lundi 28 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2008585 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | BAUMET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 décembre 2020 et 16 mars 2021, la SCI Han. 10, représentée par Me Baumet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté ARS91-2020-VSS-S.E n° 57 du 19 octobre 2020 par lequel le préfet de l'Essonne l'a mise en demeure de faire cesser l'état de suroccupation du logement situé au 1er étage, bâtiment en fond de propriété de l'immeuble sis 54, rue de Paris à Corbeil-Essonne, aux références cadastrales n° 98 parcelles BL, et de procéder au relogement des occupants dans un délai de trois mois ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- il est intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance du principe du contradictoire et des articles L. 1331-26 et suivants du code de la santé publique, dès lors qu'elle n'a jamais été destinataire du courrier et du rapport de visite de l'ARS, n'a pas été invitée à présenter ses observations et que le conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques (CoDERST) n'a pas été consulté ;
- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 1331-23 du code de la santé publique, dès lors qu'il s'est uniquement fondé sur le critère du nombre d'occupants par rapport à la surface habitable en application de l'article D. 542-14 du code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté contesté est entaché d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation, dès lors d'une part, que M. A E n'est pas signataire du bail et réside principalement en Algérie, de sorte que le nombre d'occupants n'a été en réalité que d'un adulte et quatre enfants et, d'autre part, que les caractéristiques du logement, ses équipements et son état d'entretien répondent à l'ensemble de la règlementation applicable, en particulier les articles R. 111-1 et suivants et L. 111-6-1 du code de la construction et de l'habitation ;
- l'arrêté comporte des mentions contraires aux courriers et aux rapports de l'ARS s'agissant de la dangerosité et de l'état de l'appartement ;
- la société a présenté plusieurs offres de relogement aux locataires, qui les ont refusées, et envisage une procédure d'expulsion ;
- la décision est disproportionnée, dès lors notamment que la société se retrouve dans une situation financière difficilement soutenable alors qu'elle avait loué l'appartement à cette famille pour lui venir en aide.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 9 février et 22 juin 2021, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 30 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 septembre 2022.
Vu :
- le courrier du 16 septembre 2022 par lequel Me Baumet a informé le tribunal qu'elle ne représentait plus la SCI Han. 10 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de Mme Ghiandoni, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI Han. 10 est propriétaire d'un logement au 1er étage de l'immeuble situé 54 rue de Paris à Corbeil-Essonne. Ce logement d'environ 37 m² a été loué depuis novembre 2018 à la famille D, composée de deux adultes et cinq enfants, dont un né postérieurement à l'entrée dans les lieux, pour un loyer mensuel de 650 euros charges comprises. A la suite d'un courrier de la maison départementale des solidarités reçu le 30 juillet 2020, une visite du logement a été effectuée par les services de l'agence régionale de santé (ARS) d'Ile-de-France le 5 août 2020, qui a retenu dans son rapport du 25 août 2020 des désordres susceptibles de nuire à la santé de ses occupants et l'état de suroccupation manifeste des locaux. Par un arrêté du 19 octobre 2020, dont la SCI Han. 10 demande l'annulation, le préfet de l'Essonne l'a mise en demeure de faire cesser l'état de suroccupation du logement et d'assurer le relogement des occupants.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Benoît Kaplan, secrétaire général de la préfecture de l'Essonne, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet consentie par un arrêté n° 2020-PREF-DCPPAT-BCA-210 du 18 septembre 2020 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Essonne n° 139 spécial du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté, qui manque en fait, doit être écarté.
3. En deuxième lieu, d'une part, la société requérante ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions des articles L. 1331-26 et suivants du code de la santé publique, prévoyant une procédure contradictoire et la consultation préalable du CoDERST, qui ne s'appliquent pas à la mise en demeure prévue par l'article L. 1331-23 du même code.
4. D'autre part, si la SCI Han. 10 fait valoir que le principe du contradictoire n'a pas été respecté, il résulte de l'instruction que le courrier de l'ARS du 4 septembre 2020 communiquant à la SCI Han. 10 le rapport du 25 août 2020, l'informant de la possibilité de la mise en œuvre de la procédure prévue par l'article L. 1331-23 du code de la santé publique et l'invitant à faire valoir ses observations dans un délai de quinze jours, a été envoyé à la société au 40 rue de la Brèche des Vignes à Quincy-sous-Sénart, adresse de la société figurant tant sur le Kbis qu'elle produit que sur sa requête, que ce pli y a été présenté le 8 septembre 2020 et n'a pas été retiré, ainsi qu'en attestent les mentions, figurant sur l'avis de réception, " avisé le 08/09/20 " et " pli avisé et non réclamé ". Dans ces conditions, ce courrier doit être regardé comme ayant été régulièrement notifié à la société, qui doit être regardée comme ayant été mise en mesure de présenter ses observations avant que ne soit édicté l'arrêté attaqué. Elle n'est donc pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué serait intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière. Le moyen doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 1331-23 du code de la santé publique : " Des locaux ne peuvent être mis à disposition aux fins d'habitation, à titre gratuit ou onéreux, dans des conditions qui conduisent manifestement à leur suroccupation. Le représentant de l'Etat dans le département met en demeure la personne qui a mis les locaux à disposition dans de telles conditions de faire cesser cette situation dans un délai qu'il fixe. / La mise en demeure prévue au premier alinéa précise que, à l'expiration du délai fixé, en cas de poursuite de la mise à disposition des locaux dans des conditions qui conduisent manifestement à leur suroccupation, la personne qui a mis les locaux à disposition est redevable d'une astreinte par jour de retard dans les conditions prévues à l'article L. 1331-29-1. / Les dispositions de l'article L. 521-2 du code de la construction et de l'habitation sont applicables aux locaux visés par la mise en demeure. La personne qui a mis les locaux à disposition est tenue d'assurer le relogement des occupants affectés par l'exécution de cette mise en demeure dans les conditions prévues au II de l'article L. 521-3-1 du même code ; à défaut, les dispositions de l'article L. 521-3-2 sont applicables. ". Aux termes de l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation : " Le logement au titre duquel le droit à l'aide personnelle au logement est ouvert doit présenter une surface habitable globale au moins égale à neuf mètres carrés pour une personne seule, seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus. ".
