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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2100139

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2100139

vendredi 21 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2100139
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantARVIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 janvier 2021, l'association sociale nationale internationale tzigane (ASNIT), Mme B E, M. C D et M. A D, représentés par Me Benoit Arvis, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPSEO) a prononcé l'extension de l'aire d'accueil des gens du voyage située sur le territoire de la commune de Buchelay, l'arrêté du 23 juillet 2020 par lequel le maire de Buchelay a accordé un permis d'aménager à la communauté urbaine GPSEO pour procéder à l'extension de l'aire d'accueil des gens du voyage sur la commune, le marché par lequel la communauté urbaine GPSEO a procédé à l'achat de travaux et fournitures nécessaires à la réalisation des travaux de construction d'une extension de l'aire d'accueil des gens du voyage à Buchelay, ainsi que la décision par laquelle la communauté urbaine GPSEO a décidé de procéder à la fermeture de l'aire d'accueil des gens du voyage de Buchelay, révélée par une note transmise le 30 octobre 2020 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat et la communauté urbaine de GPSEO une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la requête est recevable ; ils ont intérêt à agir ; ils ne peuvent produire les décisions attaquées ;

- s'agissant de la décision de procéder à l'extension de l'aire d'accueil des gens du voyage : elle est prise par une autorité incompétente ; elle méconnaît l'article 1er de la loi du 5 juillet 2000, car il n'est pas établi que le schéma départemental ait fait l'objet d'une révision pour la période 2020-2026, et que le schéma ne prévoit pas l'extension de l'aire d'accueil de Buchelay ; la décision a été adoptée sans consultation préalable de la commission consultative ; la décision est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- s'agissant de la décision de procéder à la fermeture de l'aire d'accueil des gens du voyage de Buchelay : elle est entachée d'incompétence ; elle méconnaît l'article 4 du décret du 26 décembre 2019, car il n'est pas établi que GPSEO ait obtenu une dérogation du préfet lui permettant de procéder à la fermeture de l'aire pendant plus d'un mois ; le délai de deux mois pour prévenir les occupants de l'aire n'a pas été respecté ; le gestionnaire n'a pas correctement informé le préfet de cette fermeture au plus tard trois mois avant cette dernière ; la décision méconnaît les obligations prévues par le schéma départemental ; elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision d'extension de l'aire d'accueil ;

- s'agissant de la décision accordant un permis d'aménager à GPSEO : elle est entachée d'incompétence ; la procédure prévue à l'article R. 423-9 du code de l'urbanisme n'a pas été respectée ; les procédures prévues par les articles R. 423-16 et R. 423-74 du même code n'ont pas été respectées ; le permis est illégal en raison de l'insuffisance du dossier de demande ; le permis méconnaît le règlement de zone ; il est illégal en raison de l'illégalité de la décision d'extension de l'aire d'accueil ;

- s'agissant de l'illégalité du marché public passé par GPSEO : elle est entachée d'incompétence ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

L'ASNIT a produit un mémoire, enregistré le 26 septembre 2022, qui n'a pas été communiqué.

Par un mémoire enregistré le 15 septembre 2021, la communauté urbaine GPSEO, représentée par Me Karine Destarac, conclut au rejet de la requête ainsi qu'à la mise à la charge de chacun des requérants de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête, qui est collective réelle, est irrecevable ; elle concerne deux décisions sans lien suffisant entre elles, à savoir la décision de l'extension de l'aire d'accueil, et le permis d'aménager ;

- le recours dirigé contre la décision prononçant l'extension de l'aire d'accueil est irrecevable, car tardive ;

- le recours dirigé contre le permis d'aménager du 23 juillet 2020 est irrecevable car tardif ;

- la requête est irrecevable faute d'intérêt à agir des requérants ; le représentant de l'association ASNIT ne justifie pas de sa capacité à agir ;

- les moyens de la requête doivent être écartés.

