mercredi 28 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2006875 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL AGAMI GARNIER-GRILL ASSOCIES PHL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 21 octobre 2020, 16 mars et 21 mai 2021, et 15 juin 2022, la SARL La Ribambelle, représentée par l'AARPI Buès et associés, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 février 2020 par lequel le maire de la commune de Bures-sur-Yvette a retiré l'arrêté du 2 octobre 2017 par lequel il lui avait délivré un permis de construire, ainsi que la décision implicite par laquelle le recours gracieux qu'elle a formé contre l'arrêté du 5 février 2020 a été rejeté ;
2°) de condamner la commune de Bures-sur-Yvette à lui verser la somme de 404 492 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Bures-sur-Yvette la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et à la charge de l'Etat les dépens.
Elle soutient que :
- le maire a commis une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme et une erreur d'appréciation, dès lors qu'elle n'a pas commis de fraude et que le permis de construire du 2 octobre 2017 a été retiré plus de trois mois après son édiction ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article R. 111-18 du code de la construction et de l'habitation et du règlement du 31 janvier 1986 relatif à la protection contre les risques d'incendie dans les habitations ;
- il est entaché d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 111-6-1 du code de la construction et de l'habitation ;
- l'illégalité de l'arrêté du 5 février 2020 lui a directement causé un préjudice financier, consistant en la perte de chance de vendre l'immeuble et devant être évalué à la somme de 399 492 euros, et un préjudice moral devant être évalué à la somme de 5 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 31 mars 2021 et 27 avril 2022, la commune de Bures-sur-Yvette, représentée par la SELARL Goutal, Alibert et associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SARL La Ribambelle au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les conclusions indemnitaires sont irrecevables, faute de recours préalable à fin d'indemnisation ;
- les moyens soulevés par la SARL La Ribambelle ne sont, en tout état de cause, pas fondés.
Par une ordonnance du 27 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 juillet 2022 à 12 heures.
En application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, l'instruction a été rouverte pour les éléments demandés en vue de compléter l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- l'arrêté du 31 janvier 1986 relatif à la protection contre l'incendie des bâtiments d'habitation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Benoit, première conseillère,
- les conclusions de M. Fraisseix, rapporteur public,
- les observations de Me Yvernault, représentant la SARL La Ribambelle, et de Me Mascré, représentant la commune de Bures-sur-Yvette.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 2 octobre 2017, le maire de la commune de Bures-sur-Yvette a délivré un permis de construire à la SARL La Ribambelle. Par un arrêté du 5 février 2020, il a retiré ce permis de construire. Le recours gracieux formé par la SARL La Ribambelle contre ce dernier arrêté a été implicitement rejeté par une décision acquise le 24 août 2020. Par la présente requête, la SARL La Ribambelle demande au tribunal, d'une part, d'annuler l'arrêté du 5 février 2020 et la décision du 24 août 2020, d'autre part, de condamner la commune de Bures-sur-Yvette à lui verser la somme de 404 492 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire () ". Aux termes de l'article L. 241-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Par dérogation aux dispositions du présent titre, un acte administratif unilatéral obtenu par fraude peut être à tout moment () retiré ".
3. D'autre part, aux termes de l'article UC 12 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Bures-sur-Yvette, dans sa rédaction applicable à la date du permis de construire retiré par l'arrêté attaqué : " 12-1 Prescriptions en matière de stationnement : / () / Lorsque le nombre de places obtenu en application des règles suivantes est fractionné, il est arrondi au nombre supérieur. / Pour les constructions à destination d'habitation : / 2 places par logement / () / Pour les constructions à destination d'hébergement hôtelier (hôtel, résidence universitaire, foyer) : / 1 place de stationnement pour 2 chambres ou studios / () ".
4. Une autorisation d'urbanisme n'ayant d'autre objet que d'autoriser un projet conforme aux plans et indications fournis par le pétitionnaire, l'administration n'a à vérifier ni l'exactitude des déclarations du demandeur relatives à la consistance du projet à moins qu'elles ne soient contredites par les autres éléments du dossier joint à la demande, ni l'intention du demandeur de les respecter, sauf en présence d'éléments établissant l'existence d'une fraude à la date à laquelle l'administration se prononce sur la demande d'autorisation. Toutefois, si postérieurement à la délivrance du permis de construire, l'administration a connaissance de nouveaux éléments établissant l'existence d'une fraude à la date de sa décision, elle peut légalement procéder à son retrait sans condition de délai. La fraude est caractérisée lorsqu'il ressort des pièces du dossier que le pétitionnaire a eu l'intention de tromper l'administration afin d'obtenir une décision indue, en échappant aux prescriptions d'urbanisme applicables.
5. En premier lieu, pour prendre l'arrêté attaqué, le maire de Bures-sur-Yvette s'est référé à un procès-verbal d'infraction dressé le 23 avril 2019, constatant " la création de neuf chambres meublées et équipées de salles de bains indépendantes, destinées à la location alors que le permis prévoyait la création d'une maison individuelle ". Il a, dès lors, estimé que la SARL La Ribambelle avait commis une fraude en trompant l'administration sur la réalité du projet, dès lors que " l'usage réel de la construction " n'avait pas " été présenté dans le dossier de demande de permis de construire ", que le " mode d'occupation " et le " nombre de chambres projetées " n'avaient pas été renseignés " dans l'encadré 5.3 du formulaire PC ", ces omissions ayant fait obstacle à l'application des dispositions de l'article UC 12 du règlement du PLU relatives aux constructions " assimilées " aux résidences universitaires et aux foyers. Compte tenu des termes des dispositions de l'article UC 12 mentionnées au point 3, il ne peut résulter de cette dernière mention que l'arrêté attaqué qualifie le projet litigieux de résidence universitaire, de foyer pour personnes âgées, de logement-foyer, ou de bâtiment d'habitation collectif. La SARL La Ribambelle ne peut dès lors utilement soutenir que de telles qualifications seraient erronées.
