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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2007022

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2007022

mardi 4 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2007022
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantSCP LACOURTE RAQUIN TATAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 22 octobre 2020, 4 janvier et 22 février 2021, Mme B C et M. A C, représentés par Me Borderieux, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler les arrêtés des 15 juin et 20 juillet 2020 par lesquels le maire de Fontenay-lès-Briis ne s'est pas opposé aux déclarations préalables présentées par M. D E pour la réalisation d'un abri à barbecue, ainsi que les décisions implicites par lesquelles les recours gracieux qu'ils ont formés contre ces arrêtés ont été rejetés ;

2°) de mettre à la charge, d'une part, de la commune de Fontenay-lès-Briis, d'autre part, de M. E, la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

En ce qui concerne l'arrêté du 15 juin 2020 :

- il a été délivré sur la base d'un dossier incomplet au regard des dispositions de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme ;

- le maire a commis une erreur de droit, dès lors que la déclaration en litige n'inclut pas une piscine enterrée de plus de 10 m2 édifiée sans autorisation à 1,5 mètre du mur de soutènement situé en limite séparative de leur propriété ;

- il a commis une erreur de droit et une erreur de fait, dès lors que le terrain d'assiette du projet est situé en zone 1AUBs du plan local d'urbanisme ;

- le maire a commis une erreur de droit, dès lors qu'il résulte de la prescription figurant dans l'arrêté attaqué que la conformité du projet aux règles relatives à l'aspect des constructions et à l'aménagement de leurs abords n'a pas pu être vérifiée ; cette prescription est imprécise en tant qu'elle se borne à renvoyer à des dispositions réglementaires applicables ;

- l'arrêté attaqué méconnait les dispositions de l'article 11 du règlement écrit de la zone 1AU du plan local d'urbanisme, dès lors que la construction ne s'intègre pas de manière harmonieuse à son environnement, en particulier sa toiture ;

En ce qui concerne l'arrêté du 20 juillet 2020 :

- il est entaché d'un vice de forme, dès lors que, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, il est dépourvu de signature ;

- le maire a commis une erreur de droit, dès lors qu'il résulte de la prescription figurant dans l'arrêté attaqué que la conformité du projet aux règles relatives à l'aspect des constructions et à l'aménagement de leurs abords n'a pas pu être vérifiée ;

- l'arrêté attaqué méconnait les dispositions de l'article 11 du règlement écrit de la zone 1AU du plan local d'urbanisme, dès lors que la construction ne s'intègre pas de manière harmonieuse à son environnement, en particulier sa toiture ;

- il est entaché de détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 décembre 2020 et 1er février 2021, M. E conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par les époux C ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2021, la commune de Fontenay-lès-Briis, représentée par Me Guinot, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge des époux C.

Elle soutient que les moyens soulevés par les époux C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 14 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 juin 2022 à 12 heures.

En application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, l'instruction a été rouverte pour les éléments demandés en vue de compléter l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boukheloua, présidente-rapporteure,

- les conclusions de M. Fraisseix, rapporteur public,

- et les observations de Me Borderieux, représentant Mme et M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 15 juin 2020, rectifié par un arrêté du 20 juillet 2020, le maire de Fontenay-lès-Briis ne s'est pas opposé aux déclarations préalables de régularisation présentées par M. D E pour la construction d'un abri à barbecue en limite séparative de sa parcelle avec celle des époux C. Par la présente requête, les époux C demandent au tribunal d'annuler les arrêtés des 15 juin et 20 juillet 2020, ainsi que les deux décisions implicites par lesquelles leurs recours gracieux ont été rejetés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 15 juin 2020 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la déclaration comprend : / a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; / b) Un plan de masse coté dans les trois dimensions lorsque le projet a pour effet de créer une construction () ; / c) Une représentation de l'aspect extérieur de la construction () ; () / Lorsque la déclaration porte sur un projet de création () d'une construction et que ce projet est visible depuis l'espace public (), le dossier comprend également les documents mentionnés aux c et d de l'article R. 431-10. / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : / () / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".

3. D'une part, ces dispositions n'exigent pas que le plan de masse comporte une échelle, ni qu'il indique l'orientation du terrain par rapport au Nord, ni qu'un plan de façade soit fourni. Le plan de masse n'a pas davantage pour objet de préciser les conditions d'insertion du projet dans son environnement.

