jeudi 12 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2007744 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LIGER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 novembre 2020, M. B C, représenté par Me Liger, demande au tribunal :
1°) de surseoir à statuer dans l'attente de la décision définitive de la juridiction judiciaire saisie de la question de sa nationalité française ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2019 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure dès lors que le préfet des Yvelines n'a pas saisi préalablement pour avis la commission du titre de séjour, conformément à l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la question de sa nationalité française pose une difficulté sérieuse que seules peuvent trancher les juridictions judiciaires en vertu de l'article 29 du code civil ;
- il méconnaît tant les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 septembre 2021, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Par une décision du 14 septembre 2020, le bureau de l'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Versailles a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle de M. C.
Par une ordonnance du 16 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 octobre 2022.
Par un courrier du 5 décembre 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions à fin de sursis à statuer dans l'attente de l'arrêt de la cour d'appel de Saint-Denis-de-la-Réunion, cette dernière s'étant finalement prononcée le 6 septembre 2022, en cours d'instance.
Par un mémoire enregistré le 10 décembre 2022, M. C a répondu à ce moyen d'ordre public.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience sur ce litige en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A ;
- et les observations de Me Liger pour M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant comorien né le 19 février 1997 à Ouziouni, a bénéficié de deux titres de séjour délivrés par les autorités françaises à Mayotte entre les mois d'avril 2015 et avril 2017, puis de deux titre de séjour délivrés par le préfet des Yvelines entre les mois d'avril 2017 et avril 2019. Il a sollicité, le 23 février 2019, un changement de statut et son admission au séjour sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté du 24 octobre 2019 dont il demande l'annulation, le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité.
Sur la demande de sursis à statuer et l'exception de nationalité française :
2. D'une part, aux termes de l'article 18 du code civil : " Est français l'enfant dont l'un au moins des parents est français ". Aux termes de l'article 29 du même code " La juridiction civile de droit commun est seule compétente pour connaître des contestations sur la nationalité française ou étrangère des personnes physiques. Les questions de nationalité sont préjudicielles devant toute autre juridiction de l'ordre administratif ou judiciaire à l'exception des juridictions répressives comportant un jury criminel ". Aux termes de l'article L. 111-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sont considérées comme étrangers au sens du présent code les personnes qui n'ont pas la nationalité française, soit qu'elles aient une nationalité étrangère, soit qu'elles n'aient pas de nationalité ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 579 du code civil : " Le recours par une voie extraordinaire et le délai ouvert pour l'exercer ne sont pas suspensifs d'exécution si la loi n'en dispose autrement. " Ce même code intègre, dans les recours par une voie extraordinaire, le pourvoi en cassation.
4. Si M. C se prévaut de sa nationalité française par filiation paternelle, conformément aux dispositions de l'article 18 du code civil, il ressort toutefois des pièces du dossier que tant le tribunal de grande instance de Mamoudzou, par jugement du 28 juillet 2017, que la cour d'appel de Saint-Denis-de-la-Réunion, par arrêts des 5 février 2019 et 6 septembre 2022, ont rejeté sa demande de délivrance d'un certificat de nationalité française en considérant qu'il ne rapportait pas la preuve d'un état-civil certain et sincère. Par ailleurs, la circonstance selon laquelle le requérant se serait pourvu en cassation le 9 décembre 2022 contre le dernier arrêt de la cour d'appel de Saint-Denis-de-la-Réunion ne suspend pas l'exécution de cette dernière décision juridictionnelle et, en tout état de cause, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué qui se borne à rejeter la demande de titre de séjour que M. C a lui-même présentée. Par suite, il n'y a pas lieu de surseoir à statuer sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté par lequel le préfet des Yvelines a refusé de renouveler le titre de séjour du requérant.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. En premier lieu, aux termes, d'une part, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit :() 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 311-7 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
6. D'autre part, il résulte des articles L. 111-2 et L. 111-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers qu'après l'entrée en vigueur, le 26 mai 2014, de l'ordonnance du 7 mai 2014, laquelle n'a pas de portée rétroactive, les dispositions de ce code étaient applicables à Mayotte. De plus, aux termes de l'article L. 832-2 du même code, créé par l'ordonnance du 7 mai 2014 : " Sans préjudice des dispositions des articles L. 121-1 et L. 121-3, les titres de séjour délivrés par le représentant de l'État à Mayotte, à l'exception des titres délivrés en application des dispositions des articles L. 121-3, L. 313-4-1, L. 313-8, du 6° de l'article L. 313-10, de l'article L. 313-13 et du chapitre IV du titre 1er du livre III, n'autorisent le séjour que sur le territoire de Mayotte. Les ressortissants de pays figurant sur la liste, annexée au règlement (CE) n° 539/2001 du Conseil du 15 mars 2001 des pays tiers dont les ressortissants sont soumis à 1'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des États membres, qui résident régulièrement à Mayotte sous couvert d'un titre de séjour n'autorisant que le séjour à Mayotte et qui souhaitent se rendre dans un autre département doivent obtenir un visa ". Un séjour à Mayotte autorisé sur le fondement d'un autre titre que ceux mentionnés par exception à l'article L. 832-2 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut être regardé comme un séjour " en France " au sens des dispositions précitées de l'article L. 111-3 du même code, dès lors que ces titres n'autorisent le séjour que sur le territoire de Mayotte.
7. En l'espèce, il résulte de ce qui précède que M. C ne peut utilement se prévaloir, pour contester le refus de titre de séjour qui lui a été opposé par le préfet des Yvelines, ni de la durée de son séjour à Mayotte qui a commencé en 2005, ni des cartes de séjour temporaire qu'il a obtenues entre les mois d'avril 2015 et 2017 et valables dans ce seul département. Par ailleurs, le requérant, célibataire et sans charge de famille, ne séjournait en France métropolitaine que depuis deux ans à la date de la décision attaquée en qualité d'étudiant et n'est pas dépourvu de toutes attaches familiales à Mayotte où résident ses deux parents. Dans ces conditions, la décision contestée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise et ne peut donc être regardée comme méconnaissant les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En deuxième lieu, si M. C invoque la méconnaissance de l'article L. 313-14 du code susmentionné, il ressort des pièces du dossier qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions et que le préfet des Yvelines n'a pas procédé d'office à l'examen de sa demande sur un tel fondement. Le requérant ne peut, par suite, utilement soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait ces dispositions, ni que le préfet aurait été tenu de procéder à l'examen de sa situation au regard de ces dispositions. En tout état de cause, à supposer qu'en demandant un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale, il ait en réalité entendu invoquer le bénéfice des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'admission au séjour de M. C réponde à des considérations humanitaires ou se justifie par des motifs exceptionnels, de sorte que le moyen ne peut qu'être écarté.
9. Enfin, ainsi qu'il a été dit précédemment, M. C ne remplit pas les conditions de délivrance de plein droit d'un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour prévue par les articles L. 312-1 et L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté
10. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 octobre 2019 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
11. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par le requérant ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Blanc, président,
- Mme Lutz, première conseillère,
- Mme Degorce, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2023.
La rapporteure,
Signé
Ch. ALe président,
Signé
Ph. Blanc
La greffière,
Signé
C. Delannoy
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026