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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2100241

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2100241

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2100241
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP DSC AVOCATS BESANCON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 janvier 2021 et 22 juillet 2021, M. A C, représenté par Me Ansquer, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 juillet 2020 par laquelle le maire de Grandchamp a refusé de lui délivrer un certificat d'urbanisme opérationnel positif pour un projet de construction d'une maison individuelle sur une parcelle cadastrée ZA n°449 située 8, route de Nogent, ainsi que la décision du 16 novembre 2020 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de Grandchamp de procéder à un nouvel examen de sa demande de certificat d'urbanisme dans un délai de dix jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Grandchamp une somme de 3 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le plan local d'urbanisme (PLU) de Grandchamp n'est pas opposable à sa demande dès lors que la délibération du 30 juin 2017 du conseil municipal de la commune l'ayant approuvé n'a pas fait l'objet des mesures de publicité requises par l'article R. 153-21 du code de l'urbanisme, notamment d'une insertion dans un journal diffusé dans le département et d'un affichage en mairie pendant un mois ;

- ce plan local d'urbanisme est, en tout état de cause, illégal, dès lors, d'une part, que la création du secteur N* et la définition par l'article N-2 de son règlement des constructions qui y sont autorisées sont insuffisamment motivées et, d'autre part, que le classement de ce secteur et en particulier de la parcelle ZA n°449 en zone naturelle est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 mars 2021 et 25 octobre 2021, la commune de Grandchamp, représentée par Me Suissa, conclut au rejet de la requête ainsi qu'à la mise à la charge du requérant de la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- M. C n'est pas recevable à se prévaloir, par voie d'exception, du caractère insuffisant du rapport de présentation ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 17 décembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 6 janvier 2022, en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Maitre, rapporteur public,

- les observations de Me Bouniol, représentant M. C et de Me de Broissia, représentant la commune de Grandchamp.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a sollicité, le 10 juin 2020, la délivrance d'un certificat d'urbanisme opérationnel, relatif à la faisabilité d'une opération de construction d'une maison à usage d'habitation sur la parcelle cadastrée section ZA n°449, située 8, route de Nogent, à Grandchamp. Il demande l'annulation du certificat d'urbanisme négatif qui lui a été délivré le 29 juillet 2020 par le maire de cette commune et de la décision du 16 novembre 2020 par laquelle ce dernier a rejeté son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation

En ce qui concerne l'entrée en vigueur du PLU :

2. Aux termes de l'article R. 153-20 du code de l'urbanisme : " Font l'objet des mesures de publicité et d'information prévues à l'article R. 153-21 : / () 2° La délibération qui approuve, révise, modifie ou abroge un plan local d'urbanisme ; () " Aux termes de l'article R. 153-21 du même code : " Tout acte mentionné à l'article R. 153-20 est affiché pendant un mois au siège de l'établissement public de coopération intercommunale compétent et dans les mairies des communes membres concernées, ou en mairie. Mention de cet affichage est insérée en caractères apparents dans un journal diffusé dans le département. / () / Chacune de ces formalités de publicité mentionne le ou les lieux où le dossier peut être consulté. / L'arrêté ou la délibération produit ses effets juridiques dès l'exécution de l'ensemble des formalités prévues ci-dessus, la date à prendre en compte pour l'affichage étant celle du premier jour où il est effectué. " Aux termes de l'article L. 153-24 de ce code : " Lorsque le plan local d'urbanisme porte sur un territoire qui n'est pas couvert par un schéma de cohérence territoriale approuvé, ou lorsqu'il comporte des dispositions tenant lieu de programme local de l'habitat, il est publié et transmis à l'autorité administrative compétente de l'Etat dans les conditions définies aux articles L. 2131-1 et L. 2131-2 du code général des collectivités territoriales. Il devient exécutoire à l'issue d'un délai d'un mois à compter de sa transmission à l'autorité administrative compétente de l'Etat. " Aux termes de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. () Le maire peut certifier, sous sa responsabilité, le caractère exécutoire de ces actes. " () ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'acte approuvant le plan local d'urbanisme d'une commune qui, comme celle de Grandchamp, compte moins de 3 500 habitants et n'est pas couverte par un schéma de cohérence territoriale, devient exécutoire un mois après sa transmission au préfet, sauf si ce dernier demande que des modifications y soient apportées, et sous réserve qu'il ait fait l'objet d'un affichage dans les conditions prévues au premier alinéa de l'article R. 153-21 du code de l'urbanisme et que mention de cet affichage ait été insérée en caractères apparents dans un journal diffusé dans le département.

4. En l'espèce, il ressort d'un certificat d'affichage signé par le maire de Grandchamp le 7 avril 2018, dont les mentions font foi et ne sont d'ailleurs pas contestées, que la délibération du 30 juin 2017 approuvant le PLU de la commune a été affichée en mairie du 31 juillet 2017 au 4 avril 2018. Il ressort, par ailleurs des pièces du dossier, qu'elle a fait l'objet d'une insertion dans l'édition des Yvelines du journal Le Parisien du 31 juillet 2017 et d'une transmission au contrôle de légalité le 26 juillet 2017. Par suite, la délibération approuvant le plan local d'urbanisme de Grandchamp était exécutoire à la date de la décision attaquée.

En ce qui concerne l'illégalité par voie d'exception du PLU de Grandchamp :

5. En vertu d'un principe général, il incombe à l'autorité administrative de ne pas appliquer un règlement illégal. Ce principe trouve à s'appliquer, en l'absence même de toute décision juridictionnelle qui en aurait prononcé l'annulation ou les aurait déclarées illégales, lorsque les dispositions d'un document d'urbanisme, ou certaines d'entre elles si elles en sont divisibles, sont entachées d'illégalité, sauf si cette illégalité résulte de vices de forme ou de procédure qui ne peuvent plus être invoqués par voie d'exception en vertu de l'article L. 600-1 du code de l'urbanisme.

