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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2007303

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2007303

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2007303
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantSCP ARENTS-TRENNEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 avril 2022, M. C A, représenté par Me Trennec, demande au tribunal :

1°) de liquider l'astreinte prononcée à l'encontre du préfet de police par le jugement du 12 juillet 2021 du tribunal ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que le préfet de police n'a toujours pas réexaminé sa situation en méconnaissance du jugement du 16 décembre 2016 et qu'ainsi, il y a lieu de liquider l'astreinte prononcée par le jugement du 12 juillet 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la situation de M. A a été réexaminée le 22 juin 2022, la requête de M. A tendant à la liquidation de l'astreinte prononcée par le jugement du 12 juillet 2021 étant ainsi devenue sans objet ;

- la crise sanitaire a fortement impacté l'activité du service de médecine statutaire et de contrôle de la préfecture de police, ce qui explique le délai de réexamen de la situation de M. A.

Par une ordonnance du 15 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 octobre 2022.

Vu :

- le jugement du tribunal administratif de Versailles n° 1403754 du 16 décembre 2016 ;

- le jugement du tribunal administratif de Versailles n° 2007303 du 12 juillet 2021 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les conclusions de Mme Marc, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. D'une part, aux termes de l'article L. 911-4 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander à la juridiction, une fois la décision rendue, d'en assurer l'exécution. / Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte ". L'article L. 911-6 du même code énonce que : " L'astreinte est provisoire ou définitive. Elle doit être considérée comme provisoire à moins que la juridiction n'ait précisé son caractère définitif. Elle est indépendante des dommages et intérêt ". Selon l'article L. 911-7 du même code : " En cas d'inexécution totale ou partielle ou d'exécution tardive, la juridiction procède à la liquidation de l'astreinte qu'elle avait prononcée. / Sauf s'il est établi que l'inexécution de la décision provient d'un cas fortuit ou de force majeure, la juridiction ne peut modifier le taux de l'astreinte définitive lors de sa liquidation. / Elle peut modérer ou supprimer l'astreinte provisoire, même en cas d'inexécution constatée. ".

2. Selon l'article R. 921-6 du même code : " Dans le cas où le président estime nécessaire de prescrire des mesures d'exécution par voie juridictionnelle, et notamment de prononcer une astreinte, ou lorsque le demandeur le sollicite dans le mois qui suit la notification du classement décidé en vertu du dernier alinéa de l'article précédent et, en tout état de cause, à l'expiration d'un délai de six mois à compter de sa saisine, le président de la cour ou du tribunal ouvre par ordonnance une procédure juridictionnelle () / Cette ordonnance n'est pas susceptible de recours. L'affaire est instruite et jugée d'urgence. Lorsqu'elle prononce une astreinte, la formation de jugement en fixe la date d'effet. ".

3. Il appartient au juge saisi sur le fondement de l'article L. 911-4 du code de justice administrative d'apprécier l'opportunité de compléter les mesures déjà prescrites ou qu'il prescrit lui-même par la fixation d'un délai d'exécution et le prononcé d'une astreinte suivi, le cas échéant, de la liquidation de celle-ci, en tenant compte tant des circonstances de droit et de fait existant à la date de sa décision que des diligences déjà accomplies par les parties tenues de procéder à l'exécution de la chose jugée ainsi que de celles qui sont encore susceptibles de l'être.

4. M. C A, gardien de la paix, a été victime d'un accident, le 29 août 2012, reconnu imputable au service. Par un arrêté du 20 février 2014, la date de consolidation de son état de santé a été fixée au 20 mai 2013. Par un jugement du 16 décembre 2016, devenu définitif, le tribunal administratif de Versailles a annulé cet arrêté en estimant qu'il était entaché d'une erreur d'appréciation quant à la date de consolidation de l'accident de service de M. A et enjoint au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois. En l'absence d'exécution de l'injonction prononcée par ce jugement, le président par intérim du tribunal administratif de Versailles a ouvert une procédure juridictionnelle par une ordonnance du 5 novembre 2020. Par un jugement du 12 juillet 2021, le tribunal administratif de Versailles a enjoint au préfet de police d'exécuter le jugement du 16 décembre 2016 en réexaminant la situation de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. Le 26 avril 2022, M. A a demandé au tribunal de liquider l'astreinte prononcée par ce jugement en l'absence de réexamen de sa situation.

5. Il résulte de l'instruction que le 22 juin 2022, le Dr B, après réexamen de la situation de M. A, a estimé que la date de consolidation de son accident de service du 29 août 2012 devait être fixée au 20 décembre 2013, date de la fin de son arrêt de travail.

6. Ainsi, l'injonction prononcée par le jugement du 12 juillet 2021, notifié le même jour au préfet de police, a été entièrement exécutée au 22 juin 2022, avec un retard de dix mois et dix jours à compter du 12 août 2021, délai au terme duquel l'astreinte prononcée par ce jugement pouvait être liquidée en cas d'inexécution de l'injonction de réexamen de la situation de M. A. Alors même que le préfet de police fait valoir que la crise sanitaire liée à l'épidémie de covid-19 a considérablement ralenti l'activité du service de médecine et de contrôle ce qui expliquerait le retard avec lequel la situation de M. A a été réexaminée, il ne justifie toutefois pas des diligences qu'il aurait vainement effectuées pour exécuter le jugement du 16 décembre 2016, antérieur de plusieurs années à cette épidémie, ni même le jugement du 12 juillet 2021.

7. Il y a lieu, dès lors, de procéder à la liquidation de l'astreinte pour la période du 12 août 2021 au 22 juin 2022, soit 314 jours. Toutefois, eu égard aux circonstances particulières de l'espèce et, notamment à l'exécution du jugement du 16 décembre 2016, il y a lieu, en application des dispositions précitées de l'article L. 911-7 du code de justice administrative, de modérer la somme exigible en limitant le montant de l'astreinte à 8 000 euros.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser la somme de 8 000 euros au titre de la liquidation définitive de l'astreinte prononcée par le jugement du tribunal administratif de Versailles de 12 juillet 2021.

Article 2 : L'Etat versera à M. A la somme de 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions présentées par M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Copie en sera adressée pour information au préfet de police et au ministère public près la Cour de discipline budgétaire et financière.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Grenier, présidente,

- Mme Caron, première conseillère,

- M. Connin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe, le 1er décembre 2022.

La présidente-rapporteure,

signé

C. DL'assesseure la plus ancienne

dans le grade,

signé

V. Caron

La greffière,

signé

G. Le PréLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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