jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2100205 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CHEMIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 11 janvier et 17 septembre 2021, la société SEP Exotique, représentée par Me Chemin, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 20 octobre 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis à sa charge la somme de 36 500 euros au titre de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, ainsi que la décision du 1er décembre 2020 rejetant son recours gracieux ;
2°) d'annuler le titre de perception émis par la direction départementale des finances publiques de l'Essonne, le 19 novembre 2020, pour le recouvrement de cette somme ;
3°) à titre subsidiaire, de réduire le montant de la contribution spéciale mise à sa charge et la ramener à 15 000 euros ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions des 20 octobre et 1er décembre 2020 ont été signées par une autorité incompétente ;
- l'une des personnes contrôlées était en situation régulière et avait sollicité un titre de séjour, portant la mention " salarié ", la seconde était un client du magasin ;
- le montant de la contribution spéciale doit être plafonné à 15 000 euros dès lors qu'il n'y avait qu'un seul salarié sans titre de séjour ;
- le titre de perception a été émis par un ordonnateur incompétent.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 avril 2021, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés à l'appui de la requête ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées le 14 octobre 2022, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la société SEP Exotique tendant à l'annulation du titre de perception émis le 19 novembre 2020 en vue du recouvrement de la somme de 36 500 euros au titre de la contribution spéciale mise à sa charge par la décision du 20 octobre 2020 du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, cette société ayant omis d'exercer le recours administratif préalable obligatoire auprès de la direction départementale des finances publiques de l'Essonne, prévu à l'article 118, inséré dans la sous-section 3 "Les autre recettes" de la section 1 du chapitre 2 du titre 2 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique.
Une réponse à ce moyen d'ordre public a été enregistrée pour la société SEP Exotique le 14 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code pénal ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le décret n°2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012
- le décret n° 2013-728 du 12 août 2013 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme Bartnicki, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. A l'occasion du contrôle d'un commerce d'alimentation générale exploité par la société SEP Exotique, les services de police ont constaté la présence de deux ressortissants étrangers dépourvus de titres les autorisant à travailler en France en situation de travail illégal, M. G, ressortissant srilankais, titulaire d'un récépissé de demande de carte de séjour ne l'autorisant pas à travailler en France, déclaré, et M. F, ressortissant indien titulaire d'une attestation de demande d'asile ne l'autorisant pas à travailler en France, non déclaré. Un procès-verbal d'infraction a été établi et transmis à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), en application de l'article L. 8271-17 du code du travail. La société SEP Exotique demande l'annulation de la décision du 20 octobre 2020 par laquelle le directeur général de l'OFII a mis à sa charge la somme de 36 500 euros au titre de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, et de la décision du 1er décembre 2020 portant rejet de son recours gracieux ainsi que du titre de perception émis par la direction départementale des finances publiques de l'Essonne le 19 novembre 2020, pour le recouvrement de cette somme.
Sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions des 20 octobre et 1er décembre 2020 :
2. En premier lieu, Mme E B, cheffe du service juridique et contentieux, conseillère juridique auprès du directeur général de l'OFII, a reçu, par une décision du 19 décembre 2019, publiée sur le site internet de l'OFII, délégation à l'effet de signer, dans la limite de ses attributions, tous actes, décisions et correspondances relevant du champ de compétences du service juridique et contentieux, notamment l'ensemble des décisions relatives aux contributions spéciale et forfaitaire et aux créances salariales. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions contestées doit être écarté.
3. En second lieu, d'une part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code, dans sa rédaction applicable aux faits de l'espèce : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux. / L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et fixer le montant de cette contribution pour le compte de l'Etat selon des modalités définies par convention. / () ". Aux termes de l'article L. 8271-17 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " Outre les inspecteurs et contrôleurs du travail, les agents et officiers de police judiciaire, les agents de la direction générale des douanes sont compétents pour rechercher et constater, au moyen de procès-verbaux transmis directement au procureur de la République, les infractions aux dispositions de l'article L. 8251-1 relatif à l'emploi d'un étranger sans titre de travail et de l'article L. 8251-2 interdisant le recours aux services d'un employeur d'un étranger sans titre. ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date des décisions contestées : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. Le montant total des sanctions pécuniaires prévues, pour l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler, au premier alinéa du présent article et à l'article L. 8253-1 du code du travail ne peut excéder le montant des sanctions pénales prévues par les articles L. 8256-2, L. 8256-7 et L. 8256-8 du code du travail ou, si l'employeur entre dans le champ d'application de ces articles, le montant des sanctions pénales prévues par le chapitre II du présent titre () ". Aux termes de l'article L. 8256-2 du code du travail : " Le fait pour toute personne, directement ou par personne interposée, d'embaucher, de conserver à son service ou d'employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France, en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1, est puni d'un emprisonnement de cinq ans et d'une amende de 15 000 euros ". Aux termes de l'article L. 8256-7 du même code : " Les personnes morales reconnues pénalement responsables, dans les conditions prévues par l'article 121-2 du code pénal, des infractions prévues au présent chapitre, à l'exception de l'article L. 8256-1, encourent : / 1° L'amende, dans les conditions prévues à l'article 131-38 du code pénal ; / 2° Les peines mentionnées aux 1° à 5°, 8°, 9° et 12° de l'article 131-39 du même code. / () ". Enfin, aux termes du premier aliéna de l'article 131-38 du code pénal : " Le taux maximum de l'amende applicable aux personnes morales est égal au quintuple de celui prévu pour les personnes physiques par la loi qui réprime l'infraction. ".
5. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre une décision mettant à la charge d'un employeur la contribution spéciale prévue par les dispositions précitées pour avoir méconnu les dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail, de vérifier la matérialité des faits reprochés à l'employeur et leur qualification juridique au regard de ces dispositions. Il lui appartient également de décider, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, soit de maintenir la sanction prononcée, soit d'en diminuer le montant jusqu'au minimum prévu par les dispositions applicables au litige, soit d'en décharger l'employeur.
6. D'une part, il résulte de l'instruction, et en particulier du procès-verbal établi le 18 juin 2020 par les services de police à la suite du contrôle effectué à la société SEP Exotique, que M. G, ressortissant srilankais, et M. F, ressortissant indien, ont été contrôlés alors qu'ils travaillaient dans le magasin SEP Exotique, le premier encaissant un client et le second confectionnant des lots d'oignons dans des sacs plastiques, tout en étant démunis de titre de séjour les autorisant à travailler sur le territoire national. Si la société SEP Exotique fait valoir que M. F n'était pas un employé mais un client du magasin, l'attestation établie par ce dernier le 14 septembre 2020, selon laquelle il serait allé chercher les sachets d'oignons dans la réserve à la demande du vendeur, n'est pas suffisante, à elle seule, pour infirmer les constatations des services de police portées au procès-verbal, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire. Par ailleurs, si cette société fait également valoir que M. G était titulaire d'un récépissé de demande de titre de séjour en cours de validité, elle ne conteste pas utilement que ledit récépissé ne l'autorisait pas à travailler. Par suite, la matérialité des faits reprochés est établie.
7. D'autre part, si la société SEP Exotique demande que le montant de la contribution spéciale mise à sa charge soit plafonnée à la somme de 15 000 euros, il résulte des dispositions de l'article L. 8256-2 du code du travail précitées que ce montant maximum ne s'applique qu'aux personnes physiques et non, comme c'est le cas en l'espèce, aux personnes morales, pour lesquelles le montant maximum des sanctions pécuniaires prévues au premier alinéa de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à l'article L. 8253-1 du code du travail précitées, pour l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler, est fixé au quintuple de celui fixé pour les personnes physiques. Ce dernier moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions des 20 octobre et 1er décembre 2020 doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'annulation du titre exécutoire du 19 novembre 2020 :
9. Aux termes de l'article L. 822-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'État est ordonnateur de la contribution forfaitaire. A ce titre, il liquide et émet le titre de perception. / Sont applicables à la contribution forfaitaire prévue à l'article L. 822-2 du présent code les dispositions des articles L. 8253-1 à L. 8253-5 du code du travail en matière de recouvrement et de privilège applicables à la contribution spéciale. " Et aux termes de l'article L. 8253-1 du code du travail : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et fixer le montant de cette contribution pour le compte de l'Etat selon des modalités définies par convention. / L'Etat est ordonnateur de la contribution spéciale. A ce titre, il liquide et émet le titre de perception. / Le comptable public compétent assure le recouvrement de cette contribution comme en matière de créances étrangères à l'impôt et aux domaines ".
10. Si la société SEP Exotique conteste la compétence du signataire de l'état exécutoire au motif que seul le directeur général de l'OFII aurait la qualité d'ordonnateur pour le recouvrement de cette contribution, il résulte des dispositions mentionnées au point 9 que l'Etat est l'ordonnateur de la contribution spéciale. Dès lors, M. D C, nommé directeur de l'évaluation de la performance, des achats, des finances et de l'immobilier du ministère de l'intérieur par un décret du 29 juillet 2020, a reçu délégation à cette fin sur le fondement du décret n°2005-850 du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité des conclusions tendant à l'annulation du titre exécutoire du 19 novembre 2020, le moyen tiré de l'incompétence du signataire du titre de perception doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société SEP Exotique doit être rejetée, y compris en ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société SEP Exotique est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société SEP Exotique, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à la direction départementale des finances publiques de l'Essonne et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Dely, présidente,
- Mme Lutz, première conseillère,
- Mme Degorce, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.
La rapporteure,
signé
F. A La présidente,
signé
I. Dely
La greffière,
signé
C. Delannoy
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2100205
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026