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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2007768

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2007768

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2007768
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantRABBE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 novembre 2020, M. C A, représenté par Me Rabbé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 juin 2020 par lequel le directeur général de l'Office national des forêts a prononcé la sanction disciplinaire de la révocation à son encontre, ensemble la décision implicite de rejet née du silence gardé par le directeur général de l'Office national des forêts sur son recours gracieux du 6 août 2020, reçu le 7 août suivant ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'Office national des forêts de le réintégrer et de reconstituer sa carrière, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Office national des forêts la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté du 4 juin 2020 est entaché d'un vice de procédure en l'absence de nouvelle consultation du conseil de discipline ;

- la procédure devant le conseil de discipline est entachée d'irrégularités, premièrement en ce qu'il n'a disposé que d'un délai de dix jours pour présenter ses observations à la suite de la notification du procès-verbal d'enquête disciplinaire, deuxièmement, en ce qu'il n'a pas bénéficié de la communication intégrale de son dossier et notamment de ses évaluations pour les années 2014 et 2016 ainsi que du rapport d'audit de l'inspection générale, troisièmement en ce qu'il a été placé dans l'impossibilité de présenter les éléments utiles à sa défense et, enfin, en ce que ses observations écrites n'ont pas été prises en compte ;

- il n'a pas été informé des conditions de saisine du conseil supérieur de la fonction publique d'Etat, ce qui le prive d'une garantie ;

- une partie des faits étaient prescrits et ne pouvaient donner lieu à des poursuites disciplinaires, notamment ceux relatifs à un contrat de cession et à un contrat de location de matériel en 2013 ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreurs de fait sur chacun des griefs qui lui sont reprochés, premièrement en ce que le dévoiement de l'objet du contrat de dégagement de fougères en un contrat de prêt de main d'œuvre n'est pas établi, deuxièmement, en ce qu'il ne saurait être à l'origine d'irrégularités de facturation n'étant pas responsable de la mise en paiement des factures mais du seul contrôle de la réalité du service fait, troisièmement, en ce qu'il n'est pas à l'origine des modifications de plannings, quatrièmement, en ce que la cession du tracteur, ensuite loué à la société STL, ne lui est pas imputable, la décision de le louer ayant été prise collectivement en accord avec le domaine national de Rambouillet, cinquièmement, en ce que le contrat de location d'un tracteur pour une durée de vingt-quatre mois ne méconnaissait pas la délégation de signature dont il disposait et enfin, en ce que la location du tracteur s'étant faite en dehors de tout contrat, la prise en charge des réparations provoquées par des maladresses des chauffeurs de l'ONF lui incombait, sans, en outre, que l'intervention de M. A pour faire modifier les factures établies par les établissements Gautier ne soit établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 janvier 2022, l'Office national des forêts, représenté par Me Lonqueue, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 13 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 novembre 2022.

Vu :

- le jugement n° 1800041 du 2 décembre 2019 du tribunal administratif de Versailles ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code forestier ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Marc, rapporteure publique,

- et les observations de Me Rabbé, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a été titularisé en qualité d'agent forestier de l'Office national des forêts (ONF), le 1er octobre 1980. Il a été promu au grade de cadre technique à compter du 1er juin 2010 et affecté, en dernier lieu, en qualité de responsable de l'unité de production de Versailles. Par un arrêté du 4 juillet 2017, le directeur général de l'ONF a prononcé la sanction disciplinaire de la révocation à son encontre. Par un jugement du 2 décembre 2019, le tribunal administratif de Versailles a annulé cet arrêté pour insuffisance de motivation et enjoint à l'ONF de le réintégrer dans ses fonctions à compter du 4 juillet 2017, dans un délai de trois mois à compter de la notification de ce jugement. Par un arrêté du 20 février 2020, M. A a été réintégré dans ses fonctions à compter du 4 juillet 2017. Par un arrêté du 4 juin 2020, qui lui a été notifié le 16 juin suivant, le directeur général de l'ONF a de nouveau prononcé la sanction disciplinaire de la révocation à l'encontre de M. A. Le 6 août 2020, M. A a formé un recours gracieux tendant au retrait de cet arrêté. Le silence gardé par le directeur général de l'ONF sur ce recours, qu'il a reçu le 7 août 2020, a fait naître une décision implicite de rejet. M. A demande l'annulation de l'arrêté du 4 juin 2020 ainsi que de la décision implicite de rejet née le 7 octobre 2020 du silence gardé par le directeur général de l'ONF sur son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination () / Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes et à l'assistance de défenseurs de son choix. L'administration doit informer le fonctionnaire de son droit à communication du dossier () ". L'article 1er du décret du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'Etat énonce que : " L'administration doit dans le cas où une procédure disciplinaire est engagée à l'encontre d'un fonctionnaire informer l'intéressé qu'il a le droit d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel et de tous les documents annexes et la possibilité de se faire assister par un ou plusieurs défenseurs de son choix. / Les pièces du dossier et les documents annexes doivent être numérotés. ".

