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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2008236

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2008236

vendredi 20 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2008236
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantCABINET HUGLO LEPAGE AVOCATS SAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 8 décembre 2020 et 14 juin 2021, Mme O E, Mme A et M. J L, Mme B et M. F P, M. K H, Mme M et M. C N, représentés par Me Lepage, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 juin 2020 par lequel le maire de Forges-les-Bains ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par Mme G en vue de procéder à la division, en trois lots à bâtir, de la parcelle cadastrée section D n° 284 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Forges-les-Bains de procéder à la communication du plan du réseau d'assainissement ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Forges-les-Bains et de Mme G une somme de 3 500 euros, chacune, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la requête est recevable, à tous égards ;

- l'arrêté est signé par une autorité incompétente dès lors que la délégation de compétence consentie à Mme Q ne précise pas suffisamment les fonctions déléguées, que cette délégation n'est pas limitée et qu'il n'est pas établi que celle-ci a été régulièrement publiée ;

- le dossier de déclaration préalable ne répond pas aux exigences des articles R. 441-9 et R. 441-10 du code de l'urbanisme dès lors, d'une part, qu'il ne comporte ni croquis, ni plan coté dans les trois dimensions, le plan de division ne permettant pas de combler cette lacune eu égard à la présence de nombreux arbres de haute tige ; d'autre part, l'identité du déclarant n'est pas rapportée, sa date de naissance n'étant pas précisée ; enfin, le dossier ne présente aucune description du projet de division ;

- l'arrêté méconnaît l'article UB III-1-1 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune, relatif aux accès, dès lors, d'une part, qu'au regard de l'étroitesse du chemin assurant la desserte du terrain, lequel est dépourvu d'espace de retournement, et alors que ce chemin dessert directement le chemin de grande randonnée " GR11 ", la réalisation des trois accès pour chacun des lots issus de la division est de nature à entraîner des risques pour la sécurité des usagers et la circulation générale ; d'autre part, la réalisation de trois accès sur la même voie publique est contraire à la règle prescrite par ces mêmes dispositions du PLU en cas de division de terrain ;

- il méconnaît l'article UB III-2-2 du même règlement en ce qu'il renvoie, d'une part, aux prescriptions émises par le syndicat de l'Orge pour la mise en place d'un système d'assainissement autonome concernant les eaux usées, en l'absence notamment de modification intervenue depuis le 25 novembre 2019, date à laquelle la commune a délivré des certificats d'urbanisme opérationnels négatifs ; ces dispositions sont, d'autre part, méconnues dès lors qu'en l'absence de réseau public de traitement des eaux pluviales sur la parcelle, la surverse de ces eaux ne pourra intervenir, ce qui causera des inondations ;

- il méconnaît l'objectif de préservation des continuités écologiques et fonctionnalités de la trame boisée et naturelle fixé par le règlement du PLU au titre de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme sur la parcelle concernée, dès lors, notamment que la division en trois lots à bâtir ne permettra pas de respecter la préservation d'un coefficient de surface de pleine terre au moins égal à 75% du terrain ;

- il méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme au regard du risque accru d'inondation créé par le projet de lotissement, ainsi qu'au regard des risques inhérents à l'accroissement de la circulation routière sur le chemin de desserte ;

- il méconnaît l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme en l'absence de prescription destinée à préserver la biodiversité présente sur le site ;

- eu égard à la qualité environnementale du site, l'arrêté méconnaît l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- le projet n'a pas donné lieu à la délivrance d'un permis d'aménager, en méconnaissance de l'article R. 421-9 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 avril 2021, la commune de Forges-les-Bains, représentée par Me Rivoire, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens développés dans la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 mai 2021, Mme G doit être regardée comme concluant au rejet de la requête et à la condamnation des requérants au versement d'une indemnité destinée à réparer le préjudice qu'elle estime avoir subi.

Elle entend s'en remettre aux développements présentés par la commune de Forges-les-Bains.

Par une ordonnance du 18 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 19 septembre 2022.