Par un mémoire enregistré le 12 avril 2022, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, faute d'intérêt à agir des requérants ; le recours est tardif ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fejérdy, première conseillère,

- les conclusions de M. Maitre, rapporteur public,

- et les observations de Me Arvis et Me Bourgeois, représentant les requérants, et de Me Gonnet, représentant la communauté urbaine GPSEO.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 31 janvier 2019, le bureau communautaire de la communauté urbaine de GPSEO a autorisé son président à déposer une demande de permis d'aménager pour l'extension de l'aire d'accueil des gens du voyage située sur le territoire de la commune de Buchelay. Par décision du 23 juillet 2020, le permis d'aménager a été délivré à la communauté urbaine. Enfin, par arrêté du 31 juillet 2020, le président de la communauté urbaine a fermé temporairement l'aire d'accueil, dans l'attente de la réalisation des travaux. L'ASNIT, Mme E, M. D et M. D demandent l'annulation de la décision de procéder à l'extension de l'aire d'accueil, de la décision délivrant le permis d'aménager, du marché relatif aux travaux et fournitures nécessaires à la réalisation des travaux, ainsi que de la décision de fermeture temporaire de l'aire d'accueil.

Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre le marché et contre la décision de fermeture de l'aire d'accueil :

2. Les conclusions d'une requête collective, qu'elles émanent d'un requérant qui attaque plusieurs décisions ou de plusieurs requérants qui attaquent plusieurs décisions, sont recevables dans leur totalité si elles présentent entre elles un lien suffisant.

3. Les conclusions visées ci-dessus sont sans lien suffisant avec le présent litige, qui concerne la décision d'extension de l'aire d'accueil de Buchelay, et le permis d'aménager relatif à cette extension. Les requérants ont au demeurant régularisé leur demande, en présentant deux requêtes distinctes, dirigées d'une part contre le marché, et d'autre part contre la décision de fermeture de l'aire d'accueil, requêtes enregistrées respectivement sous les n°2100361 et 2100373. Par suite, les conclusions dirigées contre le marché et contre la décision de fermeture de l'aire sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre la décision d'extension de l'aire d'accueil :

4. Il ressort des pièces du dossier que, par une délibération du 31 janvier 2019, le bureau de la communauté urbaine GPSEO a autorisé son président à déposer une demande de permis d'aménager pour l'extension de l'aire d'accueil de Buchelay. Les conclusions visées ci-dessus doivent donc être regardées comme dirigées contre cette délibération, qui révèle l'existence d'une décision concomitante d'extension de l'aire d'accueil.

5. Aux termes de l'article R.421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () "

6. Il ressort des termes de la délibération qu'elle a fait l'objet des formalités de publication et d'affichage prévues à l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales dès le 7 février 2019. Il s'ensuit qu'à la date d'enregistrement de la requête, le 7 janvier 2021, le délai de recours contentieux était expiré. Les conclusions dirigées contre cette délibération sont, dès lors, tardives et irrecevables.

Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre le permis d'aménager :

7. Aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R.424-15. "

8. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des constats d'huissier produits en défense, que le permis d'aménager délivré le 23 juillet 2020 a fait l'objet d'un affichage sur le terrain sur une période continue de deux mois, du 31 juillet au 2 octobre 2020. Dès lors, à la date d'enregistrement de la requête, le 7 janvier 2021, le délai de recours contentieux était expiré. Il s'ensuit que les conclusions dirigées contre le permis d'aménager sont tardives et irrecevables.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Ces conclusions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté urbaine et de l'Etat la somme que demandent les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants la somme que demande la communauté urbaine GPSEO au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'ASNIT et autres est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la communauté urbaine GPSEO sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'Association sociale nationale tzigane, à Mme B E, à M. C D, à M. A D, à la commune de Buchelay, à la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 30 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Fejérdy, première conseillère,

- Mme Amar-Cid, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2022.

La rapporteure,

signé

B. Fejérdy

La présidente,

signé

C. Rollet-Perraud

La greffière,

signé

K. Dupré

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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