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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2007972

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2007972

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2007972
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantHALIMI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 novembre 2020, la société In'Li, représentée par Me Halimi, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :

1°) de condamner l'Etat à lui payer, en réparation du préjudice né du refus opposé par le préfet de l'Essonne à sa demande tendant ce que lui soit octroyé le concours de la force publique en vue de procéder à l'expulsion de M. A C, la somme de 13 110,53 euros au titre des loyers et charges qui auraient dû être perçus pendant la période du 29 octobre 2018 à octobre 2020, date provisoire d'arrêté des comptes, cette somme devant être assortie des intérêts au taux légal à compter du 1er novembre 2018, et, d'autre part, à titre de dommages et intérêts, la somme de 500 euros par mois de retard à compter du 1er novembre 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens de l'instance.

Elle soutient que :

- le refus opposé à la demande de l'huissier poursuivant l'exécution de la décision judiciaire d'expulsion rendue en sa faveur, tendant à obtenir le concours de la force publique pour l'exécution de cette décision, engage la responsabilité de l'Etat ;

- le montant des loyers et charges non perçus, entre le 29 octobre 2018 et octobre 2020, s'élève à la somme de 13 110,53 euros ;

- elle est en outre fondée à solliciter, à titre de dommages et intérêts, une somme de 500 euros par mois à compter du 1er novembre 2018, date du refus opposé à sa demande de concours.

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Une ordonnance du 9 septembre 2021 a clos l'instruction au 11 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Geismar, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement du 9 janvier 2018, le président du tribunal d'instance de Longjumeau a autorisé l'expulsion de M. C, locataire du logement situé 19, avenue Jean-Pierre Benard, et l'a condamné à payer à la société l'immobilière ACL PME la somme provisionnelle de 3 283,14 euros. M. C ne s'étant pas acquitté des obligations mises à sa charge, un commandement de quitter les lieux lui a été signifié le 26 juin 2018, et a été transmis au préfet de l'Essonne le 27 juin 2018. La société Immobilière ACL PME a ensuite fait requérir le concours de la force publique par acte d'huissier signifié au préfet de l'Essonne le 29 août 2018 et a réitéré cette demande le 31 juillet 2019.

2. La SA In'Li, venant aux droits de la société l'immobilière ACL PME, demande la réparation du préjudice grave et spécial résultant du refus de concours à la force publique lui ayant été opposé, et sollicite la condamnation de l'Etat au paiement de la somme de 13 110,53 euros pour la période du 29 octobre 2018 à octobre 2020 et d'assortir cette somme des intérêts au taux légal à compter du 1er novembre 2018. Elle sollicite en outre, à titre de dommages et intérêts, une indemnité de 500 euros par mois de retard à compter de cette même date.

Sur les conclusions tendant à l'octroi d'une provision :

En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :

3. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ".

4. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation ". Selon l'article L. 153-2 du même code : " L'huissier de justice chargé de l'exécution peut requérir le concours de la force publique ". Et l'article L. 411-1 de ce code prévoit : " Sauf disposition spéciale, l'expulsion d'un immeuble ou d'un lieu habité ne peut être poursuivie qu'en vertu d'une décision de justice ou d'un procès-verbal de conciliation exécutoire et après signification d'un commandement d'avoir à libérer les locaux ". Aux termes de l'article R. 153-1 du même code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet / La réquisition contient une copie du dispositif du titre exécutoire. Elle est accompagnée d'un exposé des diligences auxquelles l'huissier de justice a procédé et des difficultés d'exécution ".

5. Il résulte des dispositions citées au point précédent que l'autorité de police dispose, sous réserve des dispositions relatives à la trêve hivernale, d'un délai de deux mois pour assurer l'exécution forcée d'un jugement d'expulsion et que, passé ce délai, le justiciable nanti d'un tel jugement est en droit d'obtenir réparation intégrale des préjudices dont l'inexécution de la décision de justice, quelle qu'en soit la cause, est à l'origine, de manière directe et certaine.

