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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2100934

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2100934

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2100934
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET ADDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 28 janvier 2021 et le 16 février 2021, la SARL France Concept, représentée par Me Yazid Adda, demande au tribunal :

1) à titre principal, d'annuler les décisions implicites de rejet des oppositions qu'elle a formées à l'encontre des titres de perception émis à son encontre par l'Etat les 18 et 19 décembre 2019, d'une part, pour un montant de 17 850 euros correspondant à la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail, assortie d'une majoration de 1 785 euros par mise en demeure du 12 mars 2020 et, d'autre part, pour un montant de 2 124 euros correspondant à la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine, prévue par l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, assortie d'une majoration de 212 euros par lettre de relance du 12 mars 2020, à la suite d'une décision de l' Office français de l'immigration et de l'intégration du 3 septembre 2019 ;

2) de prononcer la décharge de l'obligation de payer ces contributions ;

3) subsidiairement, de réduire à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti le montant de la contribution spéciale ;

4) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société requérante soutient que :

- le procès-verbal de constatation d'infraction est irrégulier, dans la mesure où il a été établi par un agent qui n'avait pas qualité pour ce faire en application des dispositions des articles L. 8112-1 et L. 8113-7 du code du travail ;

- l'irrégularité de la situation de son salarié n'est pas établie ;

- le salarié en cause, étant détenteur d'un titre italien, aucun frais de réacheminement ne saurait être mis à sa charge ;

- subsidiairement, le montant de la contribution spéciale mise à sa charge doit être réduit à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti en application du III de l'article R. 8253-2 du code du travail.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mars 2021, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de Mme Bartnicki, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Lors d'un contrôle opéré le 12 septembre 2018 sur un chantier exécuté par la société France Concept, les services de la direction générale des entreprises, de la consommation, de la concurrence et du travail d'Ile-de-France ont constaté la présence d'un ressortissant égyptien, dépourvu de titre de séjour et d'autorisation de travail en France. Par une décision du 3 septembre 2019, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis à la charge de la société France Concept la contribution spéciale prévue à l'article L 8253-1 du code du travail, pour un montant de 17 850 euros, ainsi que la contribution forfaitaire prévue à l'article L 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, pour un montant de 2 124 euros. Deux titres de perception ont été émis le 18 et19 décembre 2019, correspondant à ces deux contributions. Faute de paiement, la direction départementale des finances publiques de l'Essonne a notifié, le 12 mars 2020, à la société une mise en demeure de payer, en ce qui concerne la contribution spéciale, et une lettre de relance, en ce qui concerne la contribution forfaitaire, en assortissant respectivement ces contributions de majorations de 1 785 euros et 212 euros. La société France Concept doit être regardée comme demandant l'annulation des titres de perception émis à son encontre ainsi que la décharge des contributions dont le paiement lui a été réclamé.

En ce qui concerne la régularité de la procédure :

2. Aux termes de l'article L. 8111-7 code du travail : " Les agents de contrôle de l'inspection du travail mentionnés à l'article L. 8112-1 et les fonctionnaires de contrôle assimilés constatent les infractions par des procès-verbaux qui font foi jusqu'à preuve du contraire () ". Aux termes de l'article L. 8112-1 du même code : " Les agents de contrôle de l'inspection du travail sont membres soit du corps des inspecteurs du travail, soit du corps des contrôleurs du travail jusqu'à l'extinction de leur corps. () ".

3. A supposer même que le procès-verbal d'infraction du 12 septembre 2018 ait été établi par un agent sans habilitation régulière, cette circonstance ne saurait faire obstacle à ce que les faits incriminés, dès lors qu'ils n'ont pas été contredits par le juge pénal et qu'ils ont été suffisamment établis, puissent servir de fondement aux contributions litigieuses. Par suite, les éventuels vices ayant entaché la régularité des opérations de contrôle sont sans incidence sur la légalité des décisions attaquées. En tout état de cause, il ne résulte pas de l'instruction que M. A, inspecteur du travail, directeur adjoint du travail à l'unité de contrôle unité à compétence régionale chargée de la lutte contre le travail illégal, n'aurait pas été habilité à constater les manquements reprochés à la société requérante.

