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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2100474

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2100474

vendredi 26 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2100474
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantDESCHAMPS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 21 janvier 2021 et le 14 septembre 2022, Mme B A, représentée par Me Deschamps, demande au tribunal :

1°) de désigner, avant dire droit, un expert chargé d'évaluer son état médical, de décrire et d'évaluer ses préjudices ;

2°) de condamner la commune de Montgeron à lui verser la somme de 45 595,50 euros à parfaire en réparation des préjudices subis ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Montgeron une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la commune a commis plusieurs fautes constitutives d'un harcèlement moral :

- par son manquement à l'obligation de protection due aux agents publics : elle a alerté sa direction à plusieurs reprises des souffrances endurées au sein de son service ; elle n'a pas été écoutée et a fait l'objet d'une charge de travail anormale ; les préconisations du médecin de prévention n'ont pas été mises en place ;

- elle a été isolée dans un bureau de taille inférieure aux minima requis, elle n'a pas bénéficié des formations qu'elle avait demandées, son complément indemnitaire annuel a été supprimé à partir de 2019, des congés annuels lui ont été illégalement retirés, elle a fait l'objet de reproches et propos vexatoires injustifiés ;

- ces agissements ont généré des préjudices :

· un préjudice financier lié à la perte de rémunération en 2019 et 2020 pour un montant de 600 euros ; elle a perdu des droits à congés payés engendrant un préjudice de 2 995,50 euros à parfaire ;

· un préjudice de santé en raison du suivi médical dont elle a dû faire l'objet pouvant être évalué à 2 000 euros à parfaire ;

· un préjudice moral qu'elle évalue à 20 000 euros, compte tenu de son environnement professionnel hostile, sachant qu'âgée de 59 ans, ses perspectives de carrière sont remises en cause.

Par deux mémoires en défense enregistré le 19 avril et le 28 octobre 2022, la commune de Montgeron, représentée par Me Saint-Supéry, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ; à cet égard, le recours gracieux qu'a exercé la requérante contre la décision du 24 juillet 2020 rejetant sa réclamation préalable du 23 juin 2020 n'a pu faire naître qu'une décision confirmative insusceptible de rouvrir un nouveau délai de recours ;

- à titre subsidiaire, elle n'a commis aucune faute, les agissements allégués ne sont pas établis ; la requérante est à l'origine des tensions existant au sein du service ; la réorganisation du service dont elle relève procède de l'intérêt du service ; elle n'a pas été placée au sein d'un bureau exigüe et le comité technique a émis un avis favorable à la réorganisation des services ; ses tâches n'ont pas été alourdies ; la politique de versement du complément indemnitaire annuel a été revue pour l'ensemble des agents de la collectivité en vue d'une harmonisation, ce dernier étant depuis 2019 réservé à des situations exceptionnelles et la requérante n'était pas personnellement visée ; l'attitude de ses supérieurs est toujours restée courtoise et n'a pas excédé les limites normales du pouvoir hiérarchique ;

- à titre infiniment subsidiaire, le recours à une expertise ne revêt pas de caractère utile ;

- les préjudices allégués ne sont pas établis ni leur lien de causalité avec les fautes reprochées ; en tout état de cause, le montant réclamé n'est pas justifié.

La clôture de l'instruction a été fixée au 1er décembre 2022 par une ordonnance du même jour.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Geismar, première conseillère,

- les conclusions de Mme Ozenne, rapporteure publique ;

- les observations de Me Deschamps

- et les observations de Me Clémenceau, substituant Me Saint-Supéry

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, fonctionnaire territoriale, exerce ses fonctions au sein de la commune de Montgeron depuis le 1er décembre 1987. Initialement monitrice, puis animateur, elle a été nommée rédacteur principal 1ère classe le 10 mai 2019. Elle est en arrêt de travail depuis le 4 mai 2020. Par un courrier du 23 juin 2020, elle a demandé la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa maladie et a sollicité l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de faits de harcèlement. La commune a rejeté cette demande par un courrier du 24 juillet 2020. Mme A a alors exercé un recours gracieux à l'encontre de cette décision le 16 septembre 2020, notifié le 21 septembre suivant. Ce recours a été implicitement rejeté par la commune de Montgeron. Mme A demande, par la présente requête, avant dire droit, qu'une expertise soit diligentée. En outre, elle sollicite la condamnation de la commune de Montgeron à lui verser une somme de 45 595,50 euros à parfaire au titre des préjudices subis en raison des faits de harcèlement commis par la commune.

Sur la responsabilité de la commune :

2. Aux termes de l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. ".

3. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, de tels faits répétés doivent excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.

4. Mme A soutient que la commune a commis une faute en raison des agissements commis à son égard, constitutifs de harcèlement. Elle explique avoir été isolée dans un bureau de taille inférieure aux minima requis, loin de ses collègues, sans toutefois l'établir. De plus, si elle n'a pas bénéficié des formations qu'elle avait sollicitées lors de son entretien annuel, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle ait formalisé ou réitéré cette demande. En outre, la requérante fait valoir qu'une partie de son régime indemnitaire, le complément indemnitaire annuel, lui a été retiré. Or, l'attribution de cette prime, facultative, a été supprimée au même moment, pour la majorité des agents de la commune en raison d'une modification des orientations de la ville sur ce point. De même, Mme A soutient avoir dû faire face à une charge de travail anormale, elle n'établit cependant pas que ses missions auraient été accrues ni qu'elle aurait eu à travailler au-delà de son cycle de travail habituel. A cet égard, si la requérante fait valoir qu'une semaine de congés annuels initialement octroyée lui a ensuite été retirée, il ne résulte pas des éléments produits qu'elle aurait été empêchée de prendre des congés, mais que la question de son maintien en congé, sur une semaine particulière, a été évoquée en raison des nécessités de service. Par ailleurs, Mme A souligne également avoir fait l'objet de propos humiliants de la part du directeur général des services et d'un rapport vexatoire, sans toutefois le démontrer. Sur ce point, le rapport en cause qui mentionne notamment que l'intéressée est devenue " incontrôlable ", semblant " avoir oublié toute notion de respect de la hiérarchie et des règles élémentaires de bienséance en milieu professionnel " n'excède pas les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Enfin, si la requérante allègue ne pas avoir bénéficié d'un suivi psychologique pourtant recommandé par le médecin de prévention en raison de la dégradation, ressentie, de ses conditions de travail, ce seul fait isolé ne saurait en l'espèce être regardé comme fautif. Sur ce point, il résulte de l'instruction que la requérante, après avoir alerté par courriel le maire et la direction des difficultés qu'elle rencontrait en raison de la réorganisation de son service, a obtenu des réponses rapides, dès le lendemain, et un entretien permettant de répondre à ses interrogations lui a été proposé. Dès lors, l'ensemble des faits ainsi invoqués par Mme A n'est pas de nature à faire présumer ni l'existence d'un harcèlement moral, ni l'existence d'un manquement fautif à une obligation de veiller à la santé des agents. Par suite, la requérante n'est pas fondée à engager la responsabilité de la commune de Montgeron.

Sur la réalisation d'une expertise :

5. En l'absence de faute retenue à l'encontre de la commune de Montgeron, l'expertise sollicitée par la requérante, afin d'évaluer son état médical et ses préjudices, ne revêt pas de caractère utile.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Montgeron. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante la somme que réclame la commune à ce même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Montgeron au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Montgeron.

Délibéré après l'audience du 12 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Gosselin, président,

Mme Vincent, première conseillère,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.

La rapporteure,

signé

M. Geismar Le président,

signé

C. Gosselin

La greffière,

signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2100474

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