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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2008944

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2008944

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2008944
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantAARPI RICHER & ASSOCIÉS DROIT PUBLIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 31 décembre 2020 et 30 novembre 2021, la société Sofona, représentée par l'AARPI Richer et associés droit public, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du président du conseil départemental des Yvelines du 13 novembre 2020 refusant de retirer la délibération n°2020-CP-7221.1 du 19 juin 2020 par laquelle la commission permanente du conseil départemental a décidé la cession au groupement forestier du bois de Sauvage de deux lots, sis dans l'enceinte du château de Monlieu à Emancé, correspondant aux parcelles cadastrées 0B 421, 0B 406, 413, 415, 419, 420 et 422 ;

2°) de mettre à la charge du département des Yvelines une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision litigieuse du 13 novembre 2020 a été signée par une autorité incompétente et que le département des Yvelines aurait dû retirer la délibération par laquelle il a cédé les parcelles en cause dès lors que :

- cette délibération est elle-même entachée d'incompétence : il n'est pas démontré que le conseil départemental avait délégué sa compétence à la commission permanente pour arrêter une décision de cession ;

- la présence d'un diagnostic amiante erroné a introduit une rupture d'égalité entre les candidats : elle a présenté une offre tenant compte du coût du désamiantage, alors qu'il n'est pas démontré que le projet du groupement forestier nécessitait un désamiantage ;

- la délibération en litige est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article L. 1211-1 du code général de la propriété des personnes publiques, dès lors qu'en se fondant sur un avis incomplet, la direction de l'immobilier de l'Etat (DIE) n'a pu rendre un avis sincère ;

- elle méconnaît le principe d'inaliénabilité du domaine public, dès lors que, lorsque l'offre groupement forestier du bois de Sauvage a été retenue, le 25 novembre 2019, les parcelles en vente n'avaient pas été déclassées et appartenaient donc toujours au domaine public.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 9 mars et 17 décembre 2021, le département des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par la société requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 3 décembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 décembre 2021.

Un mémoire, enregistré le 2 août 2022, a été présenté pour la société Sofona mais n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 octobre 2022, en présence de Mme Delannoy, greffière :

- le rapport de Mme C ;

- les conclusions de Mme Bartnicki, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Guiorguieff pour la société Sofona.

Considérant ce qui suit :

1. En vue de la vente des parcelles cadastrées 0B 421, 0B 406, 413, 415, 419, 420 et 422 situées dans le domaine du château de Montlieu à Emancé, le département des Yvelines a lancé, le 1er avril 2019, une procédure d'appel à candidatures, au terme de laquelle trois candidats ont présenté une offre, dont la société Sofona. Par courrier du 25 novembre 2019, cette dernière a été informée que son offre avait été rejetée, le département lui ayant en effet préféré celle du groupement forestier du bois de Sauvage. Par délibération du 19 juin 2020, la commission permanente du conseil général des Yvelines a ainsi approuvé la cession de ces parcelles moyennant un prix de 272 000 euros.

2. Par courrier du 11 septembre 2020, notifié le 15 septembre suivant, la société Sofona a sollicité du département des Yvelines qu'il procède au retrait de la délibération du 19 juin 2020. Ce recours a cependant été rejeté le 13 novembre 2020. Par la présente requête, la société Sofona demande au tribunal d'annuler le courrier du 13 novembre 2020 refusant de procéder au retrait de la délibération du 19 juin 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. D'une part, le courrier attaqué du 13 novembre 2020 a été signé par M. A B, directeur général des services, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté n°AD 2020-253 du 23 juillet 2020, régulièrement publié au bulletin officiel départemental, d'une délégation du président du conseil départemental pour signer tous arrêtés, actes, décision, correspondances et contrats se rapportant à l'administration du département des Yvelines. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et ne peut qu'être écarté.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. ". Par ailleurs, aux termes de l'article 1582 du code civil : " La vente est une convention par laquelle l'un s'oblige à livrer une chose, et l'autre à la payer. " Aux termes de l'article 1583 du même code : " Elle est parfaite entre les parties, et la propriété est acquise de droit à l'acheteur à l'égard du vendeur, dès qu'on est convenu de la chose et du prix, quoique la chose n'ait pas encore été livrée ni le prix payé. ".

