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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2100721

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2100721

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2100721
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL GOUTAL & ALIBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 janvier 2021 et le 16 septembre 2021, M. A C, représenté par Me Savignat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 janvier 2021 par laquelle le président de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise a rejeté sa demande tendant à l'abrogation de la délibération du 16 janvier 2020 approuvant le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) en tant que celui-ci prévoit une orientation d'aménagement et de programmation (OAP) sur le secteur à Guitrancourt ;

2°) de mettre à la charge de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise une somme de 2 500 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'OAP du secteur à Guitrancourt est trop prescriptive et excède le champ de l'article L. 151-6 du code de l'urbanisme, d'une part, en ce qu'elle définit le programme de logements attendus et les conditions d'occupation de ces logements, d'autre part, en ce qu'elle interdit les lotissements et, enfin, en ce qu'elle impose une maitrise d'ouvrage communale pour une partie des logements prévus ;

- cette OAP contrarie l'objectif de préservation des trames vertes urbaines fixé par le projet d'aménagement et de développement durables (PADD) ;

- l'OAP ne fait pas l'objet de justifications suffisantes dans le rapport de présentation ;

- elle est, enfin, entachée d'erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle prévoit la création de deux accès, dont une liaison douce, depuis la sente Marabout qui est pourtant trop étroite, au regard de l'article 5.1.2.1 du règlement du PLUi, pour permettre la desserte du terrain et la création d'un accès pour véhicules depuis cette voie.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 mai 2021 et 27 septembre 2021, la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise, représentée par Me Peynet, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, faute pour le requérant de justifier de sa qualité de propriétaire des parcelles qu'il invoque ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 28 septembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 15 octobre 2021, en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B ;

- les conclusions de M. Maitre, rapporteur public ;

- les observations de Me Savignat, représentant M. C et de Me Mascré pour la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération en date du 16 janvier 2020, le conseil communautaire de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal. Par courrier du 6 novembre 2020, M. C a sollicité l'abrogation de cette délibération en tant qu'elle prévoit une orientation d'aménagement et de programmation sur le secteur à Guitrancourt. Il demande au tribunal l'annulation de la décision du 11 janvier 2021 par laquelle le président de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise a refusé l'inscription de la suppression de cette OAP à l'ordre du jour d'un prochain conseil communautaire.

Sur l'intérêt à agir du requérant :

2. La communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise se prévaut de l'irrecevabilité de la requête au motif que M. C ne justifie pas de sa qualité de propriétaire des parcelles couvertes par l'OAP litigieuse. L'intéressé produit, toutefois, en réplique l'acte d'acquisition du terrain en cause situé à Guitrancourt. La fin de non-recevoir opposée en défense doit, dès lors, être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'insuffisance du rapport de présentation :

3. Si, dans le cadre de la contestation d'un acte réglementaire intervenant après l'expiration du délai de recours contentieux contre cet acte, par la voie de l'exception ou sous la forme d'un recours pour excès de pouvoir contre le refus de l'abroger, la légalité des règles qu'il fixe, la compétence de son auteur et l'existence d'un détournement de pouvoir peuvent être utilement critiquées, il n'en va pas de même des conditions d'édiction de cet acte, les vices de forme et de procédure dont il serait entaché ne pouvant être utilement invoqués que dans le cadre d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre l'acte réglementaire lui-même et introduit avant l'expiration du délai de recours contentieux.

4. A la date d'introduction de la présente requête, le délai de recours contentieux contre la délibération du 16 janvier 2020 portant approbation du PLUi de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise était expiré. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance du rapport de présentation de ce plan en ce qui concerne l'OAP du secteur à Guitrancourt ne peut être utilement invoqué par M. C pour demander l'annulation du refus d'abroger cette délibération.