4. D'autre part, la circonstance que le dossier de déclaration préalable ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité la décision de non-opposition attaquée que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

5. S'il est constant que les deux plans de masse joints à la déclaration préalable ne sont pas cotés dans les trois dimensions, il ressort toutefois des pièces du dossier que le premier d'entre eux indique la hauteur de la partie avant et de la partie arrière de la construction projetée, cette dernière étant la plus importante compte-tenu de la pente de toiture, soit 3 mètres. En outre, le plan de situation joint au dossier est constitué d'un extrait de plan cadastral, sur lequel est représentée la construction autorisée sur la limite séparative avec le terrain appartenant aux requérants. Deux documents photographiques présentent l'aspect extérieur de la construction notamment par rapport à la maison des époux C qui est la plus proche de la construction autorisée.

6. Dans ces conditions, et dans la mesure où l'arrêté attaqué porte sur la régularisation d'une construction préexistante, il ne ressort pas des pièces du dossier que les insuffisances ou omissions relevées par les requérants ont été de nature à fausser l'appréciation de l'administration sur la conformité du projet aux règles d'insertion du projet dans son environnement proche et lointain. Le moyen tiré du caractère incomplet du dossier doit, par suite, être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 421-2 du code de code de l'urbanisme : " Sont dispensées de toute formalité au titre du présent code, en raison de leur nature ou de leur très faible importance () : () / d) Les piscines dont le bassin a une superficie inférieure ou égale à dix mètres carrés ; () ". Aux termes de l'article R. 421-9 du même code : " En dehors du périmètre des sites patrimoniaux remarquables () les constructions nouvelles suivantes doivent être précédées d'une déclaration préalable () : () / f) Les piscines dont le bassin a une superficie inférieure ou égale à cent mètres carrés et qui ne sont pas couvertes ou dont la couverture, fixe ou mobile, a une hauteur au-dessus du sol inférieure à un mètre quatre-vingts ; () ".

8. Lorsqu'une construction a été édifiée sans respecter la déclaration préalable déposée ou a fait l'objet de transformations sans les autorisations d'urbanisme requises, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de présenter une demande d'autorisation d'urbanisme portant sur l'ensemble des éléments de la construction qui ont eu ou auront pour effet de modifier le bâtiment tel qu'il avait été initialement approuvé. Il en va ainsi même dans le cas où les éléments de construction résultant de ces travaux ne prennent pas directement appui sur une partie de l'édifice réalisée sans autorisation.

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le bassin de la piscine située sur le terrain d'assiette du projet serait d'une superficie supérieure ou égale à dix mètres carrés et qu'elle serait, de ce fait, soumise à déclaration préalable. A cet égard, les requérants, qui soutiennent que la superficie de ce bassin peut être estimée à au moins 11,37 mètres carrés et qu'elle est " vraisemblablement " de 12,5 mètres carrés, produisent une photographie aérienne ne comportant pas de cote, de sorte qu'elle n'est pas susceptible d'établir les dimensions du bassin de cette piscine. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit en l'absence d'inclusion de cette piscine dans la demande d'autorisation d'urbanisme en litige doit être écarté.

10. En troisième lieu, il est constant que le terrain d'assiette du projet est situé dans le secteur 1AUBs de la zone 1AU du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Fontenay-lès-Briis. Si l'arrêté attaqué du 15 juin 2020 fait, par erreur, référence au premier alinéa de l'article 11 du règlement de la zone " UB " du même PLU, il ressort des pièces du dossier que les termes de cet alinéa sont identiques à ceux du premier alinéa de l'article 11 du règlement de la zone 1AU. Dès lors, la mention dans l'arrêté municipal du 15 juin 2020 du premier alinéa de l'article " UB " 11 du règlement du plan local d'urbanisme doit être regardée comme une simple erreur matérielle insusceptible d'affecter sa légalité, à laquelle il a au demeurant été remédié par l'arrêté municipal rectificatif du 20 juillet 2020 qui mentionne le premier alinéa de l'article " 1AU " 11 du même règlement. Les moyens tirés d'une erreur de fait et d'une erreur de droit doivent, par suite, être écartés.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente se prononce par arrêté (), en cas () de prescriptions, sur la déclaration préalable () ". L'administration ne peut assortir une autorisation d'urbanisme de prescriptions qu'à la condition que celles-ci, entraînant des modifications sur des points précis et limités et non des modifications substantielles nécessitant la présentation d'un nouveau projet, aient pour effet d'assurer la conformité des travaux projetés aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

