vendredi 25 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2006749 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP SEBAN ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 13 octobre 2020 et le 4 mars 2022, Mme B C, représentée par Me de Folleville, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 17 août 2020 par laquelle le maire de la commune de Grigny lui a refusé le bénéfice de la protection fonctionnelle ;
2°) d'enjoindre à la commune de lui accorder cette protection dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Grigny la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision a été signée par une autorité incompétente, en l'absence de délégation de signature produite ;
- elle méconnaît le principe d'impartialité, la commune de Grigny et son maire étant directement mis en cause dans les faits de harcèlement moral subis ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles 6 quinquies et 11 de la loi du 13 juillet 1983.
Par des mémoires enregistrés le 4 février 2022 et le 4 avril 2022, la commune de Grigny, représentée par Me Carrère, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 5 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Vincent, première conseillère,
- les conclusions de Mme Ozenne, rapporteure publique,
- les observations de Me de Folleville pour la requérante,
- les observations de Me Cadoux substituant Me Carrère pour la commune de Grigny,
- et les observations de Mme C.
Une note en délibéré, présentée pour Mme C, a été enregistrée le 14 novembre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, née le 6 avril 1965, est agent titulaire au sein de la commune de Grigny depuis le 1er mars 1998, au grade d'adjoint administratif. Elle a été affectée au service logement de la commune. Depuis 2006, elle est également élue au sein du comité d'action sociale communal. Elle est par ailleurs secrétaire du syndicat SUD CT de la commune, secrétaire générale du syndicat SUD 91 depuis le 15 mars 2019 et élue aux instances paritaires de la commune depuis novembre 2008. A la suite de difficultés rencontrées sur son lieu de travail, elle a été placée, le 7 juin 2013, en arrêt de travail pour syndrome anxio-dépressif reconnu imputable au service. Elle a ensuite été placée en congé maladie jusqu'au 1er mai 2014 et a repris ses fonctions jusqu'au 22 juin 2015, date à laquelle elle a été victime d'une rechute, selon l'avis rendu par la commission de réforme le 24 novembre 2015. Le 26 juin 2019, elle a porté plainte pour harcèlement moral, discrimination syndicale, complicité et mise en danger d'autrui auprès du procureur du tribunal judiciaire d'Evry. Elle a ensuite porté plainte avec constitution de partie civile pour les mêmes faits auprès du doyen des juges d'instruction du tribunal judiciaire d'Evry, le 12 décembre 2019. Par courrier du 17 juin 2020, elle a par ailleurs sollicité l'octroi de la protection fonctionnelle pour les faits de harcèlement moral dont elle estime avoir été victime, demande rejetée par courrier de la commune de Grigny daté du 17 août 2020, dont elle demande l'annulation.
2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par la directrice générale adjointe de la commune de Grigny, Mme D A, qui disposait d'une délégation de signature du maire de la commune de Grigny pour signer l'ensemble des pièces ayant trait à la gestion du personnel communal, à l'exception des actes réglementaires et des sanctions, par arrêté du 29 mai 2020 publié à la même date. Par suite, le moyen doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 25 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, dans sa version applicable au litige : " Le fonctionnaire exerce ses fonctions avec dignité, impartialité, intégrité et probité. () ".
4. Si la protection fonctionnelle résultant d'un principe général du droit n'est pas applicable aux différends susceptibles de survenir, dans le cadre du service, entre un agent public et l'un de ses supérieurs hiérarchiques, il en va différemment lorsque les actes du supérieur hiérarchique sont, par leur nature ou leur gravité, insusceptibles de se rattacher à l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Il résulte du principe d'impartialité que le supérieur hiérarchique mis en cause à raison de tels actes ne peut régulièrement, quand bien même il serait en principe l'autorité compétente pour prendre une telle décision, statuer sur la demande de protection fonctionnelle présentée pour ce motif par son subordonné.
5. La requérante soutient que la décision est entachée d'un défaut d'impartialité, la commune de Grigny et son maire étant mis en cause dans les faits de harcèlement moral qu'elle a dénoncés. Toutefois, il ne ressort ni de sa demande de protection fonctionnelle du 17 juin 2020 ni de sa plainte contre X pour harcèlement moral déposée auprès du tribunal de grande instance d'Evry qu'elle se soit plaint d'actes commis personnellement par la directrice générale adjointe, dont elle n'établit pas, au demeurant, par les pièces versées au dossier, l'appartenance au syndicat CGT auquel son syndicat s'oppose régulièrement, ou encore d'actes commis par le maire, actes qui seraient par ailleurs insusceptibles de se rattacher par leur nature à l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, comme le fait valoir le défendeur. Par suite, le moyen doit être écarté.
6. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, dans sa version applicable au litige : " I.-A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire () bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. () IV.- La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. () ". Ces dispositions établissent à la charge de l'administration une obligation de protection de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions, à laquelle il ne peut être dérogé que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles l'agent est exposé, mais aussi d'assurer à celui-ci une réparation adéquate des torts qu'il a subis. La mise en œuvre de cette obligation peut notamment conduire l'administration à assister son agent dans l'exercice des poursuites judiciaires qu'il entreprendrait pour se défendre. Il appartient dans chaque cas à l'autorité administrative compétente de prendre les mesures lui permettant de remplir son obligation vis-à-vis de son agent, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
7. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors applicable au litige : " " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'appréciation de la valeur professionnelle, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés ".
8. Il en résulte que des agissements répétés de harcèlement moral peuvent permettre à l'agent public qui en est l'objet d'obtenir la protection fonctionnelle prévue par ces dispositions contre les menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont les fonctionnaires et les agents publics non titulaires sont susceptibles d'être victimes à l'occasion de leurs fonctions.
9. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
10. La requérante se prévaut tout d'abord de la plainte avec constitution de partie civile déposée devant le juge d'instruction, le 12 décembre 2019, consécutivement à sa plainte déposée devant le procureur de la République dont elle verse une copie au dossier. Dans cette plainte, elle dénonce notamment un certain nombre de faits dont elle aurait été victime dont notamment des insultes consécutives à la dénonciation de dérives dans la commune imputables au syndicat CGT, des agressions verbales et des menaces d'agression physique à l'issue d'une assemblée générale du comité d'action social communal, le 25 mai 2009, ainsi que des difficultés rencontrées quant au traitement par la commune de Grigny de sa situation, tenant en particulier à des sanctions disciplinaires infligées en 2015 et 2017, à un refus injustifié, selon elle, de reconnaissance de l'imputabilité au service de la rechute dont elle a été victime, à une menace de retenue sur traitement pour service non fait ou encore à un refus de prime de remplacement. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que certains des faits énumérés sont particulièrement anciens, comme l'incident survenu à l'issue de l'assemblée générale du 25 mai 2009 et se sont produits au sein d'une autre personne morale. De plus, les autres éléments de la plainte ne sont pas corroborés par d'autres pièces que la plainte elle-même, rédigée par son conseil. Dans ces conditions, ces éléments ne permettent pas non plus de faire présumer de l'existence d'un harcèlement moral, quand bien sa plainte serait actuellement instruite par le juge pénal et aurait donné lieu à des auditions.
11. La requérante fait ensuite valoir que le syndrome anxio-dépressif aigu dont elle a été victime le 7 juin 2013, reconnu comme imputable au service, résulte de la réception par courriels de courriers diffamatoires, de dénonciations calomnieuses et d'atteintes à sa vie privée, comme l'attestent le certificat d'accident du travail initial et les conclusions de l'expert médical rendues le 22 janvier 2014, sans qu'aucun état antérieur n'ait été diagnostiqué. De plus, si elle a été reconnue apte à reprendre son travail le 15 avril 2014, c'est à condition qu'elle soit affectée dans un autre service, comme l'attestent plusieurs rapports d'expertise médicale, ce qui n'a pas été non plus le cas. Elle a ainsi été victime d'un nouvel épisode de syndrome anxio-dépressif le 22 juin 2015 à la suite d'insultes et de menaces subis de la part de collègues membres du syndicat CGT de la commune de Grigny, accident reconnu comme étant une rechute. Toutefois, ces éléments ne sont pas non plus suffisants, par eux-mêmes, pour faire présumer de faits de harcèlement moral de la part de la commune de Grigny, en l'absence de pièces versées au dossier telles que le contenu des courriels à l'origine de l'accident initial ou d'éléments factuels permettant d'expliquer la rechute dont elle a été victime.
12. Enfin, la requérante soutient qu'elle a été victime de discrimination syndicale, qui participerait du harcèlement moral dont elle s'estime victime. Toutefois, les faits dont elle fait état sont relatifs au même incident, certes très vif, survenu à l'issue de l'assemblée générale du comité d'action sociale communal, le 25 mai 2009. Si cet incident révèle un conflit assez intense entre membres de différents syndicats au sein de la commune de Grigny, il n'est toutefois pas de nature à faire présumer de l'existence de faits imputables à la commune d'une discrimination syndicale, qui participerait de faits de harcèlement moral. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation commis par la commune doivent être écartés.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision attaquée doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il en est de même des conclusions à fin d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Grigny, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme C une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Grigny et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Mme C versera à la commune de Grigny la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la commune de Grigny.
Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Gosselin, président,
Mme Vincent, première conseillère,
Mme Geismar, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2022.
La rapporteure,
Signé
L. Vincent
Le président,
Signé
C. GosselinLa greffière,
Signé
S. Lamarre
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026