5. La délibération d'un conseil municipal autorisant, décidant ou approuvant la cession d'un bien de son domaine privé dans les conditions mentionnées à l'article 1583 du code civil, constitue un acte créateur de droits dès lors que les parties ont marqué leur accord inconditionnel sur l'objet et le prix de l'opération et que la réalisation du transfert de propriété n'est soumise à aucune condition. Elle ne peut, dès lors, être retirée que si elle est illégale et si ce retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette délibération.

6. En l'espèce, il ressort des mentions de la délibération en litige que le conseil départemental des Yvelines a approuvé la vente de parcelles clairement identifiées par leur référence cadastrale, au prix proposé par l'acheteur, sans la subordonner à aucune condition particulière. Il en résulte qu'une vente parfaite a été ainsi conclue entre les parties, de sorte que la délibération du 19 juin 2020 a créé des droits au profit du groupement acquéreur et qu'elle ne pouvait faire l'objet d'un retrait, dans un délai de quatre mois, qu'à la condition qu'elle soit illégale.

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 3211-1 du code général des collectivités territoriales : " Le conseil départemental règle par ses délibérations les affaires du département dans les domaines de compétences que la loi lui attribue. () ". Aux termes de l'article L. 3213-1 du même code : " Le conseil départemental statue sur les objets suivants : 1° Acquisition, aliénation et échange des propriétés départementales mobilières ou immobilières ; () " Enfin, aux termes de l'article L. 3211-3 de ce même code : " Le conseil départemental peut déléguer une partie de ses attributions à la commission permanente, à l'exception de celles visées aux articles L. 3312-1 et L. 1612-12 à L. 1612-15. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que, par délibération n°2017-CD-1-5664.1 du 20 octobre 2017, régulièrement affichée le 25 octobre suivant, le conseil départemental des Yvelines a délégué à la commission permanente la possibilité de statuer sur l'ensemble des attributions du conseil départemental à l'exception de celles visées aux articles L. 3312-1 et L. 1612-12 à L. 1612-15 du code général des collectivités territoriales et de celles déléguées au président du conseil départemental. La commission permanente était donc notamment compétente pour décider de l'aliénation d'un bien appartenant au domaine privé du département. Par suite, le moyen tiré de ce que la délibération du 19 juin 2020 serait entachée d'incompétence manque en fait.

9. En deuxième lieu, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à une personne morale de droit public autre que l'État de faire précéder la vente d'une dépendance de son domaine privé d'une mise en concurrence préalable. Toutefois, lorsqu'une telle personne publique fait le choix, sans y être contrainte, de céder un bien de son domaine privé par la voie d'un appel à projets comportant une mise en concurrence, elle est tenue de respecter le principe d'égalité de traitement entre les candidats au rachat de ce bien.

10. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que les diagnostics techniques amiante (DTA), mis à jour en 2019 et annexés au cahier des charges d'appel à candidature auraient été erronés et qu'ils auraient entraîné une rupture d'égalité entre, d'une part, les candidats qui auraient pris en compte, dans l'établissement de leur prix d'achat, des coûts du désamiantage et, d'autre part, ceux qui n'auraient pas intégrés de tel coûts dans leur offre de prix. Par ailleurs, alors que le cahier des charges invitait les candidats à procéder à l'ensemble des vérifications et audits notamment d'ordre technique qu'ils jugeaient opportuns pour présenter une offre d'acquisition, il ne ressort pas des pièces du dossier que la société Sofona aurait entrepris de telles démarches. Au surplus et en tout état de cause, il ressort des termes mêmes du courrier du 25 novembre 2019, que le département des Yvelines ne s'est pas fondé, pour rejeter l'offre d'achat de la société requérante, sur le prix qu'elle proposait mais sur le fait que le projet pour lequel elle souhaitait acquérir les parcelles en cause lui semblait difficilement réalisable, à court terme, au regard des règles d'urbanisme et que sa priorité était de pouvoir percevoir la recette de ces ventes dans les meilleurs délais. Par suite, eu égard au motif sur lequel le département s'est fondé pour se déterminer, il ne saurait lui être fait grief d'avoir méconnu l'égalité entre les candidats. Le deuxième moyen ne peut donc qu'être également écarté.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 1211-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " La consultation de l'autorité compétente de l'Etat préalable aux acquisitions immobilières poursuivies par les collectivités territoriales, leurs groupements et leurs établissements publics a lieu dans les conditions fixées à la section 3 du chapitre unique du titre Ier du livre III de la première partie du code général des collectivités territoriales. ". Si ces dispositions sont applicables aux acquisitions immobilières réalisées par les collectivités territoriales, elles ne régissent pas en revanche les opérations par lesquelles, comme en l'espèce, une collectivité territoriale décide de céder un bien dont elle est déjà propriétaire. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est inopérant et ne peut qu'être écarté.