6. Si, pour l'application de ces dispositions, la suroccupation d'un local mis à disposition aux fins d'habitation ne saurait s'apprécier uniquement en fonction de la superficie de celui-ci, du nombre de pièces le composant et du nombre de personnes l'occupant, il résulte de l'instruction, notamment des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet ne s'est pas fondé sur le seul rapport entre la superficie du logement et le nombre de personnes qui l'occupent mais a également tenu compte, notamment, de la présence d'enfants en bas âge dont la santé ne peut être garantie, de la dégradation accélérée des revêtements muraux se manifestant par la présence d'humidité, et du risque de troubles du développement et de l'apprentissage des enfants susceptibles de résulter de la promiscuité. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit donc être écarté.
7. En quatrième lieu, l'arrêté attaqué mentionne que le logement est occupé par M. A et Mme B et leurs cinq enfants, et indique que la surface de ce logement, composé de deux pièces, présente une surface habitable totale d'environ 37 m², caractérisant une situation de suroccupation manifeste. Ces éléments ressortent du rapport d'enquête du 25 août 2020 établi par la technicienne sanitaire de l'agence régionale de santé après la visite des lieux effectuée le 5 août 2020 et dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire. Cette surface est manifestement inférieure aux prescriptions de l'article R. 822-25 précité, qui impliquerait une surface minimale de 52 m² compte tenu de la composition de la famille occupante à la date de la signature du bail, soit deux adultes et quatre enfants, le cinquième enfant étant né en 2019 et n'étant pas pris en compte dans le calcul retenu par les services préfectoraux. La requérante, en se bornant à produire une attestation de sa voisine, sœur de Mme B, indiquant qu'au moment de la signature du bail M. A était en Algérie " comme c'est souvent le cas ", ne produit aucun élément de nature à contredire ces mentions, alors qu'en outre le nom de M. A est mentionné sur le bail signé le 20 novembre 2020 et sur l'état des lieux d'entrée réalisé le 18 novembre 2020 et que les signatures de deux locataires figurent sur ces documents. Au demeurant, la société ne pouvait ignorer cet état de fait, dès lors qu'elle avait demandé à percevoir directement les allocations logement versées par la caisse d'allocations familiales, dont le montant est fixé au prorata du nombre de membres de la famille, dans un formulaire mentionnant également M. A. Enfin, si la requérante soutient qu'aucun manquement dans les caractéristiques du logement, dans ses installations sanitaires et électriques comme dans son entretien n'est avéré, les éléments retenus par le préfet suffisaient à eux-seuls à prendre l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, la SCI Han. 10 n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait ou d'une erreur d'appréciation. Les moyens doivent donc être écartés.
8. En cinquième lieu, contrairement à ce que soutient la requérante, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments relevés dans le courrier et le rapport de l'ARS du 25 août 2020, ne comporte aucune mention contraire à ces documents, ni avec le courrier du 9 février 2021 ni avec le rapport établi postérieurement à la suite du contrôle réalisé le 28 janvier 2021 constatant la persistance de la suroccupation.
9. En sixième lieu, la SCI Han. 10 ne peut utilement se prévaloir de ce que les décisions attaquées sont susceptibles d'entraîner des conséquences disproportionnées sur sa situation notamment financière. En tout état de cause, cette disproportion n'est pas démontrée.
10. En dernier lieu, la société, qui indique avoir présenté plusieurs offres de relogement aux locataires, qui les ont refusées, et envisager une procédure d'expulsion à la fin de la trêve hivernale en mai 2021, doit être regardée comme soutenant que la situation ayant justifié la mise en œuvre de l'injonction prévue par l'article L. 1331-23 du code de la santé publique n'est plus constituée.
11. Saisi d'un recours de plein contentieux formé contre un arrêté préfectoral de mise en demeure pris en application des dispositions précitées de l'article L. 1331-23 du code de la santé publique afin que le propriétaire prenne les mesures appropriées aux fins de faire cesser une situation de suroccupation de son fait, le juge administratif peut être amené à constater que les mesures prescrites, qui étaient légalement justifiées lorsqu'elles ont été prises, ne sont plus nécessaires à la date à laquelle il statue.
12. En l'espèce, la requérante ne justifie pas, notamment par la production d'un état des lieux de sortie, que la famille D a quitté le logement sis 54, rue de Paris à Corbeil-Essonne.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la SCI Han. 10 tendant à l'annulation de l'arrêté du 19 octobre 2020 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions de la SCI Han. 10 à fin d'octroi d'une somme au titre des frais liés à l'instance et non compris dans les dépens, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCI Han. 10 est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Han. 10 et au ministre de la santé et de la prévention.
Copie en sera adressée au préfet de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Mégret, présidente,
Mme Rivet, première conseillère,
M. Gibelin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2022.
Le rapporteur,
signé
F. CLa présidente,
signé
S. Mégret
La greffière,
signé
Y. Bouakkaz
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026