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 600-1 du même code : " L'illégalité pour vice de forme ou de procédure d'un schéma de cohérence territoriale, d'un plan local d'urbanisme, d'une carte communale ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu ne peut être invoquée par voie d'exception, après l'expiration d'un délai de six mois à compter de la prise d'effet du document en cause. / Les dispositions de l'alinéa précédent sont également applicables à l'acte prescrivant l'élaboration ou la révision d'un document d'urbanisme ou créant une zone d'aménagement concerté. / Les deux alinéas précédents ne sont pas applicables lorsque le vice de forme concerne : / -soit la méconnaissance substantielle ou la violation des règles de l'enquête publique sur les schémas de cohérence territoriale, les plans locaux d'urbanisme et les cartes communales ; / -soit l'absence du rapport de présentation ou des documents graphiques ". Il en résulte que le moyen tiré de l'illégalité du PLU à raison du défaut de motivation du rapport de présentation n'est pas au nombre de ceux qui peuvent être invoqués par voie d'exception après l'expiration d'un délai de six mois à compter de la prise d'effet de ce document. Le PLU de Grandchamp étant entré en vigueur le 26 août 2017, M. C n'est pas recevable à invoquer un tel moyen par la voie de l'exception, ainsi que s'en prévaut la commune en défense.

7. En second lieu, il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

8. Aux termes de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : " Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; () 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ". Selon l'article R. 151-25 de ce code : " Peuvent être autorisées en zone N : (); / 2° Les constructions, installations, extensions ou annexes aux bâtiments d'habitation, changements de destination et aménagements prévus par les articles L. 151-11, L 151-12 et L. 151-13, dans les conditions fixées par ceux-ci. ". Selon l'article L. 151-12 du même code : " Dans les zones agricoles, naturelles ou forestières et en dehors des secteurs mentionnés à l'article L. 151-13, les bâtiments d'habitation existants peuvent faire l'objet d'extensions ou d'annexes, dès lors que ces extensions ou annexes ne compromettent pas l'activité agricole ou la qualité paysagère du site. / Le règlement précise la zone d'implantation et les conditions de hauteur, d'emprise et de densité de ces extensions ou annexes permettant d'assurer leur insertion dans l'environnement et leur compatibilité avec le maintien du caractère naturel, agricole ou forestier de la zone. () ".

9. Il ressort du rapport de présentation du PLU de Grandchamp que ses auteurs ont décidé de classer en zone naturelle, en vue de les protéger, les " entités paysagères structurant le territoire communal (massif forestier et boisements,) ", tout en permettant l'évolution " mesurée " des " constructions à vocation résidentielle " existant en son sein, par la création d'un secteur N* où sont autorisées, à titre dérogatoire, l'extension des constructions existantes, dans la limite de 20% de la surface de plancher existante à la date d'approbation du PLU et la création d'annexes dans la limite de 60 m² d'emprise au sol, de façon à ne pas " porter préjudice à la qualité du paysage environnant ". La création de ce secteur et la limitation des possibilités de construction traduisent les orientations fixées par le projet d'aménagement et de développement durables (PADD) visant à encadrer " le développement des écarts en limite du bourg () par la seule acceptation d'extensions mesurées et d'annexes de faible emprise " et à " limiter le mitage et la consommation d'espace ". Il ressort des pièces du dossier que le règlement graphique du PLU a ainsi délimité un secteur N*, constitué des parcelles cadastrées ZA n°448 à 452, qui est bordé sur trois de ses côtés d'un massif forestier de plus de 100 hectares, protégé en tant qu'espace boisé classé au titre de l'article L. 113-1 du code de l'urbanisme. Il ressort également des pièces du dossier que ce secteur se distingue de la zone urbaine qui le jouxte sur sa limite sud, par la taille des parcelles qui le composent, la faible densité des constructions qui y sont édifiées et leurs qualités paysagères. Dans ces conditions et alors même que ce secteur est raccordé aux différents réseaux et desservi par une route départementale, son classement et, en particulier, celui de la parcelle non bâtie cadastrée ZA n°449, n'apparaissent pas entachés d'erreur manifeste d'appréciation au regard de la vocation de la zone N telle que définie par l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme et du parti d'urbanisme poursuivi par les auteurs du PLU. Il ne ressort, par ailleurs, pas des pièces du dossier que les dispositions de l'article N2 du règlement du PLU seraient entachées d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 151-12 du même code qui n'autorisent pas les constructions nouvelles à usage d'habitation en zone naturelle. Enfin, M. C ne saurait utilement soutenir que ces dispositions créeraient une rupture d'égalité entre propriétaires de parcelles bâties et non bâties dès lors que les règles différentes qui s'appliquent à ces terrains trouvent leur justification dans une différence de situation en rapport direct avec l'objet de ces normes.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Grandchamp, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande le requérant au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

12. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces mêmes dispositions et de mettre à la charge du requérant la somme de 1 000 euros, à verser à la commune de Grandchamp au titre des mêmes frais.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : M. C versera à la commune de Grandchamp la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié M. A C et à la commune de Grandchamp.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Fejérdy, première conseillère ;

- Mme Amar-Cid, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.

La rapporteure,

signé

J. B

La présidente,

signé

C. Rollet-Perraud

La greffière,

signé

K. Dupré

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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