Par une lettre du 29 décembre 2022, le tribunal a invité les parties à présenter leurs observations sur la mise en œuvre éventuelle de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, dans le cas où le tribunal accueillerait les moyens tirés de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en l'absence de justification d'une publication régulière de l'arrêté de délégation de fonction du 2 avril 2014, de la méconnaissance de l'article UB III-1-1 en raison de la création de plus d'un accès à la voie publique et de la méconnaissance de l'article UB III-2-2 en raison de l'impossibilité de raccordement des futures constructions au réseau collectif d'assainissement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de M. Maitre, rapporteur public,

- et les observations de Mme N, en présence de M. N, Mme E et M. H, et celles de Me Santangelo, représentant la commune de Forges-les-Bains.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G a déposé le 18 février 2020 une déclaration préalable en vue de procéder à une division de la parcelle, cadastrée section D n° 284 sur la commune de Forges-les-Bains, en trois lots à bâtir, d'une superficie, pour l'un, de 854 mètres carrés et, pour les deux autres, de 853 mètres carrés. Par un arrêté du 2 juin 2020, le maire de Forges-les-Bains ne s'est pas opposé aux travaux mentionnés par cette déclaration préalable. Mme E, M. H, ainsi que les époux L, P et N, voisins de la parcelle concernée, ont présenté des recours gracieux contre cet arrêté de non-opposition aux travaux. Ces recours ont été implicitement rejetés. Par la présente requête, ils demandent l'annulation de l'arrêté du 2 juin 2020 de non-opposition aux travaux déclarés par Mme G.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne l'incompétence du signataire :

2. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 4 avril 2014, le maire de Forges-les-Bains a consenti à Mme Q, 4ème adjointe, une délégation de fonction, en matière d'urbanisme. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, cette délégation précise suffisamment les fonctions déléguées et ses limites. En revanche, si l'arrêté mentionne sa transmission à la sous-préfecture de Palaiseau, il n'est pas fait état de son affichage ou de sa publication au recueil des actes administratifs de la commune, laquelle ne produit, par ailleurs, aucun élément attestant de la réalisation de telles mesures. Dès lors, les requérants sont fondés à soutenir, en l'état des pièces du dossier, que la signataire de l'arrêté attaqué ne bénéficiait pas d'une délégation régulièrement publiée et qu'elle était donc incompétente.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article UB III-1-1 du règlement du PLU :

3. Aux termes de l'article L. 442-1 du code de l'urbanisme : " Constitue un lotissement la division en propriété ou en jouissance d'une unité foncière ou de plusieurs unités foncières contiguës ayant pour objet de créer un ou plusieurs lots destinés à être bâtis ". Aux termes de l'article UB III-1-1 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de Forges-les-Bains : " Pour être constructible, tout terrain doit disposer d'un accès sur une voie publique ou privée. () L'aménagement de cet accès et de son débouché sur la voie de desserte ne doit pas entraîner de risques pour la sécurité des usagers et la circulation générale, ni accentuer le risque de ruissellement. Ces risques seront appréciés en fonction de la position des accès, de leur nature et de l'intensité du trafic. / Le nombre des accès sur les voies publiques peut être limité dans l'intérêt de la sécurité publique. () Également, ils doivent être situés en des points les plus éloignés possibles des carrefours existants, des virages et autres endroits où la visibilité est mauvaise. Pour toute division de terrain, un seul accès par voie sera autorisé sur la voie publique, ou privée ".

4. Il résulte des dispositions précitées de l'article UB III-1-1 du règlement du PLU que ses auteurs ont entendu imposer, en cas de division de terrain et dans l'intérêt de la sécurité des usagers et de la circulation générale, la création d'un seul accès à la voie de desserte existante, ce qui suppose notamment l'aménagement d'une voie interne au lotissement en cas de création de plusieurs lots, ainsi que l'illustre par ailleurs le lexique du PLU. Si la commune fait valoir que la règle imposant la création d'un unique accès sur la voie de desserte existante s'appliquerait exclusivement aux opérations de lotissement, le projet en litige de division foncière d'un terrain en trois lots destinés à être bâtis constitue un lotissement au sens des dispositions de l'article L. 442-1 du code de l'urbanisme citées au point précédent. Dès lors, les requérants sont fondés à soutenir qu'en prévoyant, pour chacun des trois lots issus de l'opération de division foncière, un accès respectif au chemin du Chat-même, et non un unique accès sur ce chemin pour l'ensemble du lotissement, le projet méconnaît les dispositions précitées de l'article UB III-1-1 du règlement du PLU.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article UB III-2-2 du règlement du PLU :

