 du 12 décembre 2016 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gibelin, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Ghiandoni, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a été recruté en tant qu'agent contractuel le 30 mars 2015 au sein du centre hospitalier du Vésinet. Maintenu sous contrat de travail à durée déterminée jusqu'en 2018, il a été admis le 10 avril 2018 au recrutement sans concours de catégorie C au grade d'agent d'entretien qualifié, puis nommé en qualité d'agent stagiaire le 1er mai 2018. Suite à un avis défavorable à sa titularisation du 6 novembre 2019 de la commission administrative paritaire locale, par une décision du 20 novembre 2019, le centre hospitalier le Vésinet a refusé de le titulariser et a mis fin à son stage à compter du 1er janvier 2020. Estimant cette décision illégale, l'intéressé a adressé une demande indemnitaire préalable au centre hospitalier le 12 juin 2020 en sollicitant l'indemnisation du préjudice en découlant. Par une décision du 25 juin 2020, le centre hospitalier du Vésinet a rejeté cette demande. M. A demande la condamnation du centre hospitalier à lui verser la somme de 50 000 euros au titre de son préjudice.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article 7 du décret du 12 mai 1997 fixant les dispositions communes applicables aux agents stagiaires de la fonction publique hospitalière : " La durée normale du stage et les conditions dans lesquelles elle peut éventuellement être prorogée sont fixées par le statut particulier du corps dans lequel l'agent stagiaire a vocation à être titularisé () ". Aux termes de l'article 9 du même décret : " L'agent stagiaire ne peut être licencié pour insuffisance professionnelle que lorsqu'il a accompli un temps au moins égal à la moitié de la durée normale du stage. / La décision de licenciement est prise après avis de la commission administrative paritaire prévue à l'article 34 du présent décret, sauf dans le cas où l'aptitude professionnelle doit être appréciée par un jury () ". Aux termes de l'article 8 du décret du 12 décembre 2016 portant statut particulier des personnels de la filière ouvrière et technique de la catégorie C de la fonction publique hospitalière : " Les agents d'entretien qualifiés sont recrutés sans concours selon les modalités prévues aux articles 4-2 à 4-5 du décret du 19 mai 2016 susvisé. () L'affectation, le stage et la titularisation des candidats sont régis par les dispositions des articles 4-8 et 4-9 du même décret. ". Et aux termes de l'article 4-9 du décret du 19 mai 2016 relatif à l'organisation des carrières des fonctionnaires de catégorie C de la fonction publique hospitalière : " Les fonctionnaires recrutés après avis de la commission de sélection compétente dans le grade relevant de l'échelle de rémunération C1 et les fonctionnaires recrutés au titre du concours externe dans le grade relevant de l'échelle de rémunération C2 sont nommés stagiaires et accomplissent un stage d'une durée d'un an. / A l'issue de ce stage, les stagiaires dont les services ont donné satisfaction sont titularisés. Les autres stagiaires peuvent, après avis de la commission administrative paritaire, être autorisés à effectuer un stage complémentaire d'une durée maximale d'un an. Si le stage complémentaire a été jugé satisfaisant, les intéressés sont titularisés. / Lorsque des fonctionnaires ne sont pas titularisés à l'issue du stage initial ou à l'issue du stage complémentaire, ils sont soit licenciés s'ils n'avaient pas préalablement la qualité de fonctionnaire, soit réintégrés dans leur corps ou cadre d'emplois d'origine, selon les dispositions qui leur sont applicables. () ".

3. Un agent public ayant, à la suite de son recrutement ou dans le cadre de la formation qui lui est dispensée, la qualité de stagiaire se trouve dans une situation probatoire et provisoire. La décision de ne pas le titulariser est fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur son aptitude à exercer les fonctions auxquelles il peut être appelé et, de manière générale, sur sa manière de servir. L'autorité compétente ne peut donc prendre légalement une décision de refus de titularisation, qui n'est soumise qu'aux formes et procédures expressément prévues par les lois et règlements, que si les faits qu'elle retient caractérisent des insuffisances dans l'exercice des fonctions et la manière de servir de l'intéressé. Il résulte de ce qui précède que, pour apprécier la légalité d'une décision de refus de titularisation, il incombe au juge de vérifier, notamment, qu'elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de l'insuffisance professionnelle de l'intéressé ou d'un détournement de pouvoir.