En ce qui concerne le moyen tiré du caractère trop prescriptif de l'OAP :

5. Aux termes de l'article L. 151-6 du code de l'urbanisme : " Les orientations d'aménagement et de programmation comprennent, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, des dispositions portant sur l'aménagement, l'habitat, les transports, les déplacements et, en zone de montagne, sur les unités touristiques nouvelles. " L'article L. 151-7 du même code précise que : " I. - Les orientations d'aménagement et de programmation peuvent notamment : / 1° Définir les actions et opérations nécessaires pour mettre en valeur l'environnement, notamment les continuités écologiques, les paysages, les entrées de villes et le patrimoine, lutter contre l'insalubrité, permettre le renouvellement urbain, favoriser la densification et assurer le développement de la commune ; / 2° Favoriser la mixité fonctionnelle en prévoyant qu'en cas de réalisation d'opérations d'aménagement, de construction ou de réhabilitation un pourcentage de ces opérations est destiné à la réalisation de commerces ; / 3° Comporter un échéancier prévisionnel de l'ouverture à l'urbanisation des zones à urbaniser et de la réalisation des équipements correspondants ; / 4° Porter sur des quartiers ou des secteurs à mettre en valeur, réhabiliter, restructurer ou aménager / 5° Prendre la forme de schémas d'aménagement et préciser les principales caractéristiques des voies et espaces publics ; () ".

6. En matière d'aménagement, une OAP implique un ensemble d'orientations définissant des actions ou opérations visant, dans un souci de cohérence à l'échelle du périmètre qu'elle couvre, à mettre en valeur des éléments de l'environnement naturel ou urbain ou à réhabiliter, restructurer ou aménager un quartier ou un secteur. Si les OAP peuvent, en vertu de l'article L. 151-7 du code de l'urbanisme, prendre la forme de schémas d'aménagement, ces dispositions n'ont ni pour objet ni pour effet de permettre aux auteurs du PLU, qui peuvent préciser les principales caractéristiques des voies et espaces publics, de fixer précisément, au sein de telles orientations, les caractéristiques des constructions susceptibles d'être réalisées, dont la définition relève du règlement.

7. L'OAP du secteur à Guitrancourt porte sur l'aménagement d'un terrain non bâti de 8 500 m2 au centre du village. Elle vise à définir pour ce secteur des " principes de composition d'ensemble cohérents du point de vue architectural et paysager " qui trouvent leur traduction dans un schéma d'aménagement. Elle prévoit notamment que ce secteur est destiné à l'habitation et a vocation à accueillir, au nord-ouest, 4 à 10 logements et, sur le reste du terrain, 10 à 16 maisons de typologie et de taille différenciées. Elle précise que ce programme devra comporter des logements destinés à la location et d'autres à la vente. L'OAP organise également les accès et les modes de desserte interne au terrain et prévoit la conservation des murs anciens identifiés au plan de zonage, le maintien des espaces arborés au sud-ouest du secteur et la préservation du chemin L'OAP prévoit ainsi, conformément aux dispositions précitées du code de l'urbanisme, des dispositions relatives à l'habitat et à l'aménagement du secteur visant à organiser la densification du tissu urbain, dans des conditions assurant une diversité des logements susceptibles d'y être édifiés, tant dans leur typologie que leur mode d'occupation, sans pour autant fixer précisément les caractéristiques de ces constructions. Le PLUi lui-même précise, en outre, dans sa partie consacrée aux OAP, que les " éléments de programmation sont indicatifs et constituent un ordre de grandeur du, ou des, projet(s) à réaliser. Ils doivent être respectés en termes de compatibilité () ". Par ailleurs, si l'OAP en cause indique que " l'aménagement du secteur qui se contenterait de diviser le terrain en lots à bâtir viabilisés doit être exclu ", ses dispositions prises dans leur ensemble ne peuvent être regardées comme interdisant les lotissements mais comme s'opposant à la délivrance d'une autorisation portant sur une simple division du terrain sans aménagements d'ensemble compatibles avec les " principes de composition d'ensemble " qu'elle définit. Ainsi, de telles dispositions n'excèdent pas le cadre fixé aux OAP par les articles L. 151-6 et L. 151-7 du code de l'urbanisme.