6. Il résulte de l'instruction que, sur demande de la société l'immobilière ACL PME, aux droits de laquelle vient la société In'Li, l'huissier poursuivant l'exécution de la décision de justice mentionnée au point 1 ci-dessus a présenté au préfet de l'Essonne, le 29 août 2018, une demande tendant à l'octroi du concours de la force publique pour l'exécution de cette décision. Compte tenu du délai normal de deux mois dont dispose l'administration pour exercer, dans un tel cas de figure, son action, la responsabilité de l'Etat s'est trouvée engagée à compter du 31 octobre 2018, date du refus implicite de l'administration.

En ce qui concerne les préjudices :

S'agissant des pertes d'indemnités d'occupation et de charges :

7. Le montant dont l'Etat est redevable au titre de l'indemnité pour perte de loyers et charges équivaut à la dette locative qui, pendant la période de responsabilité, a été contractée par l'occupant vis-à-vis du bailleur. Pour calculer cette dette, il convient de prendre en considération, d'une part, le montant du loyer et des charges, après, le cas échéant, imputation de l'aide personnalisée au logement, et d'autre part, les versements effectués par le locataire durant et après la période en cause, lesquels s'imputent toutefois en priorité sur le solde de la dette à la date du début de la période de responsabilité.

8. Il résulte des indications figurant sur le relevé de compte produit par la société requérante, non contestées en défense, que les sommes dues par l'occupant au titre de la période du 29 octobre 2018 à octobre 2020 s'élèvent à 13 110,53 euros. Il résulte dès lors de l'instruction que le préjudice subi par la société requérante au titre de la perte d'indemnités d'occupation et de charges sur cette même période s'élève ainsi à 13 110,53 euros. La créance dont se prévaut la société requérante n'est donc, dans cette mesure, contestable ni dans son principe, ni dans son montant.

S'agissant de l'autre chef de préjudice :

9. Si la société requérante sollicite, à titre de dommages et intérêts, la somme de 500 euros par mois de retard à compter du 1er novembre 2018, elle n'apporte aucune précision de nature à étayer une telle demande. L'obligation, pour l'Etat, d'indemniser un tel préjudice présente ainsi un caractère contestable.

10. Il résulte de ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser à la société In'Li une provision de 13 110,53 euros à valoir sur l'indemnité à laquelle elle peut prétendre en réparation du préjudice qu'elle a subi au cours de la période du 29 octobre 2018 au 31 octobre 2020.

En ce qui concerne les intérêts :

11. La société requérante a droit aux intérêts au taux légal à compter du 11 décembre 2019, date de réception par l'administration de sa demande préalable d'indemnisation.

Sur la subrogation :

12. Il y a lieu de subordonner le versement de l'indemnité provisionnelle accordée par la présente ordonnance à la subrogation de l'État dans les droits que détiendrait la société In'Li à l'encontre de M. C et de tous occupants de son chef, à raison de l'occupation indue pour la période susvisée de responsabilité de l'État.

Sur les frais d'instance :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les dépens :

14. Si la société requérante demande que l'Etat soit condamné au paiement des dépens, elle n'en justifie pas dans la présente instance.

O R D O N N E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à la société In'Li une provision de 13 110,53 euros euros à valoir sur l'indemnité due au titre du préjudice subi par celle-ci sur la période du 29 octobre 2018 au 31 octobre 2020, cette provision devant être assortie des intérêts au taux légal à compter du 11 décembre 2019 en ce qui concerne les annuités de loyers et charges échus antérieurement à cette date et pour le surplus que représente le montant des loyers non versés jusqu'au 31 octobre 2020, à compter des dates d'échéances successives de ces loyers.

Article 2 : Le paiement de l'indemnité provisionnelle allouée par la présente ordonnance est subordonné à la subrogation de l'Etat dans les droits que la société In'Li peut détenir sur M. C au titre de l'occupation irrégulière du bien entre le 29 octobre 2018 et le 31 octobre 2020.

Article 3 : L'Etat versera à la société In'Li une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la société In'Li et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 20 septembre 2022.

La juge des référés,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au ministère de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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