jeudi 9 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2007026 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | MIRTCHEV |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 septembre 2020 au tribunal administratif de Montreuil puis transmise et enregistrée au greffe du tribunal administratif de Versailles le 26 octobre 2020, M. H B et la société d'Aménagement et de Restauration (SAR), représentés par Me Mirtchev, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 juillet 2020 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé d'accorder à M. B l'autorisation de travail qu'il sollicitait pour exercer la profession de plâtrier staffeur au sein des effectifs de la société SAR ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. B dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de le mettre en possession d'une autorisation de travail, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les requérants soutiennent que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'erreur de fait, d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article R. 5221-20 du code du travail et d'erreur d'appréciation ;
- le préfet de Seine-Saint-Denis, qui dispose d'une marge d'appréciation importante pour la délivrance d'une autorisation de travail, a méconnu l'étendue de sa compétence ;
- en exigeant de l'employeur qu'il justifie avoir effectué une recherche durable de candidats disponibles sur le marché du travail, le préfet de la Seine-Saint-Denis a ajouté une condition à la loi que celle-ci ne prévoit pas.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 mars 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens invoqués par M. B et la société SAR ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 16 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme G ;
- et les conclusions de Mme Bartnicki, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Titulaire d'un titre de séjour portant la mention " résident de longue durée " octroyé par un Etat membre de l'Union européenne, M. H B, ressortissant égyptien né le 8 décembre 1979 à Gharbeya, a déposé le 6 décembre 2018 une autorisation de travail lui permettant d'exercer la profession de plâtrier staffeur au sein des effectifs de la société SAR. Toutefois, par une décision du 6 juillet 2020, dont M. B et la société SAR demandent l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé la délivrance de cette autorisation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, les requérants soutiennent que l'arrêté attaqué, signé par M. A C, a été pris par une autorité incompétente. Toutefois, par un arrêté n° 2020-124 du 17 janvier 2020, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à M. E F, directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi, à l'effet de signer les décisions concernant les attributions de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi de la région Ile-de-France et de manière expresse, les décisions sur les demandes d'autorisation de travail. Puis, par un arrêté n° 2020-8 du 20 janvier 2020, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du 22 janvier suivant, M. F, a lui-même donné délégation de signature à M. D, responsable de l'unité départementale de la Seine-Saint-Denis, à l'effet de signer les décisions concernant les attributions de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi de la région Ile-de-France. L'article 2 de cet arrêté dispose qu'en cas d'absence ou d'empêchement de M. D, la subdélégation de signature sera notamment exercée par M. A C, directeur adjoint du travail. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D n'aurait été ni absent ni empêché. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision du 6 juillet 2020 leur refusant l'autorisation sollicitée aurait été signée par une autorité incompétente.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les
concernent () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. En l'espèce, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En particulier, elle rappelle, après avoir visé les dispositions applicables, celles notamment de l'article R. 5221-20 du code du travail, l'objet de la demande de M. B, l'état du marché du travail pour l'emploi envisagé ainsi que les éléments qui l'ont conduit à considérer, d'une part, que la société SAR n'avait pas durablement recherché des candidats disponibles sur le marché du travail pour pourvoir un emploi de plâtrier staffeur et, d'autre part, que la qualification et l'expérience de M. B n'étaient pas en adéquation avec les caractéristiques de l'emploi proposé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'avant de refuser une autorisation de travail à M. B, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est livré à un examen circonstancié de la situation personnelle de celui-ci à l'aune des informations portées à sa connaissance. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 5221-20 du code du travail, dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " Pour accorder ou refuser l'une des autorisations de travail mentionnées à l'article R. 5221-11, le préfet prend en compte les éléments d'appréciation suivants : 1° La situation de l'emploi dans la profession et dans la zone géographique pour lesquelles la demande est formulée, compte tenu des spécificités requises pour le poste de travail considéré, et les recherches déjà accomplies par l'employeur auprès des organismes concourant au service public de l'emploi pour recruter un candidat déjà présent sur le marché du travail ; 2° L'adéquation entre la qualification, l'expérience, les diplômes ou titres de l'étranger et les caractéristiques de l'emploi auquel il postule ; () "
7. Pour rejeter la demande d'autorisation de travail présentée par M. B, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur une double circonstance. Il a estimé, d'une part, que le métier de plâtrier staffeur, référencé selon la fiche métier de Pôle Emploi sous le code ROME n°F1601, ne faisait pas partie, compte tenu de ses spécificités ainsi que des recherches accomplies par la société SAR, des métiers pour lesquels la situation de l'emploi n'était pas opposable. Il a considéré, d'autre part, que ni la qualification, ni l'expérience acquises par le requérant n'étaient en adéquation avec les caractéristiques de l'emploi proposé.
