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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2100868

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2100868

lundi 4 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2100868
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationPrésident DESCOURS-GATIN
Avocat requérantGERBER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 février 2021, M. B C, représenté par Me Gerber, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté de préfet du Calvados du 14 décembre 2020 portant suspension de son permis de conduire pour une durée de huit mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration tiré d'un défaut de motivation en ce qu'il est entaché d'une contradiction de motifs ;

- il méconnaît l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration tiré de l'absence de procédure contradictoire ;

- il est entaché de l'incompétence de son auteur ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'il est fondé sur un contrôle routier irrégulier ainsi que d'une erreur dans la qualification juridique des faits au regard de sa situation professionnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2021 le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Descours-Gatin, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté n° 20/AL/1076 du 14 décembre 2020 le préfet du Calvados a suspendu la validité du permis de conduire de M. C pour une durée de huit mois à compter de la date de retrait du permis de conduire, prononcée le 11 décembre 2020. Par la présente requête M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant de la légalité externe :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que par un arrêté n° 14-2020-01-06-016 du 6 janvier 2020, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, M. D A, directeur de la citoyenneté et des collectivités locales de la préfecture du Calvados, a reçu délégation de signature pour les " correspondances, pièces et actes entrant dans le champ des attributions de la direction de la citoyenneté et des collectivités locales " parmi lesquelles figurent, en vertu de l'arrêté n°14-2018-12-18-003 du 18 décembre 2018 portant organisation de la préfecture du Calvados, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du Calvados du 19 décembre 2018 : " () les arrêtés de suspension des permis de conduire () ". Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 14 décembre 2020 contesté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 224-2 du code de la route : " I.-Le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, ou dans les cent vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 ont été effectuées, prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : 1° L'état alcoolique est établi au moyen d'un appareil homologué, conformément au 1° du I de l'article L. 224-1, ou lorsque les vérifications mentionnées aux articles L. 234-4 et L. 234-5 apportent la preuve de cet état ou si le conducteur ou l'accompagnateur de l'élève conducteur a refusé de se soumettre aux épreuves et vérifications destinées à établir la preuve de l'état alcoolique ".

4. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; 2° Lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public ou la conduite des relations internationales ; 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière () ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ". Enfin, aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. L'arrêté du 14 décembre 2020 mentionne les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, le préfet ayant visé l'article R. 224-2 du code de la route et précisant que M. C a fait l'objet le 11 décembre 2020 à 17h30 sur le territoire de la commune de Pont L'Evêque d'une mesure de rétention de son permis de conduire pour avoir commis une infraction punie par le code de la route d'une peine complémentaire de suspension du permis de conduire et des vérifications prévues à l'article R 234-4 du code de la route, par éthylomètre, qui ont révélé un taux d'alcoolémie de 0,41mg/l, et que le conducteur en infraction présente un danger grave et immédiat pour la sécurité des usagers de la route, de ses éventuels passagers et de lui-même. Il suit de là que le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.

6. Compte tenu des conditions particulières d'urgence dans lesquelles intervient la décision par laquelle le préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l'art. L. 224-2 du code de la route, qui doit être prise dans les 72 heures et qui a pour objet de faire obstacle à ce qu'un conducteur dont l'état d'ébriété caractérisé par une concentration d'alcool dans le sang égale ou supérieure à 0,80 g/l ou par une concentration d'alcool dans l'air expiré égale ou supérieure à 0,40 mg/l retrouve l'usage de son véhicule, le préfet peut légalement, en application du 1° de l'art. L. 121-2 CRPA, se dispenser de cette formalité. Par suite, le moyen doit être écarté.

S'agissant de la légalité interne :

7. En premier lieu, il résulte des termes mêmes de la décision contestée que celle-ci fait suite au constat de la commission d'une infraction punie par le code de la route de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire, à la rétention du permis de conduire du contrevenant, et au contrôle par éthylomètre ayant révélé un taux d'alcool de 0,41 mg/l. Le préfet du Calvados produit, en outre, le procès-verbal de constatation établi par les services de gendarmerie le 11 décembre 2020 mentionnant notamment que le contrôle routier a été effectué après le constat de l'usage de son téléphone portable par le requérant alors qu'il conduisait, ainsi que le procès-verbal de vérification de notification de l'état alcoolique signé par le requérant dans lequel il est mentionné comme infraction connexe l'usage d'un téléphone tenu en main par le conducteur d'un véhicule en circulation et dans lequel l'intéressé reconnaît avoir consommé de l'alcool trois heures avant le contrôle routier. Chacun de ces procès-verbaux mentionne être rédigé par un agent de police judiciaire, agissant sous le contrôle d'un officier de police judiciaire. Ainsi, la procédure préalable à la décision contestée n'est pas entachée d'irrégularité. M. C, en se bornant à alléguer que le contrôle routier dont il a fait l'objet aurait été entrepris illégalement, ne démontre pas que la suspension litigieuse serait dépourvue de fondement. Par suite, ce moyen doit être écarté.

8. En second lieu, alors même qu'il n'est pas contesté que l'activité professionnelle de M. C implique l'utilisation d'un véhicule, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en fixant à huit mois la durée de la suspension du permis de conduire de l'intéressé, eu égard à la nature et à la gravité de l'infraction et alors qu'il ressort du relevé d'information intégral du permis de conduire de l'intéressé en date du 10 février 2021 que le requérant a fait l'objet d'une suspension judiciaire de permis de conduire prononcée par la cour d'appel de Versailles le 19 mars 2019, d'une annulation de son permis de conduire prononcée par le tribunal correctionnel de Versailles du 12 octobre 2006 et d'une suspension judiciaire de son permis de conduire par décision du même tribunal prononcée le 11 juin 2002 pour des faits de conduite sous l'empire d'un état alcoolique. La suspension du permis de conduire pour une durée de huit mois, eu égard au danger grave et immédiat pour la sécurité des usagers de la route, de ses éventuels passagers et de lui-même, apparaît justifiée, tant dans son principe que dans sa durée, par les nécessités de l'ordre public.

9. Il résulte de tout de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 14 décembre 2020 par lequel le préfet du Calvados a suspendu le permis de conduire de M. C pour une durée de huit mois à compter de la date de retrait du permis de conduire doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. C au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

Sur les dépens :

11.En l'absence de tous dépens dans la présente instance, les conclusions de la requête tendant à ce qu'ils soient mis à la charge de l'Etat ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Calvados.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2022.

La magistrate désignée,

signé

Ch. E La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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