En ce qui concerne le bien-fondé de la sanction :

4. Aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France () ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du code du travail : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale () ". L'article R. 8253-2 du même code dispose : " I.- Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. / II.- Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : / 1° Lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ; / 2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7. / III.- Dans l'hypothèse mentionnée au 2° du II, le montant de la contribution spéciale est réduit à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne l'emploi que d'un seul étranger sans titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. / IV.- Le montant de la contribution spéciale est porté à 15 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsqu'une méconnaissance du premier alinéa de l'article L. 8251-1 a donné lieu à l'application de la contribution spéciale à l'encontre de l'employeur au cours de la période de cinq années précédant la constatation de l'infraction. " Enfin, aux termes des dispositions de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. () ".

5. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail et de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les contributions qu'ils prévoient ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Toutefois, un employeur ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces dispositions, qui assurent la transposition des articles 3, 4 et 5 de la directive 2009/52/CE du Parlement européen et du Conseil du 18 juin 2009 prévoyant des normes minimales concernant les sanctions et les mesures à l'encontre des employeurs de ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, lorsque tout à la fois, d'une part, il s'est acquitté des obligations qui lui incombent en vertu de l'article L. 5221-8 du code du travail et, d'autre part, il n'était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une usurpation d'identité. En outre, lorsqu'un salarié s'est prévalu lors de son embauche de la nationalité française ou de sa qualité de ressortissant d'un Etat pour lequel une autorisation de travail n'est pas exigée, l'employeur ne peut être sanctionné s'il s'est assuré que ce salarié disposait d'un document d'identité de nature à en justifier et s'il n'était pas en mesure de savoir que ce document revêtait un caractère frauduleux ou procédait d'une usurpation d'identité.

6.En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du procès-verbal d'infraction du 12 septembre 2018, que M. B n'était pas, contrairement à ce que soutient la société France Concept, un ressortissant italien, mais qu'il était un ressortissant égyptien titulaire d'un titre de séjour italien, lequel ne l'autorisait pas à travailler en France. Il ne résulte, par ailleurs, d'aucune pièce du dossier que M. B se serait prévalu, lors de son embauche, de la nationalité italienne, ni qu'il aurait présenté un document d'identité attestant de cette nationalité. Il s'ensuit qu'il revenait à la société requérante de s'assurer auprès des services compétents de ce que ce salarié était titulaire d'une autorisation de travail, ce qu'elle n'a pas fait. Par suite, c'est à bon droit que le directeur général de l'OFII a mis à sa charge, en ce qui concerne l'emploi de ce salarié, la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail.

7. En second lieu, il ne résulte pas de l'instruction que M. B séjournait sur le territoire français depuis moins de trois mois. Dans ces conditions, le directeur général de l'OFII était également fondé à considérer que ce salarié se trouvait en situation irrégulière sur le territoire français et, ainsi, à réclamer à la société requérante le paiement de la contribution forfaitaire prévue par l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne le montant de la sanction :

8. La société requérante soutient que le montant de la contribution spéciale aurait dû être minoré à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti, par application de l'article R. 8253-2 du code du travail, au motif que le procès-verbal d'infraction mentionnait seulement l'emploi d'un étranger sans titre de travail l'autorisant à exercer une activité salariée en France et qu'elle se serait acquittée de l'ensemble des salaires et accessoires dus au travailleur en cause. Toutefois, le procès-verbal d'infraction mentionnait également l'infraction de travail dissimulé. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que la société France Concept se serait, comme elle le prétend, acquittée des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7. La société requérante n'est donc pas fondée à demander une minoration de la contribution spéciale mise à sa charge.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société France Concept doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société France Concept est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société France Concept et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Copie en sera adressé, pour information au directeur départemental des finances publiques de l'Essonne et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Blanc, président,

M. Jauffret, premier conseiller,

Mme Lutz, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

Le rapporteur,

E. C

Le président,

P. Blanc

La greffière,

C. Delannoy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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