6. En deuxième lieu, la demande de permis de construire de la SARL La Ribambelle indique que le projet consiste en la réalisation d'une nouvelle construction " en R + 2 avec jardin et 2 places de stationnement ". A la rubrique 5.3 de cette demande, il a été précisé qu'un seul logement individuel serait créé. La notice du projet architectural indique que le projet consiste en " la réalisation d'un logement, composé d'un RdC, R+1 et combles () ", et précise que " le logement est traversant ". Le plan du rez-de-chaussée représente notamment trois chambres et une unique installation sanitaire. Le plan du 1er étage représente 6 pièces et celui des combles indique que ce niveau sera utilisé comme salle de jeux. Dans ces conditions, l'administration a pu estimer que le permis était sollicité pour la construction d'une maison individuelle et délivrer un permis de construire un logement n'impliquant pas plus que deux places de stationnement en application de l'article UC 12 du règlement du PLU de Bures-sur-Yvette. Au demeurant, tant la déclaration d'ouverture de chantier que la déclaration d'achèvement des travaux souscrites par la société requérante mentionnent la réalisation d'un logement individuel.
7. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et en particulier de l'arrêté interruptif de travaux du 13 mai 2019, dont la société requérante ne conteste pas les termes, qu'un agent assermenté a constaté le 17 avril 2019 que la construction comportait " neuf chambres avec une salle de bains privative ". Cet élément de fait est confirmé par le procès-verbal de constat d'huissier de justice, dressé le 27 juin 2019 à la demande de la SARL La Ribambelle, qui précise que le rez-de-chaussée de la construction comporte notamment trois pièces pourvues chacune d'une salle de bains, et qu'il en est de même des quatre pièces du premier étage et des deux pièces situées au deuxième étage de la construction. Le projet peut ainsi, pour l'application de l'article UC 12 du règlement du PLU de la commune de Bures-sur-Yvette, être qualifié de construction comportant neuf chambres, relevant de la règle applicable à l'hébergement hôtelier, pour laquelle auraient dû être prévues cinq places de stationnement. Il en est ainsi sans qu'importent, d'une part, le caractère facultatif de certains documents spontanément fournis par la société pétitionnaire dans le cadre de sa demande de permis de construire, d'autre part, la circonstance que certaines informations fournies concernaient la collecte des informations statistiques, et enfin la nature des baux consentis par la SARL La Ribambelle. Il ressort ainsi des pièces du dossier que la société pétitionnaire a eu l'intention de tromper l'administration afin d'échapper aux prescriptions précitées de l'article UC 12 du règlement du plan local d'urbanisme. C'est, par suite, sans commettre ni d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation que le maire de Bures-sur-Yvette a estimé que la SARL La Ribambelle avait commis une fraude en la trompant sur la nature de son projet, afin que la réalisation de plus de deux places de stationnement ne soit pas exigée. Le permis de construire du 2 octobre 2017 pouvait dès lors, être régulièrement retiré par l'arrêté attaqué.
8. En dernier lieu, les motifs de l'arrêté attaqué tirés de ce que la société pétitionnaire aurait omis de présenter le projet à l'échelle de l'unité de propriété, de l'application des articles L. 111-6-1 et R. 111-18 du code de la construction et de l'habitation, et de l'arrêté du 31 janvier 1986 relatif à la protection contre l'incendie des bâtiments d'habitation, ne sont pas au nombre de ceux qui pouvaient légalement le justifier. Il résulte toutefois de l'instruction que le maire de Bures-sur-Yvette aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur le motif tiré de la fraude commise par la société pétitionnaire au regard des dispositions de l'article UC 12 du règlement du plan local d'urbanisme.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la SARL La Ribambelle doivent être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
10. Il résulte de ce qui précède que la commune de Bures-sur-Yvette n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions à fin d'indemnisation présentées par la SARL La Ribambelle doivent être rejetées.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et à fin d'indemnisation présentées par la SARL La Ribambelle doivent être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Bures-sur-Yvette, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme que demande la SARL La Ribambelle au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SARL La Ribambelle une somme de 1 500 euros en application des mêmes dispositions.
13. La présente instance ne comporte pas de dépens. Les conclusions présentées par la SARL La Ribambelle au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent, par suite et en tout état de cause, être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL La Ribambelle est rejetée.
Article 2 : La SARL La Ribambelle versera à la commune de Bures-sur-Yvette une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL La Ribambelle et à la commune de Bures-sur-Yvette.
Délibéré après l'audience du 16 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Boukheloua, présidente,
Mme Benoit, première conseillère,
M. Maljevic, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2022.
La rapporteure,
signé
C. Benoit
La présidente,
signé
N. Boukheloua
La greffière,
signé
B. Bartyzel
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026