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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2006858

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2006858

vendredi 21 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2006858
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL GRIMALDI-MOLINA ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée 20 octobre 2020, Mme B A, représentée par Me Grimaldi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite portant rejet de sa demande préalable du 15 juin 2020 ;

2°) de condamner la commune de Drocourt à lui verser une indemnité de 1 070,28 euros à parfaire, assortie des intérêts aux taux légal ;

3°) d'enjoindre à la commune de Drocourt de liquider les sommes sollicitées dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Drocourt une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la commune de Drocourt a commis une faute en ne la plaçant pas en congé de maladie alors qu'elle y était éligible de droit compte tenu de son inaptitude et de son arrêt de travail, et sachant qu'elle a envoyé les justificatifs nécessaires ;

- elle a subi un préjudice financier en raison de la retenue, irrégulière, de son traitement d'un montant de 570,28 euros, ainsi qu'un préjudice moral qu'elle évalue à 500 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 décembre 2020, la commune de Drocourt conclut au rejet de la requête, à ce que Mme A soit condamnée à verser une amende pour recours abusif d'un montant de 300 euros et à ce qu'une somme de 350 euros soit mise à la charge de Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable puisqu'elle est dirigée contre une décision inexistante, le maire ayant en effet adressé une décision expresse favorable, à la suite de sa réclamation préalable du 15 juin 2020, lui restituant la somme de 273,93 euros initialement retenue sur son traitement ;

- le préjudice financier allégué n'est pas fondé car la commune a finalement restitué la retenue sur traitement ;

- le préjudice moral allégué n'est pas fondé en l'absence d'atteinte à l'affection, à l'honneur ou à la réputation de la requérante.

La clôture de l'instruction a été fixée au 30 septembre 2021 par une ordonnance du 14 septembre 2021.

En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées, par un courrier du 28 septembre 2022, que la solution du litige était susceptible de reposer sur le moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la condamnation de la requérante à une amende pour recours abusif sur le fondement de l'article R. 741-12 du code de justice administrative dès lors que la faculté ouverte par ces dispositions constitue un pouvoir propre du juge.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Geismar, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Ozenne, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, adjointe technique au sein de la commune de Drocourt, a été placée en congé de maladie du 16 mai 2019 au 12 août 2019, congé qui a ensuite été renouvelé notamment du 21 novembre 2019 au 17 janvier 2020. Il est constant qu'elle a transmis, à l'occasion de ce renouvellement, les justificatifs nécessaires à la commune mais qu'en raison de dysfonctionnements des services postaux, ceux-ci ne sont pas parvenus à leur destinataire dans les délais réglementaires, de sorte que la commune avait alors engagé une procédure d'abandon de poste, finalement restée sans suite. Par un courrier du 30 décembre 2019, le maire de Drocourt l'a informée que son bulletin de paie de décembre 2019 prenait en compte ses absences injustifiées. Par une réclamation préalable adressée le 15 juin 2020, Mme A a engagé la responsabilité de la ville de Drocourt et lui a demandé de lui verser une indemnité de 1 070,28 euros. Elle demande au tribunal de condamner la commune à lui verser cette somme.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. La commune soutient que la requête est irrecevable en ce qu'elle est dirigée contre la décision implicite de rejet de sa réclamation préalable qui est inexistante puisque, par une décision du 23 juillet 2020, le maire de Drocourt a lui expressément répondu en lui donnant partiellement satisfaction. Il est constant que la requérante sollicitait le versement d'une indemnité de 1 070,28 euros, au titre de son préjudice financier. Or, il résulte de l'instruction qu'au cours du mois de juillet 2020, soit avant l'introduction de l'instance, la commune a déjà effectué le rappel de traitement précité à hauteur de 273,93 euros. Ainsi, les conclusions de la requérante en tant qu'elle porte sur le versement de cette somme étaient donc, dépourvues d'objet dès la date de leur présentation et, par suite, irrecevables.

Sur les préjudices allégués :

3. En premier lieu, Mme A invoque un préjudice financier qu'elle évalue à 570,28 euros, tenant à la retenue irrégulière de son traitement sur le mois de décembre 2019. Toutefois, d'une part, ainsi qu'il a été rappelé ci-dessus, les conclusions tendant à l'indemnisation du préjudice financier, à hauteur de 273,93 euros, sont irrecevables, celui-ci ayant été réparé avant l'introduction de la requête. D'autre part, la requérante, qui bénéficiait d'un demi traitement en raison de la durée de son congé de maladie, n'établit pas avoir subi un préjudice financier excédant la somme déjà remboursée.

4. En second lieu, la requérante soutient avoir subi un préjudice moral qu'elle évalue à 500 euros. Toutefois, elle n'apporte aucun élément relatif à l'existence et la consistance de ce préjudice et n'assortit sa demande d'aucune allégation circonstanciée.

5. Il résulte de ce qui précède que la requérante, qui n'établit pas la réalité des préjudices qu'elle allègue, n'est pas fondée à engager la responsabilité de la commune, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fautes alléguées. Par voie de conséquence, les conclusions d'injonction sous astreinte qu'elle présente doivent également être rejetées.

Sur les conclusions relatives à l'amende pour recours abusif :

6. Aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ". La faculté prévue par ces dispositions constituant un pouvoir propre du juge, les conclusions de la commune de Drocourt tendant à ce que Mme A soit condamnée à une telle amende ne sont pas recevables. Elles doivent ainsi être rejetées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Drocourt. Celle-ci, qui réclame une somme au même titre, ne fait pas état de dépense engagée spécifiquement pour sa défense. Ses conclusions doivent donc être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Drocourt sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Drocourt.

Délibéré après l'audience du 7 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Gosselin, président,

Mme Vincent, première conseillère,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2022.

La rapporteure,

signé

M. Geismar Le président,

signé

C. Gosselin

La greffière,

signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2006858

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