4. En premier lieu, si le requérant soutient que la procédure ayant mené à l'édiction de la décision du 20 novembre 2019 est irrégulière dès lors que la commission administrative paritaire n'a pas été saisie pour avis, ce moyen manque en fait. En effet, il ressort des pièces du dossier que la commission administrative paritaire locale a été saisie avant l'édiction de la décision litigieuse et a rendu, le 6 novembre 2019, un avis défavorable à la titularisation de l'intéressé. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, pour refuser de titulariser M. A à l'issue de son stage, le centre hospitalier du Vésinet s'est fondé sur l'évaluation réalisée le 2 mars 2019, qui met en lumière le non-respect par l'intéressé des horaires d'arrivée au service et sa tendance générale à manquer d'attention, sur le rapport du 5 décembre 2018, qui mentionne un manque de rigueur de l'intéressé dans le cadre de son service et constate un " laisser-aller " depuis qu'il est en stage, sur un rapport du 12 septembre 2019, révélant un non-respect d'un ordre donné par l'un de ses supérieurs, l'exercice, sans prise des précautions nécessaires, d'une activité ne relevant pas de ses missions contre l'avis de ce supérieur et la tenue de propos injurieux à caractère sexuel à l'encontre de l'un de ses collègues, sur le rapport du 30 septembre 2019 prononçant un avis défavorable à la titularisation de l'intéressé et, enfin, sur l'avis de la commission administrative paritaire locale du 6 novembre 2019.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A, recruté au sein du centre hospitalier du Vésinet le 30 mars 2015, a été nommé en qualité d'agent stagiaire le 1er mai 2018 en vue de son recrutement sans concours au grade d'agent d'entretien qualifié. S'il soutient qu'il a longtemps donné satisfaction à sa hiérarchie dans l'exercice de ses missions, il ne peut utilement se prévaloir des évaluations professionnelles établies lors de ses fonctions précédentes. Si le requérant soutient qu'il a fait l'objet d'une évaluation favorable au début de son stage lors de l'entretien professionnel du 11 juillet 2018, cette évaluation décrivant notamment l'intéressé comme ayant une bonne capacité d'adaptation et un comportement jugé " bon " dans ses relations avec autrui, toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment des rapports des 5 décembre 2018 et 12 septembre 2019, d'une part, que l'intéressé manque de rigueur dans la réalisation de missions qui relèvent pourtant de son poste et qu'il a été plusieurs fois surpris dans " la lingerie assis sur une chaise les pieds sur le rebord de la fenêtre en train d'utiliser son téléphone portable ", alors que sa hiérarchie lui avait demandé de proscrire ce comportement, et d'autre part, que l'intéressé fait montre d'une attitude globale et d'une manière de servir incompatible avec un milieu professionnel hiérarchisé. Les rapports précités relèvent également que le 18 octobre 2018, " en dehors de toute consigne ou procédures, M. A a fait appel à une société pour intervenir sur du matériel en panne dans le service " ou encore que, le 4 juin 2019, ce qui démontre par ailleurs une absence d'amélioration dans son comportement dans ce laps de temps, il a été surpris en train d'utiliser, contre l'ordre de son supérieur, un transpalette pour déplacer le véhicule immobilisé d'une personne extérieur à l'établissement, sans respect des règles d'usage et de sécurité inhérents à l'utilisation d'un tel engin. Enfin, si, pour contester la réalité de propos injurieux à caractère sexuel tenus à l'occasion d'une altercation survenue le 31 juillet 2019 avec l'un de ses collègues, il produit une attestation de ce dernier, celle-ci est dépourvue de force probante, ne comportant aucune signature et n'étant pas accompagnée de la pièce d'identité de son rédacteur. Enfin, M. A n'apporte aucun élément de nature à contredire utilement ou sérieusement les faits retenus à son encontre. Il s'ensuit qu'en refusant de le titulariser et en mettant fin à son stage, le centre hospitalier n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de l'aptitude professionnelle de M. A. Le moyen est écarté.

7. En troisième et dernier lieu, si le requérant soutient que la décision est entachée d'un détournement de procédure, il n'établit pas que la procédure utilisée en l'espèce aurait d'autre but que celui de tirer les conséquences de son insuffisance professionnelle, alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que l'administration y aurait vu un moyen de contourner les garanties propres à la procédure disciplinaire. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision du 20 novembre 2019 serait entachée d'une illégalité de nature à engager la responsabilité pour faute du centre hospitalier du Vésinet. Il s'ensuit que les conclusions qu'il a présentées, tendant à la condamnation du centre hospitalier, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier le Vésinet, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande du centre hospitalier présentée sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier le Vésinet au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au centre hospitalier le Vésinet.

Délibéré après l'audience du 6 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mégret, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2023.

Le rapporteur,

signé

F. GibelinLa présidente,

signé

S. Mégret

La greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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