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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2100200

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2100200

vendredi 27 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2100200
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCHAPIRA-SOUFFIR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 11 janvier 2021 et le 26 mai 2021, la société IMO Cosmétique, représentée par Me Schapira-Souffir, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 31 août 2020, par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis à sa charge une somme de 72 400 euros au titre de la contribution spéciale et une somme de 5 106 euros au titre de la contribution forfaitaire, ensemble la décision du 23 novembre 2020 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'annuler les titres de perception émis le 6 octobre 2020 pour les montants respectifs de 72 400 euros et 5 106 euros et de la décharger de l'obligation de payer ces sommes ;

3°) à titre subsidiaire, de plafonner les sommes mises à sa charge et de réduire la contribution spéciale infligée au titre de l'emploi d'un de ses salariés à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions du 31 août et du 23 novembre 2020 ont été signées par une autorité incompétente ;

- elle n'a pas reçu communication du procès-verbal d'infraction ;

- les décisions contestées sont entachées d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation ;

- si le tribunal devait confirmer le principe de la sanction, les montants devraient être revus à la baisse.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 avril 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par la société requérante ne sont pas fondés.

La requête et l'ensemble de la procédure ont été communiqués au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la direction départementale des finances publiques de l'Essonne, qui n'ont pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu

- le code pénal ;

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lutz,

- les conclusions de Mme Bartnicki, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. A l'occasion de plusieurs contrôles opérés les 25 avril et 25 septembre 2019 dans deux salons de coiffure exploités par la SARL IMO COSMETIQUE, les services de police ont constaté l'emploi par celle-ci de quatre ressortissants étrangers dépourvus de titre les autorisant à travailler en France. Un procès-verbal d'infraction a été établi et transmis à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en application de l'article L. 8271-17 du code du travail. La société IMO Cosmétique demande l'annulation de la décision du 31 août 2020 par laquelle le directeur général de l'OFII a mis à sa charge, en se fondant sur ce procès-verbal, une somme de 72 400 euros au titre de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail et une somme de 5 106 euros au titre de la contribution forfaitaire mentionnée à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle demande également l'annulation de la décision du 23 novembre 2020 rejetant son recours gracieux ainsi que des deux titres de perception émis à son encontre le 6 octobre 2020 pour le recouvrement des contributions mises à sa charge.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, la décision du 31 août 2020, mettant à la charge de la société requérante les contributions litigieuses, ainsi que la décision du 23 novembre 2020 rejetant son recours gracieux, ont été signées par Mme F C, cheffe du service juridique et contentieux de l'OFII, qui bénéficiait en vertu d'une décision du 19 décembre 2019, publiée sur le site internet de cette autorité, d'une délégation de signature régulière du directeur général de l'office. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France ". L'article L. 5221-8 du même code dispose que : " L'employeur s'assure auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France, sauf si cet étranger est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi tenue par l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 ". Aux termes de l'article L. 8253-1 de ce code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux. () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine ".

4. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur une sanction prononcée sur le fondement de l'article L. 8253-1 du code du travail, d'examiner tant les moyens tirés des vices propres de la décision de sanction que ceux mettant en cause le bien-fondé de cette décision et de prendre, le cas échéant, une décision qui se substitue à celle de l'administration. Celle-ci devant apprécier, au vu notamment des observations éventuelles de l'employeur, si les faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application de cette sanction administrative, au regard de la nature et de la gravité des agissements et des circonstances particulières à la situation de l'intéressé, le juge peut, de la même façon, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, tant s'agissant du manquement que de la proportionnalité de la sanction, maintenir la contribution, au montant fixé de manière forfaitaire par les dispositions citées au point 3, ou en décharger l'employeur.

5. Il résulte de l'instruction, et en particulier du procès-verbal établi le 25 avril 2019 par les services de police à la suite du contrôle effectué au salon de coiffure Kelly Beauté, que M. A, ressortissant ivoirien, était en train de coiffer un client et que M. D, également ressortissant ivoirien, en possession des clés de la caisse et effectuant des travaux de plomberie, a été désigné par une employée comme le responsable du salon. Tous les deux étaient dépourvus de titre les autorisant à séjourner et à travailler en France et n'avaient pas été déclarés.

6. Par ailleurs, le 25 septembre 2019, ont été constatés les emplois, dans le salon coiffure Kelly Beauté, de M. B E, ressortissant congolais, ainsi que, dans un salon de coiffure situé à proximité du précédent et également exploité par la société IMO Cosmétiques, de Mme G, ressortissante camerounaise et, à nouveau, de M. D. Si M. B E avait été déclaré par l'entreprise comme employé, ces personnes étaient toutefois toutes dépourvues de titre les autorisant à séjourner et à travailler en France.