12. En tout état de cause, à supposer que la société Sofona ait entendu se prévaloir des dispositions de l'article L. 3213-2 du code général des collectivités territoriales, qui imposent au conseil départemental de recueillir l'avis de l'autorité compétente de l'Etat avant de pouvoir décider de la cession d'un bien du département, elle n'est pas plus fondée à invoquer une méconnaissance de ces dispositions, dès lors que le département des Yvelines a bien recueilli l'avis de la direction de l'immobilier de l'Etat, le 20 janvier 2020, sur la valeur vénale des terrains en cause préalablement à leur cession. La circonstance que cette direction ait indiqué ne pas avoir pris en compte certains surcoûts, dont celui qui serait lié à la recherche de présence d'amiante, n'est pas de nature à remettre en cause la régularité de son avis ni l'exactitude de l'évaluation de la valeur vénale à laquelle cette autorité a procédé. Le moyen doit donc être écarté.

13. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 2141-1 du code général des propriétés des personnes publiques : " Un bien d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1, qui n'est plus affecté à un service public ou à l'usage direct du public, ne fait plus partie du domaine public à compter de l'intervention de l'acte administratif constatant son déclassement. ". Aux termes de l'article L. 3111-1 du code général des propriétés des personnes publiques : " Les biens des personnes publiques mentionnées à l'article L. 1, qui relèvent du domaine public, sont inaliénables et imprescriptibles ". Il résulte de ces dispositions que les biens qui relèvent du domaine public des personnes publiques sont inaliénables et imprescriptibles. Leur cession ne peut intervenir, s'agissant de biens affectés à un service public ou à l'usage direct du public, qu'après qu'ils ont fait l'objet d'une désaffectation et d'une décision expresse de déclassement.

14. En l'espèce, contrairement à ce que soutient la société Sofona, le courrier du 25 novembre 2019 adressé au groupement forestier du bois de Sauvage par le président du conseil départemental pour l'informer que son offre avait été retenue, est dépourvu, en lui-même, de toute portée juridique, dès lors que seul le conseil départemental était compétent pour se prononcer sur la cession d'un bien appartenant au département. Par ailleurs, les parcelles en litige, dont le principe de la cession au groupement forestier a été entériné par la délibération de la commission permanente du 19 juin 2020, avaient été au préalable déclassées du domaine public départemental par la délibération du 15 mai 2020. Ainsi, la société Sofona n'est pas fondée à soutenir que la cession litigieuse aurait porté sur des parcelles qui auraient encore fait partie du domaine public et auraient été inaliénables. Ce dernier moyen ne peut donc qu'être écarté comme manquant en fait.

15. Alors que la délibération de la commission permanente du 19 juin 2020 n'est entachée d'aucune illégalité, il résulte de ce qui précède que la société Sofona n'était pas fondée à en demander le retrait. Par voie de conséquence, elle n'est pas non plus fondée à demander l'annulation de la décision du 13 novembre 2020 rejetant sa demande de retrait de cette délibération.

Sur les frais d'instance :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge du département des Yvelines, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société Sofona demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Sofona est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Sofona et au département des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Blanc, président,

- Mme Lutz, première conseillère,

- Mme Degorce, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La rapporteure,

signé

Ch. CLe président,

signé

Ph. Blanc

La greffière,

signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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