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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2007183

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2007183

vendredi 21 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2007183
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCHLEEF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 novembre 2020, M. A B, représenté par Me Schleef, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 1er septembre 2020 du maire de la commune de Yerres l'excluant temporairement de ses fonctions pendant une durée de trois jours ;

2°) de condamner la commune à lui verser la somme équivalente à la retenue de 3/30èmes effectuée sur sa rémunération correspondant aux trois jours de mise à pied ainsi qu'une somme de 3 000 euros au titre du préjudice moral qu'il estime avoir subi ;

3°) de mettre à la charge de la commune la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté n'est pas motivé ;

- il est entaché d'un défaut de motivation réelle et sérieuse ;

- il est victime de harcèlement moral.

Par un mémoire enregistré le 19 mars 2021, la commune de Yerres, représentée par Me Corneloup, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables ;

- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 30 décembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vincent, première conseillère,

- les conclusions de Mme Ozenne, rapporteure publique,

- et les observations de Me Tupigny, substituant Me Corneloup pour la commune de Yerres.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, agent technique territorial, est employé par la commune de Yerres depuis 2003. Il a été recruté d'abord en tant qu'agent contractuel puis, à compter de 2013, en tant qu'agent titulaire, au grade d'adjoint technique territorial. Il a été affecté au service propreté de la commune de Yerres au poste de gardien polyvalent de l'école maternelle Camaldules. Le 27 juillet 2020, il a été interpellé au volant de son véhicule personnel pour conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique. Par courrier du 5 août 2020, la commune l'a informé qu'elle envisageait d'introduire une procédure disciplinaire à son encontre et qu'il avait droit à se voir communiquer son dossier administratif. Par arrêté du 1er septembre 2020 dont il demande l'annulation, il a fait l'objet d'une exclusion temporaire de ses fonctions pour une durée de trois jours qui a pris effet entre les 9 et 11 septembre 2020.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article R.421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".

3. Toutefois, les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions et alors même que l'administration aurait auparavant opposé une fin de non-recevoir fondée sur l'absence de décision.

4. Au cas d'espèce, à la date à laquelle le juge statue, il ne résulte pas de l'instruction que l'administration ait pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande préalable que le requérant aurait formée devant elle tendant au versement d'une somme équivalente à la retenue de 3/30èmes effectuée sur sa rémunération au titre de ses trois jours de mise à pied ainsi qu'une somme de 3 000 euros au titre du préjudice moral qu'il estime avoir subi. S'il produit cependant au dossier un courrier dans lequel il indique souhaiter " par la même occasion un dédommagement pour le harcèlement moral et la mise à pied d'un montant de 3 000 euros ", ce courrier, qui ne comporte aucune date, signature, mention d'un destinataire et preuve de son envoi à la commune, alors que celle-ci conteste l'avoir reçu, ne saurait faire office de demande préalable telle que requise par l'article R.421-1 du code de justice administrative précitée. Par suite, les conclusions indemnitaires tendant au versement, d'une part, d'une somme équivalente à la retenue de 3/30èmes effectuée sur sa rémunération au titre de ses trois jours de mise à pied, d'autre part, d'une somme de 3 000 euros au titre du préjudice moral qu'il estime avoir subi, doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, le requérant soutient que l'arrêté est entaché d'un " défaut de motivation réelle et sérieuse ". Au cas d'espèce, l'arrêté litigieux cite les considérations de droit et de fait, certes de manière succincte, sur lesquelles le maire s'est fondé pour prendre l'arrêté, en particulier en précisant le fait qu'il est reproché au requérant d'avoir dévalorisé l'image de la collectivité, d'avoir eu un comportement inapproprié et d'avoir manqué à son obligation de réserve. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

6. En deuxième lieu, le requérant soutient que l'arrêté est entaché d'une erreur de droit, et d'une erreur de fait et doit être considéré également comme soutenant qu'il est entaché d'une erreur d'appréciation. Il soutient plus particulièrement que son employeur ne pouvait lui infliger une sanction disciplinaire pour avoir conduit sous l'emprise de l'alcool le 27 juillet 2020, ce comportement étant intervenu en dehors du service tandis que son employeur n'établit pas le trouble causé à son administration.

7. D'une part, aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, dans sa version applicable au litige : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. () ". Aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée, dans sa version applicable au litige : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : Premier groupe : l'avertissement ; le blâme ; l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours. (). L'exclusion temporaire de fonctions, qui est privative de toute rémunération, peut être assortie d'un sursis total ou partiel () ".

8. D'autre part, aux termes de l'article 25 de la loi du 13 juillet 1983, dans sa version applicable au litige : " Le fonctionnaire exerce ses fonctions avec dignité, impartialité, intégrité et probité. () ".

9. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

10. Une sanction peut être justifiée par un comportement privé s'il a pour effet de perturber le bon déroulement du service ou de jeter le discrédit sur l'administration.

11. Au cas d'espèce, il ressort du procès-verbal de police et il n'est pas contesté que le requérant a été interpellé, le 27 juillet 2020, au volant de son véhicule personnel pour non-respect de l'arrêt imposé par un panneau de signalisation " stop ". Il n'est pas non plus contesté qu'au vu de son état, les policiers ont procédé à un dépistage d'imprégnation alcoolique à 16h50 qui a révélé un taux supérieur à 0,8 grammes d'alcool par litre de sang alors qu'il avait quitté son service à 16h45. Dans ces conditions, les faits reprochés sont matériellement établis. De plus et comme le fait valoir le défendeur, l'imprégnation alcoolique ayant nécessairement eu lieu en service, quitté cinq minutes avant le dépistage, le comportement du requérant est constitutif d'un manquement au devoir de dignité qui s'impose à tout fonctionnaire et est de nature à jeter le discrédit sur son employeur, quand bien même il aurait été constaté en dehors du service. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur de droit, de l'erreur de fait et de l'erreur d'appréciation commises par le maire de la commune doivent être écartés, alors qu'il ressort par ailleurs des pièces du dossier qu'il ne s'agit pas d'un fait ponctuel et isolé.

12. En troisième lieu, le requérant allègue qu'il est victime de harcèlement moral et qu'il a été victime de propos humiliants sur son lieu de travail alors qu'il souffre de problèmes de santé, comme il en a déjà averti le maire de la commune. Toutefois, il n'apporte à l'appui de ses allégations que le courrier non daté et non signé précité dans lequel il se plaint d'être harcelé par " certaines personnes de la mairie " se plaignant de son haleine, alors qu'il ressort par ailleurs des pièces du dossier que plusieurs plaintes ont été formées par les enseignants de l'école en lien avec ses problèmes d'alcool. Au surplus, il n'est pas contesté que la commune a régulièrement fait appel au médecin de prévention pour le suivre. Elle a également aménagé son poste pour tenir compte des restrictions médicales imposées par le médecin de prévention lui interdisant notamment de conduire des véhicules de service puis a créé un poste de gardien polyvalent qui lui a été attribué puis en a créé un deuxième pour le soutenir dans ses missions, du fait des restrictions médicales imposées. Dès lors, le moyen doit être également écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté litigieux doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Yerres, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. B une somme de 200 euros au titre des frais exposés par la commune de Yerres et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la commune de Yerres une somme de 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Yerres.

Délibéré après l'audience du 7 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Gosselin, président,

Mme Vincent, première conseillère,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2022.

La rapporteure,

Signé

L. Vincent

Le président,

Signé

C. GosselinLa greffière,

Signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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