8. D'une part, il résulte des dispositions précitées de l'article R. 5221-20 du code du travail que la situation de l'emploi dans la profession et la zone géographique pour lesquelles la demande d'autorisation de travail est formulée peut, à elle seule, justifier le refus opposé. De même, pour la délivrance d'une telle autorisation, l'autorité préfectorale doit prendre en compte les démarches accomplies par l'employeur pour recruter un demandeur d'emploi.
9. En l'espèce, le préfet de la Seine-Saint-Denis fait valoir, sans être utilement contredit, que, pour l'emploi de plâtrier staffeur, relevant de la famille des métiers " application et décoration de plâtre, stuc et staff ", ont été enregistrées en Ile-de-France, entre janvier et décembre 2018, 159 demandeurs d'emploi pour 40 offres d'emploi. Si les requérants reprochent au préfet de la Seine-Saint-Denis de ne pas avoir précisé, dans sa décision du 6 juillet 2020, le nombre d'offres et de demandes d'emploi pour la profession de plâtrier staffeur, ils ne produisent toutefois aucun élément permettant de remettre en cause l'appréciation selon laquelle la situation de l'emploi pour cette profession ne permettait pas d'envisager favorablement une nouvelle admission sur le marché du travail, ni même que l'emploi de plâtrier staffeur relèverait de la liste des métiers en tension en Ile-de-France. Par ailleurs, en se bornant à verser aux débats un courrier adressé à la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE), le 4 septembre 2019, aux termes desquels la société SAR fait part de ses difficultés, en 2015, à recruter un plâtrier staffeur, les requérants n'établissent pas que cette dernière aurait procédé à une recherche sérieuse et durable de candidats parmi ceux déjà présents sur le marché francilien avant de recruter M. B. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait entaché sa décision d'une erreur de fait ni d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de droit au regard des dispositions du 1° de l'article R. 5221-20 du code du travail.
10. D'autre part, si les requérants contestent l'appréciation portée par l'autorité préfectorale relativement à l'adéquation entre la qualification et l'expérience acquises par M. B et les caractéristiques de l'emploi proposé, ils ne versent aux débats aucun élément permettant d'apprécier la qualification et l'expérience du requérant, à l'exception des vingt-sept bulletins de salaire établis par la société SAR entre les mois d'avril 2018 et juin 2020. Or il est constant qu'à la date de la décision attaquée, le requérant n'a exercé le métier de plâtrier staffeur en Egypte qu'entre 2003 et 2005 et qu'il ne disposait d'aucune autre expérience professionnelle, son embauche par la société Reta Renov n'étant établie par aucune pièce du dossier. Par suite, les moyens tirés de ce que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait également commis une erreur de fait ou une erreur d'appréciation doivent également être écartés.
11. En cinquième lieu, le préfet de la Seine-Saint-Denis pouvait légalement refuser l'autorisation de travail sollicitée en se fondant sur la situation de l'emploi ainsi que sur l'inadéquation entre, d'une part, la qualification et l'expérience acquises par M. B et, d'autre part, les caractéristiques de l'emploi proposé, sans pour autant méconnaître l'étendue de sa compétence.
12. En dernier lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de la Seine-Saint-Denis, pour refuser l'autorisation de travail sollicitée, a considéré que la société SAR n'apportait pas la preuve d'avoir durablement recherché des candidats disponibles sur le marché du travail pour pourvoir l'emploi de plâtrier staffeur. En opposant ce motif, l'autorité préfectorale s'est bornée, dans le cadre de son pouvoir général d'appréciation, à examiner l'effectivité des recherches menées par la société SAR pour le recrutement d'un salarié, sans ajouter à l'article R. 5221-20 du code du travail précité une condition nouvelle à celles que ces dispositions prévoient. L'autorité administrative n'a, par conséquent, commis aucune erreur de droit dans l'application de ces dispositions.
13. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision du 6 juillet 2020 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de délivrer à M. B une autorisation de travail pour exercer la profession de plâtrier staffeur au sein des effectifs de la société SAR.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B et la société SAR réclament au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B et de la société SAR est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. H B, à la société SAR et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Blanc, président,
- Mme Lutz, première conseillère,
- Mme Degorce, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023
La rapporteure,
signé
Ch. GLe président,
signé
Ph. Blanc
La greffière,
signé
C. Delannoy
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026