3. En vertu de ces dispositions, un agent public faisant l'objet d'une mesure prise en considération de sa personne, qu'elle soit ou non justifiée par l'intérêt du service, doit être mis à même de demander la communication de son dossier, en étant averti en temps utile de l'intention de l'autorité administrative de prendre la mesure en cause. Lorsqu'une enquête administrative a été diligentée sur le comportement d'un agent public ou porte sur des faits qui, s'ils sont établis, sont susceptibles de recevoir une qualification disciplinaire ou de justifier que soit prise une mesure en considération de la personne d'un tel agent, l'intéressé doit être mis à même d'obtenir communication du rapport établi à l'issue de cette enquête, ainsi que, lorsqu'ils existent, des procès-verbaux des auditions des personnes entendues sur le comportement de l'agent faisant l'objet de l'enquête, sauf si la communication de ces procès-verbaux serait de nature à porter gravement préjudice aux personnes qui ont témoigné.

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le directeur général de l'ONF a demandé un audit de l'unité de production de Versailles. Le procès-verbal d'enquête disciplinaire du 23 janvier 2017 énonce, à cet égard, que l'audit mené par l'inspection générale de l'ONF " a mis en lumière plusieurs dysfonctionnements sérieux " relatifs principalement à un marché de dégagement de fougères et de mise à disposition de salariés et à un marché de location de tracteurs.

5. D'autre part, par un courrier du 6 février 2017, M. A a été informé de son droit à obtenir la communication intégrale de son dossier individuel à l'occasion de l'ouverture d'une procédure disciplinaire à son encontre. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui a été en mesure de consulter son dossier, a demandé, le 23 mai 2017, la communication de plusieurs documents, dont le rapport d'audit de l'inspection générale de l'ONF mentionné au point précédent. Il est constant que ce rapport ne lui a pas été communiqué.

6. Cependant, il ressort des pièces du dossier que le procès-verbal d'enquête disciplinaire du 23 janvier 2017, communiqué à M. A, reprend plusieurs éléments du rapport d'audit de l'unité de production de Versailles dans laquelle M. A était affecté. Ainsi, contrairement à ce que soutient l'ONF, la procédure disciplinaire se fonde principalement sur les dysfonctionnements et irrégularités mis en évidence par ce rapport ce qui est d'ailleurs corroboré par le procès-verbal d'enquête disciplinaire du 23 janvier 2017. En outre, alors même que le procès-verbal d'enquête disciplinaire, rédigé par son supérieur hiérarchique direct, et le rapport au conseil de discipline, communiqué à M. A, précisent les griefs qui lui sont reprochés, M. A n'a toutefois pas été en mesure, en l'absence de communication du rapport d'audit de l'inspection générale de l'ONF, de connaître l'ensemble des dysfonctionnements de l'unité de production dont il était responsable, ni de vérifier que les griefs qui lui étaient reprochés dans le cadre de la procédure disciplinaire reflétaient avec exactitude les dysfonctionnements révélés par ce rapport ou encore d'appréhender dans quelle mesure ce rapport d'audit mettait en cause sa responsabilité propre dans les griefs retenus dans le cadre de la procédure disciplinaire.

7. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, M. A n'a pas eu communication d'éléments qui pouvaient être utiles à sa défense et pouvaient avoir une influence sur l'appréciation portée par le conseil de discipline sur la réalité des faits qui lui sont reprochés et la proportionnalité de la sanction au regard de ces faits, malgré sa demande en ce sens. Il a, en conséquence, été privé d'une garantie.

8. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 4 juin 2020 et de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le directeur général de l'Office national des forêts sur son recours gracieux du 6 août 2020.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. En exécution d'un jugement annulant une décision d'éviction de fonctions, l'autorité administrative est tenue de procéder à la réintégration juridique de l'intéressé dans les fonctions qu'il exerçait à la date de son éviction et à la reconstitution de sa carrière et de ses droits sociaux. Il incombe également à l'autorité administrative de régler, de sa propre initiative, la situation de l'agent pour l'avenir, notamment en procédant, en principe, à sa réintégration effective ou, le cas échéant, en prenant une nouvelle décision d'éviction de fonctions.

10. L'annulation de la sanction disciplinaire de révocation prononcée à l'encontre de M. A implique nécessairement que le directeur général de l'ONF procède à sa réintégration dans l'emploi qu'il occupait a` la date de la décision du 4 juin 2020 ou, sous réserve qu'il n'ait pas été atteint entre temps par la limite d'âge, à sa réintégration dans un emploi équivalent, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande l'ONF au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'ONF la somme de 1 500 euros à verser à M. A au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 4 juin 2020 du directeur général de l'Office national des forêts et la décision implicite de rejet née du silence gardé par le directeur général de l'Office national des forêts sur le recours gracieux que lui a adressé 6 août 2020 M. A sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au directeur général de l'Office national des forêts de procéder à la réintégration de M. A dans l'emploi qu'il occupait a` la date de la décision du 4 juin 2020 ou, sous réserve qu'il n'ait pas été atteint entre temps par la limite d'âge, à sa réintégration dans un emploi équivalent, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Office national des forêts versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions présentées par M. A est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par l'Office national des forêts au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à l'Office national des forêts.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Grenier, présidente,

- Mme Caron, première conseillère,

- M. Connin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe, le 15 décembre 2022.

La présidente-rapporteure,

signé

C. B L'assesseure la plus ancienne

dans le grade,

signé

V. Caron

La greffière,

signé

A. Esteves

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et au ministre de l'agriculture en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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