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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2007896

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2007896

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2007896
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationMagistrat Mathé
Avocat requérantSCP BAKER & MCKENZIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés les 26 novembre 2020 et 12 mars 2021, M. C A, représenté par Me Lerat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 28 septembre 2020 par laquelle le président de la société Orange a refusé de lui communiquer des documents administratifs ;

2°) d'enjoindre à la société Orange de lui communiquer les documents en cause dans

un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de

150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge la société Orange la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les documents en cause sont des documents administratifs communicables sur le fondement des dispositions de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la société Orange ne lui a pas communiqué les comptes rendus d'entretien professionnel pour les années 2005 et 2006 établis sur papier libre, alors qu'elle a été en mesure de le faire pour ceux antérieurs à la mise en place de l'outil informatique " El Performance ", et il ne ressort pas des éléments produits que la société Orange ait mis un soin particulier dans la recherche des documents manquants ;

- la demande de communication du 20 mai 2020 portait sur des documents permettant de vérifier que les voies de promotion interne ont été organisées pour l'accès au grade de cadre de premier niveau, qui implique de pouvoir vérifier la publication des communiqués de promotion ; seule l'information donnée aux agents sur l'existence de l'organisation des voies de promotion interne permet de s'assurer de l'effectivité de ces voies de promotion ; si la société Orange a communiqué une copie des communiqués de promotion, il lui appartient de justifier que ces communiqués ont été régulièrement publiés ; ainsi, la demande du 20 mai 2020 justifie la saisine du tribunal administratif ;

- si la société Orange allègue que les documents relatifs à l'organisation de concours et d'examens professionnels et la liste des candidats admis ou reçus n'auraient jamais existé en ce qu'elle n'organise aucun concours ou examen professionnel mais seulement des processus de promotion " reconnaissance des compétences " et " aptitudes et potentiel " consistant en une présélection sur dossier et un entretien avec le jury, il lui appartient de communiquer les documents relatifs à ces seules voies de promotion interne dès lors que ce processus tient lieu d'examen professionnel ;

- si la société Orange soutient que la liste des candidats promus établie chaque année ne serait pas conservée d'année en année et que les listes auraient ainsi été détruites numériquement, il est surprenant qu'au niveau de la seule direction de l'exploitation du système d'information (DESI) la société Orange se trouve dans l'incapacité de produire un document relatif aux promotions ; par ailleurs, la société Orange ne produit pas la dernière liste des agents promus qui ne doit pas encore être écrasée numériquement ; enfin, si la liste des candidats promus n'est pas conservée, elle doit détenir les décisions de promotion susceptibles de répondre à la demande.

Par des mémoires en défense enregistrés les 2 mars 2021 et 21 avril 2021, la société Orange, représentée par Me Guillaume et Me de Saint-Pern, conclut au rejet de la requête et à ce que le requérant lui verse la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la demande de communication des documents apportant la preuve de la publication des communiqués de promotions de la DESI ainsi que ceux relatifs à la tenue des processus " reconnaissance des compétences " et " aptitudes et potentiel ", est irrecevable faute de saisine préalable de la commission d'accès aux documents administratifs ;

- elle ne dispose pas des comptes rendus d'entretiens professionnels de M. A pour les années 2005 et 2006 ; si les entretiens professionnels des salariés et fonctionnaires d'Orange sont maintenant conduits grâce à l'outil informatique " El Performance ", tel n'était pas le cas en 2005 et 2006, années au cours desquelles les entretiens étaient encore conduits sur papiers libres et il apparaît qu'ils sont manquants dans le dossier administratif de M. A ; contrairement à ce que soutient le requérant, elle a diligenté les moyens nécessaires pour retrouver la totalité de son dossier administratif ; elle n'a pas conservé ses comptes rendus d'entretiens professionnels pour les années 2005 et 2006, ce qui n'est pas surprenant passé une quinzaine d'années pour des documents établis sur papier libre, mais il est étonnant que le requérant n'ait pas conservé dans ses archives personnelles de tels documents ;

- les documents apportant la preuve de la publication des communiqués de promotions de la DESI étaient, en tout état de cause, publiés sur son intranet avant d'être écrasés et il n'existe pas de preuve de leur publication ; à la suite d'une refonte de ses intranets, l'ensemble des historiques de la rubrique " ressources humaines " a été supprimé en juillet 2019 ;