12. L'arrêté attaqué indique que le projet est autorisé sous réserve de respecter les dispositions de l'article UB 11 du règlement du plan local d'urbanisme, lesquelles sont identiques à celles de l'article 1AU 11 applicables en l'espèce, ainsi qu'il est dit au point 10. En l'espèce, s'agissant d'une déclaration préalable de régularisation d'une construction existante dont il est constant que le revêtement de la façade arrière n'était pas terminé à la date de la décision attaquée, une telle prescription doit, ainsi que le soutient la commune en défense, être regardée comme invitant le déclarant à poursuivre ses travaux de revêtement de cette façade avec le même soin apporté au reste de la construction. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, cette prescription, qui a manifestement pour effet d'assurer la conformité des travaux projetés aux dispositions réglementaires, doit être regardée comme portant sur un point précis et limité du projet et ne témoigne pas d'un défaut d'examen du projet au regard des dispositions de l'article 1AU 11 du plan. Par suite, le moyen tiré d'une erreur de droit doit être écarté.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article 1AU 11 du règlement du PLU de la commune de Fontenay-lès-Briis : " Par leur volume, leur architecture, les matériaux employés, les couleurs, les constructions doivent être intégrées de manière harmonieuse dans le paysage dans lequel elles sont situées. / () Les extensions, les annexes devront satisfaire aux mêmes exigences de respect de l'unité architecturale et paysagère du bourg et des hameaux () ". Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage au sens de l'article AU 11 du règlement du plan, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

14. D'une part, l'inachèvement en façade arrière des travaux autorisés est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le projet s'insère dans un espace essentiellement bâti, sans unité architecturale particulière, marqué par un important dénivelé et composé de maisons individuelles dépourvues de caractère remarquable. Les maisons individuelles figurant sur les photographies produites aux débats par les requérants présentent des volumétries et des pentes de toiture diverses. Si, compte tenu du dénivelé existant entre le niveau du terrain du déclarant et celui du terrain des requérants, l'abris à barbecue litigieux dépasse largement le sommet du mur de clôture, faisant office de mur de soutènement, séparant ces deux terrains, il est constant que la construction autorisée présente une hauteur maximale de 3 mètres sur une emprise au sol de 6,39 mètres carrés. Dans ces conditions, le moyen tiré d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article AU 11 du règlement du PLU doit être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 15 juin 2020, présentées par les époux C, doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 20 juillet 2020 :

16. En premier lieu, la commune de Fontenay-lès-Briis a produit aux débats l'arrêté attaqué, qui comporte la signature manuscrite de son auteur. Ainsi, le moyen tiré d'un vice de forme, qui manque en fait, doit être écarté.

17. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté rectificatif du 20 juillet 2020 a le même objet que l'arrêté du 15 juin 2020 dont il reprend l'essentiel des termes sauf en ce qui concerne la mention erronée de l'article " UB " 11 du règlement du PLU de la commune de Fontenay-lès-Briis. Sur ce point, et ainsi qu'il est dit au point 10, il se borne à rectifier cette erreur matérielle, en remplaçant cette mention par la mention de l'article " 1AU " 11 du même règlement.

18. Ainsi, si les requérants entendent renouveler à l'encontre de l'arrêté du 20 juillet 2020, leurs moyens tirés, d'une part, de l'erreur de droit en l'absence d'inclusion de la piscine dans la déclaration préalable litigieuse, d'autre part, de l'illégalité de la prescription dont il est assorti, enfin, de la méconnaissance de l'article 1AU 11 du règlement du PLU, ces trois moyens doivent être écartés par les mêmes motifs que ceux exposés, respectivement aux points 7 à 9 pour le premier moyen, aux points 11 et 12 pour le deuxième moyen et enfin aux points 13 et 14 pour le dernier moyen.

19. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède, et en particulier de ce qui est dit aux points 10 et 17, que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le remplacement de la mention " UB " par la mention " 1AU " auquel il a été procédé par l'arrêté du 20 juillet 2020 est constitutif d'un détournement de pouvoir. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté municipal du 20 juillet 2020, présentées par les époux C, doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

21. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Fontenay-lès-Briis et de M. E, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que demandent les époux C au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche de mettre à la charge des époux C une somme de 1 500 euros sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : M. et Mme C verseront à la commune de Fontenay-lès-Briis une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et M. A C, à M. D E et à la commune de Fontenay-lès-Briis.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Naïla Boukheloua, présidente-rapporteure,

Mme Camille Mathou, première conseillère,

M. Steven Maljevic, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.

La présidente-rapporteure,

signé

N. BoukhelouaL'assesseure la plus ancienne,

signé

C. Mathou

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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