5. Il résulte des dispositions du code de l'urbanisme que les lotissements, qui constituent des opérations d'aménagement ayant pour but l'implantation de constructions, doivent respecter les règles tendant à la maîtrise de l'occupation des sols édictées par le code de l'urbanisme ou les documents locaux d'urbanisme, même s'ils n'ont pour objet ou pour effet, à un stade où il n'existe pas encore de projet concret de construction, que de permettre le détachement d'un lot d'une unité foncière. Il appartient, en conséquence, à l'autorité compétente de refuser le permis d'aménager sollicité ou de s'opposer à la déclaration préalable notamment lorsque, compte tenu de ses caractéristiques telles qu'elles ressortent des pièces du dossier qui lui est soumis, un projet de lotissement permet l'implantation de constructions dont la conformité avec les règles d'urbanisme ne pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises.

6. Aux termes de l'article UB III-2-2 du règlement du PLU : " Toute construction ou installation doit être raccordée par des canalisations souterraines au réseau collectif d'assainissement, en respectant ses caractéristiques () ". S'agissant spécifiquement des eaux usées, cet article prévoit que : " Toute construction ou installation doit être raccordée par des canalisations souterraines au réseau collectif d'assainissement () ". Si le règlement d'assainissement annexé au PLU prévoit qu'une dispense de raccordement au réseau collectif peut être accordée, sur dérogation expresse de la collectivité, lorsque " la mise en œuvre des travaux de raccordement se heurte à des obstacles techniques sérieux et si le coût de mise en œuvre est démesuré ", une telle dispense vise exclusivement les constructions existantes à la date de mise en service du réseau, auxquelles un délai de deux ans a été accordé pour assurer la mise en conformité avec les exigences du PLU et du règlement d'assainissement. Enfin, les auteurs du PLU n'ont pas prévu, en zone UB, de dérogation à l'obligation de raccordement au réseau des constructions nouvelles lorsque ce réseau n'existe pas, alors qu'ils ont institué un tel dispositif dans d'autres zones.

7. En l'espèce, interrogé dans le cadre de l'instruction de la demande présentée par Mme G, le syndicat de l'Orge, en charge du réseau d'assainissement sur la commune de Forges-les-Bains, a indiqué qu'il n'existe pas de réseau de traitement des eaux usées au droit de la parcelle. Dès lors, il ne peut être regardé comme établi, en l'état des pièces du dossier, que les constructions à venir sur les lots issus de la division foncière pourront être raccordées au réseau collectif d'assainissement, ni, par suite, que le projet de lotissement en litige permet l'implantation de constructions dont la conformité avec les dispositions de l'article UB III-2-2 du règlement du PLU pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme. Les requérants sont donc fondés à soutenir que l'arrêté méconnaît, sur ce point, les dispositions de l'article UB III-2-2 du règlement du PLU.

8. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, en l'état du dossier, les autres moyens soulevés ne sont pas susceptibles d'entraîner l'annulation de l'arrêté attaqué.

9. Il résulte de ce qui précède que les requérants sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 2 juin 2020 par lequel le maire de Forges-les-Bains ne s'est pas opposé à la déclaration préalable présentée par Mme G.

Sur les conclusions reconventionnelles présentées par Mme G :

10. Si Mme G entend solliciter le bénéfice d'une indemnité destinée à réparer le préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de la présente instance, elle n'établit l'existence d'un tel préjudice, ni dans son principe, ni dans son étendue. Ses conclusions doivent donc être rejetées, sans qu'il soit besoin d'en examiner la recevabilité.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Forges-les-Bains, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme globale de 1 500 euros, à répartir à parts égales entre les requérants. Ces dispositions font par ailleurs obstacle à ce qu'il soit fait droit à la demande présentée par la commune sur ce même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 2 juin 2020 par lequel le maire de Forges-les-Bains ne s'est pas opposé à la déclaration préalable présentée par Mme G est annulé.

Article 2 : La commune de Forges-les-Bains versera aux requérants une somme globale de 1 500 euros, à répartir à parts égales entre chacun d'eaux, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Forges-les-Bains sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme O E, Mme A et M. J L, Mme B et M. F P, M. K H, Mme M et M. C N, à la commune de Forges-les-Bains et à Mme I G.

Délibéré après l'audience du 6 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Féjerdy, première conseillère,

- Mme Milon, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2023.

La rapporteure,

signé

A. D

La présidente,

signé

C. Rollet-Perraud La greffière,

signé

K. Dupré

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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