- les documents relatifs à l'organisation des concours et examens professionnels et la liste des candidats admis ou reçus n'ont jamais existé ; si l'article 4 du décret du 29 juillet 2004 dispose que les cadres de premier niveau sont recrutés par concours interne et examen professionnel, la société France Télécom, devenue Orange, a cessé d'organiser des concours et examens professionnels depuis l'accord social d'entreprise du 9 janvier 1997, prévoyant que les promotions individuelles sont fondées sur les processus de " Reconnaissance des compétences " et " aptitude et potentiel ", qui consistent en une présélection sur dossier et à un entretien avec un jury ;

- la liste des candidats promus était publiée à l'occasion de chaque promotion de la DESI sur son intranet, mais les publications des années suivantes ont " écrasé " les publications précédentes de sorte que ces documents ont été détruits numériquement.

Vu :

- l'avis n°20202414 du 24 septembre 2020 de la commission d'accès aux documents administratifs ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme B pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mathé, magistrate désignée,

- les conclusions de M. Armand, rapporteur public,

- et les observations de Me Lerat, représentant M. A, et Me de Saint-Pern, représentant la société Orange.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 2 octobre 2019, M. C A, fonctionnaire affecté au sein de la direction de l'exploitation du système d'information (DESI) de la société Orange, a demandé au président de cette société de lui communiquer son entier dossier administratif. Par un courriel du 16 octobre 2019, la directrice des ressources humaines de la DESI lui a proposé un rendez-vous afin de consulter sur place son dossier administratif. En l'absence de concrétisation de ce rendez-vous, elle lui a transmis, par un courrier du 27 novembre 2019, les documents composant son dossier administratif. Par un courrier du 20 mai 2020, M. A, estimant que certains documents étaient manquants, a demandé la communication des " entretiens professionnels ainsi que tout document relatif à l'appréciation de sa valeur professionnelle pour les années 2004 à ce jour ", ainsi que " l'ensemble des documents permettant de vérifier la mise en œuvre des voies de promotion interne depuis 1998 pour le concours interne et depuis l'année 2002 pour l'examen professionnel ", avant de préciser souhaiter obtenir la communication de " tous documents permettant de vérifier que les voies de promotion interne (concours et examen professionnel) ont été organisées pour l'accès au grade de cadre de premier niveau pendant la période de 1998 à ce jour (notes RH, fiches de candidature de M. A etc.) pour le concours et pendant la période de 2002 à ce jour pour l'examen professionnel ; l'ensemble des listes de candidats admis au concours interne sur la période de référence, documents permettant de vérifier leur profil pour la période de 1998 à ce jour et liste des agents promus ; l'ensemble des listes de candidats reçus à l'issue des épreuves de l'examen professionnel à compter de l'année 2002 jusqu'à ce jour et liste des agents promus ". Par un courrier du 31 juillet 2020, la directrice des ressources humaines de la DESI lui a transmis ses comptes rendus d'entretien professionnels depuis 2007, les communiqués de promotion de la DESI depuis 2006 et a précisé que M. A ne s'était porté candidat sur aucun de ces postes. Le 28 juillet 2020, M. A a saisi la commission d'accès aux documents administratifs, qui a émis, le 24 septembre 2020, un avis favorable à sa demande, sous certaines réserves. A la suite du silence gardé par la société Orange pendant deux mois à la suite de l'enregistrement de la demande d'avis par la commission d'accès aux documents administratifs, une décision implicite de rejet est née. M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre ". Aux termes de l'article L. 300-2 de ce code : " Sont considérés comme documents administratifs, au sens des titres Ier, III et IV du présent livre, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ou les personnes de droit privé chargés d'une telle mission () ". Aux termes de l'article L. 311-6 du même code : " Ne sont communicables qu'à l'intéressé les documents administratifs : / 1° Dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée, au secret médical et au secret des affaires () / 2° Portant une appréciation ou un jugement de valeur sur une personne physique, nommément désignée ou facilement identifiable ; / 3° Faisant apparaître le comportement d'une personne, dès lors que la divulgation de ce comportement pourrait lui porter préjudice. () ".

3. Il résulte de ces dispositions que les documents composant le dossier d'un agent public, comme c'est le cas de M. A, sont des documents administratifs en principe communicables à celui-ci. Toutefois, ces dispositions n'imposent pas à l'administration d'élaborer un document dont elle ne disposerait pas pour faire droit à une demande de communication. En revanche, constituent des documents administratifs au sens de ces dispositions les documents qui peuvent être établis par extraction des bases de données dont l'administration dispose, si cela ne fait pas peser sur elle une charge de travail déraisonnable.

