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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2100919

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2100919

lundi 12 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2100919
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET KIRMEN ET LEFEBVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 février 2021, M. A B, représenté par Me Lefebvre, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision 48SI, notifiée le 1er février 2020, par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié le dernier retrait de points sur son permis de conduire, lui a rappelé les précédentes décisions de retraits de points et a constaté l'invalidité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul ;

2°) d'annuler les dix-neuf décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a procédé à des retraits de points sur son permis de conduire suite aux infractions au code de la route commises les 3 octobre 2011 (1 point), 13 février 2012 (1 point), 31 octobre 2012 (1 point), 2 février 2013 (1 point), 26 avril 2014 (1 point), 11 septembre 2014 (1 point), 24 décembre 2014 (1 point), 15 mai 2015 (1 point), 18 mai 2015 (1 point), 30 mai 2015 (1 point), 29 juillet 2016 (1 point), 20 avril 2017 (1 point), 31 août 2017 (1 point), 23 décembre 2017 (1 point), 15 mars 2018 (1 point), 29 juin 2018 (4 points), 8 octobre 2018 (3 points), 13 juin 2019 (1 point) et 12 juillet 2019 (1 point) ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de restituer les points correspondants à ces infractions et de retirer sa décision 48SI, notifiée le 1er février 2020 ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision 48SI :

- faute de lui avoir notifié les décisions de retrait de points, c'est à tort que son permis de conduire a été invalidé ;

Sur les décisions de retrait de points :

- les conclusions dirigées contre ces décisions sont recevables puisqu'elles ne lui ont pas été notifiées et ne lui sont pas opposables ;

- les décisions méconnaissent les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la réalité des infractions n'est pas établie, faute de s'être acquitté du paiement des amendes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mai 2021, le ministre de l'intérieur conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, au non-lieu à statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions de retrait de points pour les infractions commises les 13 février 2012, 2 février 2013, 26 avril 2014, 11 septembre 2014, 24 décembre 2014, 30 mai 2015, 29 juillet 2016, 31 août 2017, 23 décembre 2017, 15 mars et au rejet du surplus des conclusions.

Il soutient que :

- la requête est tardive et, par suite, irrecevable ;

- il n'y a plus lieu de statuer sur les décisions de retrait de points relatives aux infractions constatées les 13 février 2012, 2 février 2013, 26 avril 2014, 11 septembre 2014, 24 décembre 2014, 30 mai 2015, 29 juillet 2016, 31 août 2017, 23 décembre 2017, 15 mars 2018, dès lors que ces infractions ont fait l'objet d'une restitution de points ;

- la décision 48 SI a été correctement notifiée au requérant ;

- la réalité des infractions est établie par les mentions du relevé d'information intégral ;

- le requérant a été informé conformément aux prescriptions légales préalablement aux retraits de points.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né le 10 décembre 1947, aurait commis une série d'infractions au code de la route les 3 octobre 2011, 13 février 2012, 31 octobre 2012, 2 février 2013, 26 avril 2014, 11 septembre 2014, 24 décembre 2014, 15 mai 2015, 18 mai 2015, 30 mai 2015, 29 juillet 2016, 20 avril 2017, 31 août 2017, 23 décembre 2017, 15 mars 2018, 29 juin 2018, 8 octobre 2018, 13 juin 2019 et 12 juillet 2019. Constatant le solde de points nul du requérant, le ministre de l'intérieur, par un arrêté 48SI notifié le 1er février 2020, lui a notifié le dernier retrait de points sur son permis de conduire, lui a rappelé les précédentes décisions de retraits de points et a constaté l'invalidité de son permis de conduire. M. A B demande l'annulation de ces décisions.

Sur la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ; () ".

4. En premier lieu, il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé. En cas de retour à l'administration, au terme du délai de mise en instance, du pli recommandé contenant la décision, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l'adresse de l'intéressé, dès lors du moins qu'il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation du service postal ou d'autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d'instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste. Il résulte de la réglementation postale, et notamment de l'instruction postale du 6 septembre 1990, qu'en cas d'absence du destinataire d'une lettre remise contre signature, le facteur doit, en premier lieu, porter la date de vaine présentation sur le volet " preuve de distribution " de la liasse postale, cette date se dupliquant sur les autres volets, en deuxième lieu, détacher de la liasse l'avis de passage et y mentionner le motif de non distribution, la date et l'heure à partir desquelles le pli peut être retiré au bureau d'instance et le nom et l'adresse de ce bureau, cette dernière indication pouvant résulter de l'apposition d'une étiquette adhésive, en troisième lieu, déposer l'avis ainsi complété dans la boîte aux lettres du destinataire et, enfin, reporter sur le pli le motif de non distribution et le nom du bureau d'instance. Compte tenu de ces modalités, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet " avis de réception " sur lequel a été apposée par voie de duplication la date de vaine présentation du courrier, et qui porte, sur l'enveloppe ou sur l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis, malgré l'absence de la mention "avisé".

5. En deuxième lieu, pour l'application de ces dispositions, les décisions référencées "48 SI", constatant la perte de validité du permis de conduire pour solde de points nul, dont l'administration n'est pas en mesure d'éditer des copies, doivent être regardées, sauf preuve contraire, comme conformes au modèle qui sert de base à leur édition automatisée par l'Imprimerie nationale, lequel comporte la mention des délais et voies de recours.

6. En dernier lieu, les conclusions tendant à l'annulation d'une décision du ministre de l'intérieur portant retrait de points d'un permis de conduire sont dépourvues d'objet si la décision par laquelle ce ministre a constaté la perte de validité de ce permis pour solde de points nul est devenue définitive.

7. Il ressort des pièces du dossier que la décision " 48 SI " litigieuse a été notifiée à M. B le 1er février 2020, comme en atteste la concordance entre les mentions de son relevé d'information intégral, lequel fait état, pour cette décision, d'un accusé de réception portant le numéro 2C15523115193, et un courrier des services postaux du 29 juillet 2020, dont les termes mentionnent que la lettre recommandée portant le numéro 2C15523115193 a été notifiée à M. A B le 1er février 2020 mais a été retournée à l'expéditeur le 25 février 2020 accompagnée de la mention " pli avisé non réclamé ".

8. D'une part, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 et 4 que la décision " 48 SI " contestée doit être regardée comme ayant été régulièrement notifiée le 1er février 2020. Il s'ensuit qu'en application des dispositions précitées au point 2, en introduisant son recours contentieux le 4 février 2021, soit un an et trois jours après la notification de la décision litigieuse, les conclusions tendant à l'annulation de la décision 48 SI sont tardives et donc irrecevables. Elles ne peuvent donc qu'être rejetées.

9. D'autre part, la décision du ministre de l'intérieur du ministre de l'intérieur constatant la perte de validité du permis de conduire de M. B ayant été régulièrement notifiée à l'intéressé le 1er février 2020 et étant devenue définitive à la date de l'enregistrement de sa requête, les conclusions de la requête tendant à l'annulation des dix-neuf décisions de retrait de points du permis de conduire de l'intéressé étaient, dès leur introduction, dépourvues d'objet et, par suite irrecevables. Elles doivent dès lors être rejetées.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en application des dispositions du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Versailles, le 12 décembre 2022.

La présidente de la 6ème chambre,

signé

S. Mégret

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2100919

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