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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2100412

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2100412

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2100412
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantVOLLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 janvier 2021 et 21 janvier 2023, Mme B C, représentée par Me Volle, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 décembre 2020 par lequel le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours après l'avoir convoquée et de lui notifier une nouvelle décision dans le délai de trois mois, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le préfet n'a pas instruit sa demande de titre de séjour ;

- la décision de refus de délivrance de titre de séjour méconnait les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qui la fonde et dont elle entend également se prévaloir par la voie de l'exception.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 septembre 2021, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par Mme C sont infondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 avril 2021 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Versailles.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gibelin, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante de la République démocratique du Congo née le 6 janvier 1987, entrée en France le 22 janvier 2012 selon ses déclarations, a sollicité le renouvellement de son autorisation provisoire de séjour le 22 juin 2020 sur le fondement de l'article L. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 31 décembre 2020 le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. L'intéressée demande au tribunal d'annuler ces décisions.

2. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas, avant de prendre la décision contestée, procédé à l'instruction de la demande de titre de séjour de Mme C, ni qu'il n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

4. En l'espèce, si Mme C se prévaut de la présence en France de trois enfants, comme elle l'a indiqué dans la déclaration sur l'honneur remise au préfet lors de sa demande de titre de séjour, elle n'apporte aucun élément ni aucune pièce de nature à établir un lien familial avec les enfants nés les 17 octobre 2012 et 23 octobre 2013 dont elle se borne à produire des certificats de scolarité. Par ailleurs, elle ne justifie d'aucune autre attache en France que sa fille née le 3 avril 2015. Eu égard au jeune âge de l'enfant et dès lors qu'il n'est ni établi ni même allégué qu'elle aurait une relation affective avec son père, il n'est pas établi que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer en République démocratique du Congo. Il n'est pas davantage établi par la seule production d'un certificat médical du 12 janvier 2021 peu circonstancié, se bornant à faire état d'une prise en charge dans un service de psychiatrie infanto-juvénile, qu'elle ne pourrait pas bénéficier en République démocratique du Congo des soins que son état de santé nécessite, alors qu'au demeurant le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé qu'elle pourrait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Enfin, Mme C ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle alors qu'elle soutient résider en France depuis 2012 et n'établit pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à vingt-cinq ans. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté porte une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale et méconnait ainsi l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Les moyens doivent être écartés.

5. En dernier lieu, si la requérante excipe de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour pour demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, elle n'invoque par voie d'exception aucun autre moyen que ceux déjà développés, écartés par voie d'action. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit, dès lors, être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 31 décembre 2020 doivent être rejetées ainsi que celles, par voie de conséquence, à fin d'injonction et au titre des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Volle et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 17 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mégret, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

Le rapporteur,

signé

F. GibelinLa présidente,

signé

S. Mégret

La greffière,

signé

Y. Bouakkaz

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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