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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2008026

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2008026

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2008026
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantCABINET TAITHE PANASSAC ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 novembre 2020, et 5 février 2021, la SCI Vitoria, représentée par Me Gomes, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2020 par lequel le maire des Essarts-le-Roi a rejeté sa demande de permis de construire modificatif ;

2°) d'enjoindre au maire des Essarts-le-Roi de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de la commune des Essarts-le-Roi la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un vice de procédure, au regard des dispositions des articles L. 121-1, L. 122-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, et des articles L. 424-2, R. 423-23 et R. 424-2 à R. 424-4 du code de l'urbanisme ;

- il est entaché d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article R. 423-38 du code de l'urbanisme ;

- il est entaché d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme ;

- elle est titulaire d'un permis de construire tacite ;

- le maire a commis des erreurs de droit et des erreurs d'appréciation au regard des dispositions des articles Ua2, Ua3 et Ua12 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune des Essarts-le-Roi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2021, la commune des Essarts-le-Roi, représentée par le cabinet Taithe Panassac associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SCI Vitoria au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la SCI Vitoria ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 13 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 septembre 2022 à 12 heures.

En application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, l'instruction a été rouverte A les éléments demandés en vue de compléter l'instruction.

Un mémoire présenté A la SCI Vitoria a été enregistré le 12 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Benoit, première conseillère,

- les conclusions de M. Fraisseix, rapporteur public,

- les observations de Me Gomes, représentant la SCI Vitoria, et de Me Panassac, représentant la commune des Essarts-le-Roi.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 29 septembre 2020, dont la SCI Vitoria demande l'annulation, le maire des Essarts-le-Roi a rejeté sa demande de permis de construire modificatif.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints () ". Aux termes de l'article L. 2122-29 du même code : " () Dans les communes de 3 500 habitants et plus, les arrêtés municipaux à caractère réglementaire sont publiés dans un recueil des actes administratifs dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article L. 2131-1 de ce code, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage () ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département (). / Le maire certifie, sous sa responsabilité, le caractère exécutoire de ces actes () ".

3. Par un arrêté du 22 juillet 2020, le maire des Essarts-le-Roi a donné à M. C B, en sa qualité d'adjoint au maire, signataire de la décision attaquée, délégation de fonction en matière d'urbanisme. Il ne ressort, toutefois, d'aucune pièce du dossier que cet arrêté aurait été transmis au préfet de département, et aurait fait l'objet d'une publication au recueil des actes administratifs de la commune ou d'un affichage. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit, par suite, être accueilli.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 424-2 du code de l'urbanisme : " Le permis est tacitement accordé si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue du délai d'instruction. / Un décret en Conseil d'Etat précise les cas dans lesquels un permis tacite ne peut être acquis ". Aux termes de l'article R. 423-19 du même code : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet ". Aux termes de l'article R. 423-23 de ce code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : () / b) Deux mois A () les demandes de permis de construire portant sur une maison individuelle () ; / c) Trois mois A les autres demandes de permis de construire () ". Aux termes de l'article R. 423-38 du même code : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter () du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur () une lettre () indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes ". Aux termes de l'article R. 423-41 de ce code : " Une demande de production de pièce manquante notifiée après la fin du délai d'un mois prévu à l'article R*423-38 () n'a pas A effet de modifier les délais d'instruction () ". Aux termes de l'article R. 423-42 du même code : " Lorsque le délai d'instruction de droit commun est modifié () l'autorité compétente indique au demandeur (), dans le délai d'un mois à compter () du dépôt du dossier à la mairie : / a) Le nouveau délai et, le cas échéant, son nouveau point de départ () ". Aux termes de l'article R. 423-43 de ce code : " Les modifications de délai () ne sont applicables que si les notifications prévues par la présente sous-section ont été faites () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales () ". Aux termes de l'article L. 211-2 de ce code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 4° Retirent () une décision créatrice de droits () ". Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie. Or, le respect de la procédure contradictoire prévue par les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration constitue une garantie A le titulaire du permis de construire que l'administration entend rapporter.

6. En demandant au tribunal de constater l'existence d'un permis de construire modificatif tacite, la SCI Vitoria doit être regardée comme soutenant qu'elle est titulaire d'un tel permis.

7. Il ressort des pièces du dossier que la SCI Vitoria était titulaire d'un permis de construire initial délivré le 14 septembre 2017. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier, et n'est d'ailleurs pas soutenu, que la demande de permis de construire modificatif qu'elle a présentée ne pouvait pas faire l'objet d'un permis tacite. Le récépissé de dépôt de cette demande de permis de construire indique qu'elle a été déposée le 22 juillet 2020 et que son délai d'instruction était de deux mois. A défaut, en l'espèce, d'une quelconque demande de pièces complémentaires ou d'une quelconque information modifiant le délai d'instruction notifiée au pétitionnaire dans le cadre de l'instruction de cette demande, le dossier de demande de permis de construire était réputé complet le 22 juillet 2020. Par suite, la société requérante doit être regardée comme ayant été titulaire d'un permis de construire tacite le 22 septembre 2020.

8. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué du 29 septembre 2020 rejetant cette demande de permis de construire, notifié au plus tôt à cette date, doit être regardé comme retirant ce permis de construire tacite.

9. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier, et n'est d'ailleurs pas allégué, qu'une procédure contradictoire aurait précédé ce retrait ce qui a privé la SCI Vitoria d'une garantie. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être accueilli.

En ce qui concerne la légalité interne :

10. Aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " () le permis de construire (), tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire () ".

11. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 7, il n'a pas été demandé à la société pétitionnaire de compléter son dossier de demande de permis de construire. Dès lors, en rejetant la demande de permis de construire modificatif en litige au motif que les pièces du dossier de demande étaient insuffisantes et ne permettaient pas " une bonne instruction de la demande ", le maire des Essarts-le-Roi a commis une erreur de droit au regard des dispositions de l'article R. 423-38 du code de l'urbanisme citées au point 4. Ce moyen doit être accueilli.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article Ua.2 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) des Essarts-le-Roi : " Sont autorisées sous réserve de conditions particulières les occupations et utilisations du sol suivantes : / () - Les exhaussements et affouillements du sol, à condition qu'ils contribuent à l'amélioration de l'environnement et de l'aspect paysager, ou qu'ils soient rendus nécessaires A la recherche ou la mise en valeur d'un site ou de ses vestiges archéologiques, ou A des raisons fonctionnelles ou de raccordement aux réseaux ". Il résulte des termes mêmes de cet article que les conditions qu'il pose sont alternatives.

13. Il ressort du dossier de demande de permis de construire que le projet n'implique la réalisation d'affouillements et d'exhaussements du sol que A l'aménagement de rampes d'accès aux places de stationnement sur le terrain, et la modification de la clôture située en bordure de la voie publique. Ces travaux sont ainsi nécessaires A des raisons fonctionnelles. Dès lors et en tout état de cause, en rejetant la demande de permis de construire modificatif au motif que les affouillements et exhaussements du sol rendus nécessaires par la réalisation du projet ne contribuaient pas à l'amélioration de l'environnement et de l'aspect paysager " de par leur impact sur le terrain, le végétal et le petit patrimoine ", le maire des Essarts-le-Roi a commis une erreur de droit. Ce moyen doit être accueilli.

14. En troisième lieu, aux termes de l'article Ua.3 du règlement du PLU des Essarts-le-Roi : " A les constructions situées en premier rang, par rapport à la voie principale de desserte, tout accès à une voie publique ou privée doit avoir une largeur minimale de 2,50 m. / A les constructions situées au-delà du premier rang, par rapport à la voie principale de desserte, tout accès à une voie publique ou privée doit avoir une largeur minimale de 3,50 m ".

15. Il ressort de la comparaison entre le plan de masse du permis de construire initial et celui du permis de construire modificatif que le projet en litige consiste en la modification de la clôture située en bordure de la voie publique, et notamment du portail destiné à permettre l'accès des véhicules au terrain. L'accès aux places de stationnement existantes, sur le terrain d'assiette du projet, est ainsi modifié. En revanche, aucun accès A les véhicules, propre à la construction située en second rang, n'est créé. Au demeurant, la largeur du portail correspondant à l'unique accès au terrain depuis la voie publique, présente une largeur supérieure à 3,50 mètres. Par suite, en rejetant la demande de permis de construire modificatif au motif que le projet prévoit A la construction située en second rang un accès à la voie publique dont la largeur est " par endroit " inférieure à 3,50 mètres, le maire des Essarts-le-Roi a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article Ua.3 du règlement du plan local d'urbanisme. Ces moyens doivent être accueillis.

16. En quatrième lieu, l'article Ua.12 du règlement du PLU de la commune des Essarts-le-Roi n'interdit pas la réalisation de places de stationnement en enfilade, dites commandées. Si le nombre et l'emplacement des places de stationnement ne sont pas modifiés par le projet faisant l'objet du permis de construire modificatif, en revanche l'accès aux places désignées sous les numéros 1 et 2 est modifié. L'accès à ces places sur le terrain d'assiette du projet, qui est distinct de celui des huit autres places, s'effectue en empruntant une allée présentant une pente de seulement 1 %, puis une cour, toutes deux présentant une largeur supérieure à 5 mètres, puis une portion de terrain d'une largeur supérieure à 4 mètres. La manœuvre devant être effectuée A sortir de ces places s'effectue donc sur le terrain d'assiette du projet. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait impossible A les véhicules d'effectuer une marche arrière puis de tourner vers la gauche A emprunter de nouveau la cour et l'allée en direction de l'accès au terrain. Ainsi, ces places demeurent effectivement utilisables. Les moyens tirés d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation, au regard des dispositions de l'article Ua.12 du règlement du PLU, doivent être accueillis.

17. A l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen de la requête n'est, en l'état du dossier, de nature à entraîner l'annulation de la décision attaquée.

18. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI Vitoria est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 29 septembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19. Il résulte de ce qui précède, et notamment de ce qui est dit au point 7, que le présent jugement a A effet de rétablir dans l'ordonnancement juridique le permis de construire tacitement obtenu par la SCI Vitoria le 22 septembre 2020. Par suite, les conclusions de la SCI Vitoria tendant à ce qu'il soit enjoint au maire de réexaminer sa demande, qui sont surabondantes, doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SCI Vitoria, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la commune des Essarts-le-Roi au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune des Essarts-le-Roi une somme de 1 500 euros en application des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire des Essarts-le-Roi du 29 septembre 2020 est annulé.

Article 2 : La commune des Essarts-le-Roi versera à la SCI Vitoria une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune des Essarts-le-Roi au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Vitoria et à la commune des Essarts-le-Roi.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Boukheloua, présidente,

Mme Benoit, première conseillère,

M. Maljevic, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.

La rapporteure,

signé

C. Benoit

La présidente,

signé

N. Boukheloua

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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