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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2008151

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2008151

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2008151
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantANTONY KANAGARAJ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 novembre 2020, la SARL Oxygène Beauté, représentée par Me Antony Kanagaraj, demande au tribunal de la décharger de l'obligation de payer, d'une part, une somme de 17 700 euros au titre de la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail et, d'autre part, une somme de 2 553 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine prévue par l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour le recouvrement desquelles une saisie administrative à tiers détenteur lui a été notifiée par le directeur départemental des finances publiques de l'Essonne, le 30 juin 2020.

Elle soutient que :

- l'acte de saisie n'est pas signé par le comptable public ;

- les voies et délais de recours ne sont pas clairement indiqués ;

- les factures de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ne sont pas jointes à l'acte de saisie ;

- elle n'a été destinataire d'aucun titre exécutoire ;

- aucun recouvrement amiable de la dette n'a été mise en place ;

- M. B n'a jamais travaillé au sein de son établissement.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 mars 2021, le directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les moyens tirés de l'irrégularité de la saisie à tiers détenteur ne peuvent qu'être écartés comme présentés devant une juridiction incompétente pour en connaître ;

- subsidiairement, les moyens invoqués par la SARL Oxygène Beauté ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 16 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de l'entrée et du séjour et du travail d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 décembre 2022, en présence de Mme Delannoy, greffière :

- le rapport de Mme A ;

- et les conclusions de Mme Bartnicki, rapporteure publique ;

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Beauté Oxygène exploite un salon de coiffure à l'enseigne " Coiffure Belle Mode ", situé rue du Marquis de Raies à Courcouronnes. Elle a fait l'objet d'un contrôle par les services de police, le 7 septembre 2017, qui ont constaté la présence, parmi ses employés, d'un ressortissant étranger démuni d'autorisation de travail et de titre de séjour. A la suite de ce contrôle, par une décision du 26 juin 2018, l'OFII a mis à la charge de la SARL Beauté Oxygène une contribution spéciale d'un montant de 17 700 euros en application de l'article L. 8253-1 du code du travail ainsi qu'une contribution forfaitaire d'un montant de 2 553 euros en application de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Deux titres de perception ont été émis le 10 septembre 2018, correspondant à ces deux contributions. Faute de paiement, la direction départementale des finances publiques de l'Essonne a notifié, le 30 juin 2020, une saisie à tiers détenteur à la société requérante lui indiquant le montant des contributions majoré de 10% mis en recouvrement à son encontre. Par la présente requête la SARL Beauté Oxygène demande au tribunal de la décharge des contributions dont le paiement lui a été réclamé au termes de la saisie à tiers détenteur du 30 juin 2020.

2. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. () Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : () b) Pour les créances non fiscales de l'Etat, des établissements publics de l'Etat, de ses groupements d'intérêt public et des autorités publiques indépendantes, dotés d'un agent comptable, devant le juge de droit commun selon la nature de la créance () ". Il résulte de ces dispositions que les contestations relatives à la régularité en la forme des actes de poursuite doivent être portées devant les tribunaux de l'ordre judiciaire. En conséquence, un moyen tenant à la régularité en la forme d'un tel acte ne peut être utilement soulevé à l'appui d'une contestation de l'obligation de payer, portée devant le juge administratif.

3. En premier lieu, les moyens tirés de ce que la saisie à tiers détenteur ne serait pas signée par le comptable public, qu'elle n'indiquerait pas clairement les délais et voies de recours, qu'elle ne comporterait pas en annexe les titres exécutoires émis par l'OFII et n'aurait été précédée d'aucune procédure de recouvrement amiable de la créance se rattachent à la régularité en la forme de cet acte et ne sont pas au nombre de ceux dont le juge administratif est compétent pour connaître en application de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales.

4. En second lieu, si la SARL Oxygène Beauté conteste la matérialité des faits qui lui sont reprochés, ce moyen, qui tend à remettre en cause le bien-fondé des contributions dont le recouvrement a été poursuivi par la saisie à tiers détenteur en litige, doit également être écarté comme inopérant, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales.

5. Il résulte de ce qui précède que la demande de la SARL Oxygène Beauté tendant à être déchargée de l'obligation de payer les contributions pour lesquelles une saisie administrative à tiers détenteur lui a été notifiée le 30 juin 2020 ne peut qu'être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Oxygène Beauté est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Oxygène Beauté, au directeur de l'office français de l'immigration et de l'intégration et au directeur départemental des finances publiques de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Blanc, président,

- Mme Lutz, première conseillère,

- Mme Degorce, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

La rapporteure,

signé

Ch. ALe président,

signé

Ph. Blanc

La greffière,

signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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