7. S'agissant de M. A, de M. D et de Mme G, la société IMO Cosmétiques soutient que le deuxième était un simple ami de passage et que les deux autres étaient uniquement présents pour les besoins de leur entretien d'embauche. Toutefois, ces seules allégations ainsi que l'attestation établie par l'un des intéressés dont se prévaut la société requérante ne sont pas de nature à établir que les constatations du procès-verbal d'infraction, qui font foi jusqu'à preuve du contraire, seraient inexactes. Notamment, le fait de se prévaloir d'un lien d'amitié sans l'étayer de manière probante est insuffisant pour remettre en cause ces constatations. Par suite, la matérialité des faits est établie.

8. Si, par ailleurs, la société requérante, pour solliciter la décharge des contributions litigieuses, invoque le fait qu'elle rencontrerait actuellement une situation économique très difficile, elle ne produit toutefois aucun élément de nature à établir l'ampleur de ces difficultés ou encore le risque d'une mise en liquidation dont elle se prévaut.

9. Il résulte de tout ce qui précède que l'OFII était fondé à mettre à la charge de la société IMO Cosmétiques les contributions prévues aux articles L. 8253-1 du code du travail et L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les conclusions aux fins de limitation des montants mis à la charge de la société :

10. D'une part, aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date des décisions contestées : " () Le montant total des sanctions pécuniaires prévues, pour l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler, au premier alinéa du présent article et à l' article L. 8253-1 du code du travail ne peut excéder le montant des sanctions pénales prévues par les articles L. 8256-2, L. 8256-7 et L. 8256-8 du code du travail ou, si l'employeur entre dans le champ d'application de ces articles, le montant des sanctions pénales prévues par le chapitre II du présent titre () ". Aux termes de l'article 8256-2 du code du travail : " Le fait pour toute personne, directement ou par personne interposée, d'embaucher, de conserver à son service ou d'employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France, en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1, est puni d'un emprisonnement de cinq ans et d'une amende de 15 000 euros ". Aux termes de l'article L. 8256-7 du même code : " Les personnes morales reconnues pénalement responsables, dans les conditions prévues par l'article 121-2 du code pénal, des infractions prévues au présent chapitre, à l'exception de l'article L. 8256-1, encourent : / 1° L'amende, dans les conditions prévues à l'article 131-38 du code pénal ; / 2° Les peines mentionnées aux 1° à 5°, 8°, 9° et 12° de l'article 131-39 du même code. / () ". Enfin, aux termes du premier aliéna de l'article 131-38 du code pénal : " Le taux maximum de l'amende applicable aux personnes morales est égal au quintuple de celui prévu pour les personnes physiques par la loi qui réprime l'infraction. ".

11. Si la société IMO Cosmétiques demande à ce que le montant des contributions mises à sa charge soit plafonné, il résulte des dispositions précitées que le montant maximum de 15 000 euros ne s'applique qu'aux personnes physiques et non, comme c'est le cas en l'espèce, aux personnes morales, pour lesquelles le montant maximum des sanctions pécuniaires prévues au premier alinéa de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à l'article L. 8253-1 du code du travail, pour l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler, est fixé au quintuple de celui fixé pour les personnes physiques.

12. Il résulte également de la combinaison des articles précités que le montant cumulé des contributions mises à la charge d'une personne morale pour l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler ne peut excéder la somme de 75 000 euros et que ce montant maximal doit s'entendre par salarié employé, et non par personne morale. La société requérante pouvait, dès lors, se voir infliger la somme de 77 506 euros au titre de la contribution spéciale pour l'emploi irrégulier de quatre travailleurs, dont deux étaient en outre dépourvus de titre de séjour, sans que les dispositions précitées aient été méconnues.

13. D'autre part, aux termes de l'article R. 8253-2 du code du travail : " I.- Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. / II.- Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : / 1° Lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ; / 2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7. / III.- Dans l'hypothèse mentionnée au 2° du II, le montant de la contribution spéciale est réduit à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne l'emploi que d'un seul étranger sans titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France ".

14. Si la société IMO Cosmétiques sollicite la minoration de la contribution spéciale appliquée pour l'emploi M. B E à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti en application de l'article R. 8253-2 du code du travail, elle n'établit pas remplir l'une des deux conditions prévues à cet article pour obtenir une telle minoration.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société IMO Cosmétiques doit être rejetée, y compris en ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société IMO Cosmétiques est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société IMO Cosmétiques, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la direction départementale des finances publiques de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Blanc, président,

- Mme Lutz, première conseillère,

- Mme Degorce, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.

La rapporteure,

Signé

F. Lutz Le président,

Signé

P. Blanc

La greffière,

Signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2100200

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