4. En premier lieu, il est constant que la société Orange a communiqué à M. A ses comptes rendus d'entretien professionnel demandés, à l'exception de ceux des années 2005 et 2006. Pour justifier cette absence de communication, la société Orange fait valoir, sans être utilement contredite, que si les entretiens professionnels de ses salariés et fonctionnaires sont désormais conduits grâce à l'outil informatique " El Performance ", cela n'était pas le cas pour les deux années en cause, au cours desquelles ces documents étaient édifiés sur papier libre, et qu'elle a diligenté les moyens nécessaires pour retrouver ces documents datant de plus de quinze ans, sans succès. Dans ces conditions, la perte de ces documents doit être regardée comme établie. Par suite, la société Orange étant dans l'impossibilité matérielle de communiquer les documents en cause à M. A, son refus n'est pas entaché d'illégalité.

5. En deuxième lieu, pour justifier du refus de communication des " documents apportant la preuve de la publication des communiqués de promotions de la DESI ", la société Orange fait notamment valoir, sans être contredite, qu'ils étaient publiés sur l'intranet et que la refonte de l'ensemble des intranets a entraîné la suppression des historiques de la rubrique " ressources humaines " en juillet 2019, et produit une attestation en ce sens de la responsable du pôle communication interne de sa direction technique et du système d'information du 8 mars 2021. Dès lors qu'il n'est ni établi, ni même soutenu, que les documents mentionnés ci-dessus pouvaient être établis par extraction des bases de données dont la société Orange dispose sans faire peser sur elle une charge de travail déraisonnable, celle-ci doit être regardée comme étant dans l'impossibilité matérielle de les communiquer. Son refus de les communiquer n'est, dès lors, pas entaché d'illégalité.

6. En troisième lieu, pour justifier de l'absence de communication des documents relatifs à l'organisation des concours et examens professionnels et la liste des candidats admis ou reçus depuis 1998, la société Orange fait valoir, sans être utilement contredite, que si l'article 4 du décret du 29 juillet 2004 prévoit que les cadres de premier niveau sont recrutés par concours interne et examen professionnel, la société France Télécom, devenue la société Orange, a cessé d'organiser des concours et examens professionnels depuis l'accord social d'entreprise du 9 janvier 1997 prévoyant que les promotions individuelles sont fondées sur les processus de " reconnaissance des compétences " et " aptitude et potentiel ", qui consistent en une présélection sur dossier et à un entretien avec un jury, et que les documents ainsi demandés sont inexistants. Contrairement à ce que soutient le requérant, il ne ressort pas des pièces du dossier que ce processus de recrutement serait assimilable à un examen professionnel et, à supposer même que cela soit le cas, il n'est pas établi, ni même soutenu, que les documents relatifs à l'organisation de ce processus de recrutement et la liste des candidats reçus seraient existants. Dans ces conditions, la société Orange devant être regardée comme étant dans l'impossibilité matérielle de satisfaire la demande de communication formulée par M. A, le refus de lui communiquer les documents mentionnés ci-dessus n'est pas non plus entaché d'illégalité.

7. En dernier lieu, pour justifier du refus de communiquer la liste des candidats promus, la société Orange fait valoir que celle-ci était publiée à l'occasion de chaque promotion de la DESI sur son intranet avant d'être " écrasée " par celle de l'année suivante et d'être ainsi détruite numériquement. Le requérant ne conteste pas que la société Orange ne détient plus ce document, et s'il soutient qu'elle doit détenir les décisions de promotion susceptibles de répondre à sa demande de communication, il ne ressort pas des pièces du dossier que de tels documents seraient existants ni que la société Orange serait en mesure d'établir la liste des candidats promus par extraction de ses bases de données sans que cela fasse peser sur elle une charge de travail déraisonnable. Dans ces conditions, la société Orange devant être regardée comme étant dans l'impossibilité matérielle de communiquer le document en cause, son refus de le communiquer n'est, là encore, pas entaché d'illégalité.

8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par la société Orange, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision implicite du 28 septembre 2020 par laquelle le président de la société Orange a refusé de lui communiquer des documents administratifs.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Compte tenu de ses motifs, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Orange, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande le requérant au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En outre, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme que demande la société Orange au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la société Orange sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la société Orange.

Copie en sera adressée pour information à la commission d'accès aux documents administratifs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

La magistrate désignée,

signé

C. B La greffière,

signé

A. Gateau

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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