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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2007929

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2007929

jeudi 12 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2007929
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantALLAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 27 novembre 2020 et 25 juin 2021, M. C A, représenté par Me Allain, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er octobre 2020 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 20 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté portant refus de titre de séjour a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 313-4-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les orientations contenues dans la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- il méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 juin 2021, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 1er décembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience sur ce litige en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Entré sur le territoire français en juin 2012, selon ses déclarations, muni d'une carte de résident de longue durée-UE délivrée par les autorités italiennes, M. C A, ressortissant ivoirien né le 3 mars 1971 à Danane, a sollicité le 11 octobre 2019 son admission au séjour en France sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 313-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté du 1er octobre 2020 dont il demande l'annulation, le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 78-2020-07-31-002 du 31 juillet 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 78-2020-151 du même jour de la préfecture des Yvelines, Mme B D, directrice des migrations, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A sur lesquelles le préfet s'est fondé pour lui refuser le titre de séjour qu'il sollicitait. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constitue le fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cet acte ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-4-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " L'étranger titulaire de la carte de résident de longue durée-UE définie par les dispositions communautaires applicables en cette matière et accordée dans un autre Etat membre de l'Union européenne qui justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir à ses besoins et, le cas échéant, à ceux de sa famille ainsi que d'une assurance maladie obtient, sous réserve qu'il en fasse la demande dans les trois mois qui suivent son entrée en France et sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée : () 5° Une carte de séjour temporaire portant la mention de l'activité professionnelle pour laquelle il a obtenu l'autorisation préalable requise, dans les conditions définies, selon le cas, aux 1°, 2° ou 3° de l'article L. 313-10 ".

5. Il ressort des pièces du dossier que si M. A, entré en France pour la dernière fois en juin 2012, selon ses déclarations, est effectivement titulaire d'une carte de résident de longue durée - UE délivrée le 30 décembre 2011 par les autorités italiennes, il n'a déposé sa première demande de titre de séjour que le 18 janvier 2013, alors même qu'il travaillait en France comme chauffeur routier depuis à tout le moins le 9 juillet 2012 pour diverses sociétés sans être titulaire d'une autorisation de travail. Sa demande de titre de séjour ayant donc été déposée au-delà du délai de trois mois requis par les dispositions précitées, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en la rejetant pour ce motif, le préfet des Yvelines aurait méconnu les dispositions de l'article L. 313-4-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En quatrième lieu, les énonciations de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne constituent pas des lignes directrices dont les intéressés peuvent utilement se prévaloir devant le juge. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des énonciations de cette circulaire est inopérant pour contester la légalité du refus de séjour litigieux.

7. Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Et aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger () dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui a conclu un pacte civil de solidarité avec une ressortissante de nationalité française le 10 février 2020, soit seulement huit mois avant la date de l'arrêté attaqué, n'établit pas avoir eu avec celle-ci une communauté de vie antérieurement à cette date, depuis l'année 2017. Il ressort en outre des pièces du dossier que le requérant est père de deux enfants encore mineurs, qui résident dans son pays d'origine. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers doivent être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er octobre 2020 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

10. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par le requérant ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Blanc, président,

- Mme Lutz, première conseillère,

- Mme Degorce, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2023.

La rapporteure,

signé

Ch. ELe président,

signé

Ph. Blanc

La greffière,

Signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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