vendredi 27 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2008088 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | ROCHEFORT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 2 décembre 2020, le 9 mars 2022 et le 3 juin 2022, M. B A, représenté par Me Rochefort, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler pour excès de pouvoir les décisions des 8 juillet, 23 juillet et 5 novembre 2020 refusant de le titulariser comme professeur des écoles, de prolonger son stage et le licenciant ;
2°) à titre accessoire, d'enjoindre au rectorat de l'académie de Versailles de prendre une décision de prolongation de stage et de le réintégrer, à défaut, de réétudier son aptitude ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 600 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les trois décisions sont entachées d'un vice d'incompétence : elles n'ont pas été signées par l'autorité de nomination ;
- elles ne sont pas motivées ;
- l'avis rendu par le jury académique est illégal par voie d'exception.
Par des mémoires enregistrés le 10 février 2022 et le 25 avril 2022, la rectrice de l'académie de Versailles conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 29 novembre 2022, l'instruction a fait l'objet d'une clôture immédiate.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n°90-680 du 1er août 1990 relatif au statut particulier des professeurs des écoles ;
- l'arrêté du 12 mai 2010 fixant les modalités d'évaluation et de titularisation des professeurs des écoles stagiaires ;
- l'arrêté du 22 août 2014 fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation des professeurs des écoles stagiaires ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Vincent, première conseillère,
- les conclusions de Mme Ozenne, rapporteure publique,
- et les observations de Me Rochefort.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, né le 27 février 1970, docteur en sciences et diplômé en ingénierie et management des procédés, a réussi le concours de recrutement des professeurs des écoles, session 2019. Pendant son année de stage probatoire, il a d'abord été affecté à l'école primaire Alain Bashung de Vigneux-sur-Seine. A compter du 6 janvier 2020, il a été affecté à l'école primaire Jules Ferry de Draveil. A l'issue de son année de stage, sa tutrice académique a émis un rapport défavorable à sa titularisation. Par délibération du 7 juillet 2020, le jury académique a ensuite préconisé, d'une part, le refus définitif de sa titularisation, d'autre part, le non-renouvellement de son année de stage. Par courrier du 8 juillet 2020, la rectrice de l'académie de Versailles lui a alors notifié le sens de l'avis émis par le jury le 7 juillet 2020 et l'a informé qu'il ne serait pas autorisé à renouveler son année de stage. Par un arrêté du 23 juillet 2020, il a été licencié à compter du 1er septembre 2020. Il a alors formé un recours gracieux et deux recours hiérarchiques à l'encontre de ces décisions. Par un courrier du 5 novembre 2020, la rectrice a rejeté son recours gracieux. Par la présente requête, le requérant demande au tribunal d'annuler les décisions des 8 et 23 juillet 2020 prononçant son licenciement et lui refusant le renouvellement de son année de stage ainsi que la décision du 5 novembre 2020 prise sur recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 10 du décret du 1er août 1990 susvisé, dans sa version applicable au litige : " Les professeurs stagiaires accomplissent un stage d'un an. Au cours de leur stage, les professeurs stagiaires bénéficient d'une formation organisée, dans le cadre des orientations définies par l'Etat, par un établissement d'enseignement supérieur, visant l'acquisition des compétences nécessaires à l'exercice du métier. Cette formation alterne des périodes de mise en situation professionnelle dans une école et des périodes de formation au sein de l'établissement d'enseignement supérieur. Elle est accompagnée d'un tutorat et peut être adaptée pour tenir compte du parcours antérieur des professeurs stagiaires. Les modalités du stage et les conditions de son évaluation par un jury sont arrêtées conjointement par le ministre chargé de l'éducation et par le ministre chargé de la fonction publique. () ". Aux termes de l'article 13 du même décret : " Les stagiaires qui n'ont pas été titularisés peuvent être autorisés à accomplir une nouvelle année de stage. Ceux qui ne sont pas autorisés à renouveler le stage ou qui, à l'issue de la seconde année de stage, n'ont pas été titularisés, sont soit licenciés, soit réintégrés dans leur corps ou cadre d'emplois d'origine s'ils avaient la qualité de fonctionnaire () ".
