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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2007502

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2007502

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2007502
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationPrésident Rollet-Perraud
Avocat requérantSPIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 novembre 2020, M. A B, représenté par Me Spira, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 octobre 2020 par laquelle le préfet des Yvelines a suspendu son permis de conduire pour une durée de six mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est a été prise en méconnaissance de la procédure contradictoire préalable ;

- elle est illégale, dès lors qu'il n'a pas pu consulter le procès-verbal d'infraction.

Une mise en demeure de produire un mémoire en défense dans un délai de trente jours a été adressée le 11 juin 2021 au préfet des Yvelines, en application des dispositions de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Rollet-Perraud, vice-présidente, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative selon la procédure prévue par cet article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a fait l'objet, le 19 septembre 2020 à 15h40 à Ablis d'un contrôle au cours duquel il a été recherché s'il conduisait sous l'emprise de l'alcool ou de stupéfiants. Le dépistage s'étant révélé positif aux stupéfiants, le préfet des Yvelines a suspendu son permis de conduire pour une durée de six mois par arrêté du 22 octobre 2020. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Si le préfet des Yvelines, qui n'a pas produit d'observations en défense avant la clôture de l'instruction malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 11 juin 2021, doit être réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête en application de l'article R. 612-6 du code de justice administrative, cette circonstance ne dispense pas le tribunal, d'une part, de vérifier que les faits allégués par le requérant ne sont pas contredits par les autres pièces versées au dossier, d'autre part, de se prononcer sur les moyens de droit que soulève l'examen de l'affaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. L'article L. 224-7 du code de la route dispose que : " Saisi d'un procès-verbal constatant une infraction punie par le présent code de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire, le représentant de l'Etat dans le département où cette infraction a été commise peut, s'il n'estime pas devoir procéder au classement, prononcer à titre provisoire soit un avertissement, soit la suspension du permis de conduire () ". Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; ". Ainsi qu'il a été dit, la décision par laquelle un préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l'article L. 224-7 du code de la route est une décision individuelle défavorable qui doit être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. En l'absence d'une procédure contradictoire particulière organisée par les textes, le préfet doit se conformer aux dispositions des articles L. 121-1, L. 121-2 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, en informant le conducteur de son intention de suspendre son permis de conduire et de la possibilité qui lui est offerte de présenter des observations dans les conditions prévues par ces dispositions. Le préfet ne peut légalement se dispenser de cette formalité, en raison d'une situation d'urgence, que s'il apparaît, eu égard au comportement du conducteur, que le fait de différer la suspension de son permis pendant le temps nécessaire à l'accomplissement de la procédure contradictoire créerait des risques graves pour lui-même ou pour les tiers.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le dépistage que M. B a subi s'est révélé positif aux stupéfiants. Préalablement à la décision portant suspension de son permis de conduire, le préfet a adressé une lettre à l'intéressé l'informant qu'il disposait d'un délai de dix jours à compter de sa réception pour formuler des observations. M. B soutient avoir reçu cette lettre le 12 octobre 2020 et il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a adressé ses observations au préfet le 20 octobre suivant. Ainsi, contrairement à ce qu'indique le préfet dans sa décision du 22 octobre 2020, le requérant a formulé, dans les délais impartis, des observations qui, au vu des termes de la décision litigieuse, n'ont pas été prises en considération. Par suite, M. B est fondé à soutenir que la décision qu'il conteste a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière qui l'a privé d'une garantie.

5. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre moyen de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 22 octobre 2020 par laquelle le préfet des Yvelines a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de six mois.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. B présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Yvelines du 22 octobre 2020 est annulé.

Article 2 : Le surplus de conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Yvelines.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 11 juillet 2022.

La magistrate désignée,

signé

C. CLa greffière,

signé

K. DupréLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2007502

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