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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2007102

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2007102

jeudi 12 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2007102
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET KOSZCZANSKI & BERDUGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 20 octobre 2020 et le 8 août 2022, M. B C, représenté par Me Berdugo, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 septembre 2020 par laquelle le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de regroupement familial au profit de son épouse ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer l'autorisation qu'il sollicite ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et d'un défaut de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 novembre 2020, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A ;

- les observations de Me Petit, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, de nationalité sri-lankaise, né le 12 octobre 1986, demande l'annulation de la décision du 24 septembre 2020 par laquelle le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de regroupement familial au profit de son épouse.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date de la décision contestée : " Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : / 1° Le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont prises en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. Les ressources doivent atteindre un montant qui tient compte de la taille de la famille du demandeur. Le décret en Conseil d'Etat prévu à l'article L. 441-1 fixe ce montant qui doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième. / 2° Le demandeur ne dispose pas ou ne disposera pas à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Le demandeur ne se conforme pas aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil ".

3. Pour rejeter la demande de regroupement familial présentée par le requérant, le préfet de l'Essonne a relevé que l'intéressé avait cumulé deux emplois pour une durée de travail hebdomadaire supérieure à 48 heures, sans respecter la durée maximale de travail hebdomadaire prévue par l'article L. 3121-20 du code du travail. Toutefois, il est constant que la méconnaissance des règles du droit du travail ne fait pas partie des critères limitativement énumérés à l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, alors, de plus, que M. C avait mis fin à cette situation illégale à la date de la décision attaquée, en démissionnant de l'emploi qu'il occupait au sein de la société La Rotonde, le 17 février 2020.

4. Si, par ailleurs, le préfet a également relevé, pour rejeter la demande de M. C, la circonstance qu'il aurait fait l'objet de saisies sur son salaire et a ainsi considéré que celui-ci ne se serait pas conformé aux principes de la République, le requérant soutient, sans être contredit, que ces prélèvements sur son salaire correspondent au remboursement d'un prêt consenti par son employeur. Enfin, l'autorité administrative ne justifie pas avoir procédé à un examen suffisant de la situation du requérant, dès lors qu'elle n'a pas tenu compte de l'avis favorable émis sur sa demande par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 3 février 2020.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 24 septembre 2020 par laquelle le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de regroupement familial en faveur de son épouse.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard aux motifs sur lesquels il est fondé, que le préfet de l'Essonne, ou le préfet compétent au regard du lieu de résidence actuel de M. C, réexamine la demande du requérant dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 24 septembre 2020 du préfet de l'Essonne est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne, ou au préfet compétent au regard du lieu de résidence actuel de M. C, de réexaminer la demande de regroupement familial du requérant dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. C une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Blanc, président,

- Mme Lutz, première conseillère,

- Mme Degorce, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2023.

La rapporteure,

Signé

F. A Le président,

Signé

P. Blanc

La greffière,

Signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 200710

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