3. Aux termes de l'article 8 de l'arrêté du 22 août 2014 susvisé : " Après délibération, le jury établit la liste des fonctionnaires stagiaires qu'il estime aptes à être titularisés. En outre, l'avis défavorable à la titularisation concernant un stagiaire qui effectue une première année de stage doit être complété par un avis sur l'intérêt, au regard de l'aptitude professionnelle, d'autoriser le stagiaire à effectuer une seconde et dernière année de stage. Les stagiaires qui n'ont pas été jugés aptes à être titularisés à l'issue de la première année de stage et qui accomplissent une seconde année de stage bénéficient obligatoirement d'une inspection ". Aux termes de l'article 9 du même arrêté, dans sa version applicable au litige : " Le recteur prononce la titularisation des stagiaires estimés aptes par le jury. (). Il arrête la liste des stagiaires autorisés à accomplir une seconde année de stage et la liste des professeurs stagiaires licenciés ou réintégrés dans leur corps, cadre d'emplois ou emploi d'origine ".
4. Il résulte des dispositions précitées que la rectrice ne peut titulariser un professeur des écoles stagiaire que sur proposition en ce sens du jury académique. Le jury ayant estimé que M. A n'était pas apte à être titularisé au terme de son stage, la rectrice était donc tenue de le licencier. Par conséquent, alors que le requérant n'avait pas auparavant la qualité de fonctionnaire, la rectrice avait compétence liée pour prononcer son licenciement. Il s'ensuit que les moyens tirés de ce que les décisions attaquées seraient entachées d'incompétence et de défaut de motivation sont inopérants.
5. Toutefois, l'application de la théorie de la compétence liée ne dispense pas le juge de statuer sur les moyens qui mettent en cause le bien-fondé de l'application de cette théorie aux circonstances de l'espèce. Le requérant peut dès lors utilement soulever, par voie d'exception, l'illégalité de l'avis rendu par le jury académique le 7 juillet 2020.
6. En premier lieu, le requérant soutient que le jury académique a délibéré au vu d'un dossier incomplet, l'avis rendu par l'autorité en charge de la formation du stage n'étant pas complet, faute de " visite universitaire " et de visite de son tuteur de terrain.
7. Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 22 août 2014 susvisé, dans sa version applicable au litige : " Le jury se prononce sur le fondement du référentiel de compétences prévu par l'arrêté du 1er juillet 2013 susvisé, après avoir pris connaissance des avis suivants : I. - Pour les professeurs des écoles stagiaires qui effectuent leur stage dans les écoles et établissements visés à l'article 2 du décret du 1er août 1990 susvisé : 1° L'avis de l'inspecteur de l'éducation nationale désigné par le recteur, établi sur la base d'une grille d'évaluation et après consultation du rapport du tuteur désigné par le recteur, pour accompagner le fonctionnaire stagiaire pendant sa période de mise en situation professionnelle. L'avis peut également résulter d'une inspection ; 2° L'avis de l'autorité en charge de la formation du stagiaire. II. () ".
8. Or, la rectrice fait valoir, en défense, que le jury a bien pris connaissance de l'avis rendu le 26 mai 2020 par l'autorité en charge de la formation de M. A, à savoir le directeur de l'institut national supérieur du professorat et de l'éducation (INSPé) de l'académie de Versailles dont la copie est versée au dossier. En outre, il résulte des dispositions précitées que les rapports de visite du tuteur du terrain professionnel n'ont pas nécessairement à figurer dans le dossier soumis au jury académique. De plus, il ressort clairement des pièces produites que le requérant a reçu la visite de sa tutrice du terrain professionnel à plusieurs reprises. Enfin, la circonstance que ces visites n'ont pu avoir lieu pendant la période de confinement, pendant laquelle une grande majorité des écoles était fermée, n'est pas de nature à rendre non plus le dossier incomplet. Par suite, l'arrêté du 22 août 2014 précité n'a pas été méconnu.