8. Les auteurs du PLUi ont, en revanche, outrepassé ce cadre légal en prévoyant qu'une partie du secteur de l'OAP en litige est destinée à la réalisation de " logements communaux " qui ne peuvent être regardés, en l'absence de toute précision complémentaire, que comme des logements dont la propriété devra in fine revenir à la commune de Guitrancourt. M. C est, par suite, fondé à se prévaloir du caractère trop prescriptif de cette OAP en tant qu'elle prévoit la réalisation de logements dit " communaux ".

En ce qui concerne la cohérence entre l'OAP et le PADD :

9. Pour apprécier la cohérence exigée au sein du PLU entre le règlement et le PADD, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le PADD, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du PLU à une orientation ou à un objectif du PADD ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.

10. Pour soutenir que les dispositions de l'OAP du secteur à Guitrancourt ne seraient pas cohérentes avec le PADD et notamment son axe 1 qui vise la préservation des continuités écologiques, M. C fait valoir que le programme de logements qu'elle prévoit conduit à supprimer la quasi-totalité des espaces boisés du terrain alors que, selon les termes mêmes de l'OAP, ils " participent à la constitution de la trame verte ". Il ressort, toutefois, des pièces du dossier que l'OAP prévoit le maintien d'une frange boisée en limite séparative sud et ouest du terrain, la préservation du chemin de la création de liaisons piétonnes enherbées le long de la voirie rejoignant cette sente ainsi que l'aménagement d'une placette centrale arborée et dispose que " les nouveaux aménagements doivent prendre en compte et tirer parti de la topographie et du relief en surplomb du secteur qui offrent des vues sur le paysage ". Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier que l'OAP serait à elle seule de nature à interrompre la trame verte dans laquelle s'insère le terrain. En outre, en prévoyant l'aménagement d'une dent creuse en zone urbaine, elle s'inscrit pleinement dans le cadre d'un autre objectif majeur du PADD visant à limiter les extensions urbaines et privilégier l'intensification du bâti au sein des enveloppes urbaines existantes. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'elle contrarie les orientations et objectifs du PADD pris dans leur ensemble.

En ce qui concerne l'erreur manifeste d'appréciation :

11. Si M. C fait valoir que la desserte automobile du terrain par le chemin de et la création d'un accès charretier sur cette voie est impossible, il se borne à faire valoir, au soutien de ses propos, que cette sente est enherbée et trop étroite, sans même préciser sa largeur, et que son élargissement serait exclu, l'OAP prévoyant sa préservation. Il ressort toutefois du schéma d'aménagement que l'OAP ne prévoit la préservation des murs en pierre et du chemin qu'au nord de l'accès projeté, de sorte qu'un réaménagement voire un élargissement de la sente au sud, de nature à faciliter le passage des véhicules, n'apparait pas impossible. Par ailleurs, un second accès est prévu au sud du terrain, donnant sur la ruelle . Ainsi et en tout état de cause, la circonstance que l'accès prévu à l'ouest du terrain ne serait pas réalisable, à la supposer avérée, ne serait pas, à elle seule, de nature à entacher l'OAP d'erreur manifeste d'appréciation.

12. Par suite, la décision contestée du 11 janvier 2021 du président de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise doit être annulée en tant seulement qu'elle porte refus d'abrogation des dispositions de l'OAP secteur à Guitrancourt imposant la réalisation de " logements communaux ".

Sur les frais liés au litige :

13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions des parties présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La décision du 11 janvier 2021 du président de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise doit être annulée en tant seulement qu'elle porte refus d'abrogation des dispositions de l'OAP secteur à Guitrancourt imposant la réalisation de " logements communaux " .

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise.

Copie en sera adressée à la commune de Guitrancourt.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Fejérdy, première conseillère,

- Mme Amar-Cid, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.

La rapporteure,

signé

J. B

Le président,

signé

C. Rollet-Perraud

La greffière,

signé

K. Dupré

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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