9. En deuxième lieu, le requérant soutient qu'il n'a pu accomplir son stage dans des conditions normales, l'empêchant ainsi de faire preuve de ses capacités. A ce titre, il n'a pas pu effectuer complétement son stage de pratique accompagné dit stage Massé pendant les quatre semaines initialement prévues. Il n'a pas non plus reçu de visites de sa tutrice de la formation universitaire et de sa tutrice du terrain professionnel pendant la période de confinement liée à la crise sanitaire, le privant ainsi de l'accompagnement dont il avait besoin. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il a reçu la visite de sa tutrice de la formation universitaire à deux reprises, en septembre 2019 et en janvier 2020, celle de sa tutrice du terrain professionnel, comme précédemment indiqué, en septembre 2019, novembre 2019 et janvier 2020, à la suite de laquelle une procédure d'alerte a été enclenchée. De plus, le protocole d'accompagnement renforcé versé au dossier indique qu'il a bénéficié d'un stage de remédiation et de pratique accompagnée les 16 et 17 décembre 2019, d'un changement d'affectation le 6 janvier 2020 pour effectuer son stage " filé ", de deux entretiens de cadrage avec l'inspecteur d'académie, le 9 décembre 2019 et le 4 février 2020 ainsi que de deux inspections, le 30 janvier 2020 et le 4 février 2020, avant la dernière inspection du 4 juin 2020, conformément aux textes précités. Il ne ressort pas, par ailleurs, des pièces du dossier et notamment des échanges de courriels fournis que sa tutrice de la formation universitaire ait été absente tout au long de la période du confinement. En tout état de cause, il n'établit pas que ces circonstances exceptionnelles l'auraient empêché de faire ses preuves, s'étant porté volontaire pour continuer à enseigner pour accueillir les enfants des soignants pendant la période de confinement et ayant d'ailleurs reçu les félicitations de sa tutrice pour son engagement et son investissement.
10. En troisième lieu, le requérant allègue " un défaut de recueil de ses observations préalable " et une absence de communication préalable de son dossier, en faisant valoir que le refus de titularisation est pour partie fondé sur des faits susceptibles de recevoir la qualification de faute disciplinaire. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que tel soit le cas. En tout état de cause, le requérant verse lui-même les pièces de son dossier ayant conduit à son refus de titularisation. Il a de plus été entendu par le jury académique conformément à l'article 6 de l'arrêté du 22 août 2014. Par suite, le moyen doit être écarté.
11. En quatrième lieu, le requérant soutient que le jury n'était pas régulièrement composé au regard des dispositions de l'article 2 de l'arrêté du 12 mai 2010 susvisé. Toutefois, ce moyen n'est pas opérant, l'arrêté applicable étant l'arrêté du 22 août 2014 susvisé dont l'article 4 a réformé la composition du jury. En tout état de cause, il ressort du procès-verbal de la délibération du jury académique que celui-ci était composé de huit personnes dont un conseiller pédagogique de circonscription de l'Essonne dont il n'est pas démontré qu'il ne serait pas enseignant maître formateur, conformément au texte précité.
12. En cinquième lieu, le requérant soutient, par voie d'exception, que la délibération du jury est insuffisamment précise sur les faits reprochés d'insuffisance professionnelle tandis que les différents rapports, sur lesquels elle s'appuie, sont entachés d'erreur manifeste d'appréciation et d'inexactitude matérielle des faits.
13. Les jurys académiques, appelés notamment à se prononcer en vue de la titularisation des professeurs stagiaires nommés dans certains corps, statuent à l'issue d'une période de formation et de stage. S'agissant non d'un concours ou d'un examen mais d'une procédure tendant à l'appréciation de la manière de servir qui doit être faite en fin de stage, cette appréciation est contrôlée par le juge de l'excès de pouvoir et peut être censurée en cas d'erreur manifeste.
14. Au cas d'espèce, il ressort de l'ensemble des différents rapports de ses tuteurs et des inspecteurs que le requérant n'a pas atteint un niveau suffisant des compétences attendues en fin de stage, malgré son investissement y compris pendant la période de confinement et sa réussite auprès de quelques élèves. Il ressort également de ces différents rapports qu'il n'a pas démontré sa capacité à gérer une classe, y compris en format réduit, ni même à assurer le niveau de sécurité requis s'agissant d'élèves de maternelle puis d'élémentaire ni à questionner et remettre en cause sa pratique professionnelle au vu des conseils qui lui ont été prodigués tout au long de son année de stage. En tout état de cause, le requérant ne peut utilement se prévaloir des appréciations portées sur sa manière de servir alors qu'il était en stage d'observation en Master II. Dès lors, et alors même qu'un protocole d'accompagnement renforcé a été mis en place dès la fin de l'année 2019 avec changement d'affectation, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la délibération du jury est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ni même d'inexactitude matérielle des faits.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre les décisions attaquées doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il en est de même des conclusions à fin d'injonction, de même que de ses conclusions sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Versailles.
Délibéré après l'audience du 13 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Gosselin, président,
Mme Vincent, première conseillère,
Mme Geismar, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.
La rapporteure,
Signé
L. Vincent
Le président,
Signé
C. GosselinLa greffière,
Signé
S. Lamarre
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026