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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2100970

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2100970

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2100970
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantHASSID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 février 2021, la SAS Fresh Cut, représentée par Me Hassid, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 septembre 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis à sa charge une somme de 36 200 euros au titre de la contribution spéciale et une somme de 4 677 euros au titre de la contribution forfaitaire, ainsi que la décision du 8 décembre 2020 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) à titre subsidiaire, de réduire à 15 000 euros le montant des sommes pouvant être mises à sa charge.

Elle soutient que :

- le contrôle de police est entaché de nullité dès lors que le fonctionnaire de police en charge de ce contrôle était en fonction en Seine-et-Marne et non dans l'Essonne, en méconnaissance de l'article 78-2-1 du code de procédure pénale ;

- M. D, ressortissant tunisien, n'était pas employé par elle ;

- M. C, ressortissant béninois, a été régulièrement embauché et déclaré et disposait au moment de son embauche d'un titre de séjour ;

- la sanction est disproportionnée dès lors qu'il n'existe aucun précédent à son encontre et qu'elle est fragilisée en raison des fermetures administratives liées à la crise sanitaire ;

- à titre subsidiaire, les contributions mises à sa charge devraient être réduites à 15 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er mars 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code pénal ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Bartnicki, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. A l'occasion d'un contrôle opéré le 21 août 2019 dans le salon de coiffure exploité par la SAS Fresh Cut et situé à Epinay Sous Sénart, les services de police ont constaté l'emploi par cette société de deux ressortissants étrangers dépourvus de titre les autorisant à séjourner et à travailler en France. Un procès-verbal d'infraction a été établi et transmis à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), en application de l'article L. 8271-17 du code du travail. La société Fresh Cut demande l'annulation de la décision du 7 septembre 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis à sa charge une somme de 36 200 euros au titre de la contribution spéciale et une somme de 4 677 euros au titre de la contribution forfaitaire, ainsi que de la décision du 8 décembre 2020 portant rejet de son recours gracieux, et, à titre subsidiaire, que les sommes mises à sa charge soient limitées à 15 000 euros.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 78-2-1 du code de procédure pénale, dans sa version applicable à la date de la décision contestée : " Sur réquisitions du procureur de la République, les officiers de police judiciaire et, sur l'ordre ou la responsabilité de ceux-ci, les agents de police judiciaire et agents de police judiciaire adjoints mentionnés aux articles 20 et 21 (1°) sont habilités à entrer dans les lieux à usage professionnel, ainsi que dans leurs annexes et dépendances, sauf s'ils constituent un domicile, où sont en cours des activités de construction, de production, de transformation, de réparation, de prestation de services ou de commercialisation, en vue : / () -de se faire présenter le registre unique du personnel et les documents attestant que les déclarations préalables à l'embauche ont été effectuées ; / -de contrôler l'identité des personnes occupées, dans le seul but de vérifier qu'elles figurent sur le registre ou qu'elles ont fait l'objet des déclarations mentionnées à l'alinéa précédent. / Les réquisitions du procureur de la République sont écrites et précisent les infractions, parmi celles visées aux articles L. 5221-8, L. 5221-11, L. 8221-1, L. 8221-2, L. 8251-1 du code du travail, qu'il entend faire rechercher et poursuivre, ainsi que les lieux dans lesquels l'opération de contrôle se déroulera. Ces réquisitions sont prises pour une durée maximum d'un mois et sont présentées à la personne disposant des lieux ou à celle qui la représente () ".

3. En l'espèce, la société requérante ne démontre pas en quoi le contrôle, effectué le 21 août 2019 par un agent affecté à la police aux frontières, direction interdépartementale du Mesnil Amelot, antenne Brigade mobile territoriale de l'Essonne, sur réquisition du procureur de la République près le tribunal de grande instance d'Evry du 26 juillet 2019, méconnaîtrait les dispositions de l'article 78-2-1 du code de procédure pénale précité. En tout état de cause, il n'est pas allégué que la régularité du procès-verbal, qui est indissociable de la procédure pénale, aurait été contestée devant le juge judiciaire, seul compétent en la matière. Le moyen tiré de la nullité de la procédure de contrôle doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France ". L'article L. 5221-8 du même code dispose que : " L'employeur s'assure auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France, sauf si cet étranger est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi tenue par l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 ". Aux termes de l'article L. 8253-1 de ce code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux. () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine ".

5. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur une sanction prononcée sur le fondement de l'article L. 8253-1 du code du travail, d'examiner tant les moyens tirés des vices propres de la décision de sanction que ceux mettant en cause le bien-fondé de cette décision et de prendre, le cas échéant, une décision qui se substitue à celle de l'administration. Celle-ci devant apprécier, au vu notamment des observations éventuelles de l'employeur, si les faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application de cette sanction administrative, au regard de la nature et de la gravité des agissements et des circonstances particulières à la situation de l'intéressé, le juge peut, de la même façon, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, tant s'agissant du manquement que de la proportionnalité de la sanction, maintenir la contribution, au montant fixé de manière forfaitaire par les dispositions citées au point 4, ou en décharger l'employeur.

6. Il résulte de l'instruction, et en particulier du procès-verbal établi le 21 août 2019 par les services de police à la suite du contrôle effectué à la société Fresh Cut, que M. D, ressortissant tunisien, et M. C, ressortissant béninois, ont été contrôlés alors qu'ils travaillaient dans le salon de coiffure, tout en étant démunis de titre de séjour les autorisant à séjourner et à travailler sur le territoire national.

7. Si la société Fresh Cut fait valoir qu'aucune infraction ne peut être retenue s'agissant de M. D, il ressort des constatations des services de police portées au procès-verbal, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que l'intéressé, qui tenait une tondeuse dans les mains, coupait les cheveux d'un client lors du contrôle. Les allégations de la société requérante selon lesquelles elle ne l'aurait pas embauché ne sont pas de nature à établir l'absence de lien de subordination entre ce travailleur et elle-même. Il en va de même du fait de se prévaloir d'un lien d'amitié avec le salarié en cause, sans l'étayer de manière probante.

8. Par ailleurs, si cette société fait également valoir que M. C était en situation régulière à la date de son embauche, l'article L. 5221-8 du code du travail met à la charge de l'employeur une obligation de vérifier les documents présentés par les ressortissants étrangers tout au long de la relation de travail et pas seulement lors de l'embauche. Or le récépissé de demande de carte de séjour produit par M. C lors de son embauche n'était plus valable depuis 2017. Par suite, la matérialité des faits reprochés est établie.

9. En troisième lieu, si la société requérante soutient qu'elle est une petite structure en situation de fragilité à la suite des fermetures administratives prononcées en raison de la crise sanitaire et qu'elle n'avait jamais fait l'objet de telles sanctions antérieurement, ces seules circonstances ne sont pas, au regard de la nature et de la gravité des agissements, d'une particularité telle qu'elles justifiaient, en dépit de l'exigence de répression effective des infractions, que la société soit, à titre exceptionnel, dispensée de cette sanction, étant précisé que de telles circonstances ne sauraient conduire à minorer la contribution spéciale due, les cas de minoration étant limitativement prévus par la loi.

Sur les conclusions subsidiaires :

10. Aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date des décisions contestées : " () Le montant total des sanctions pécuniaires prévues, pour l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler, au premier alinéa du présent article et à l' article L. 8253-1 du code du travail ne peut excéder le montant des sanctions pénales prévues par les articles L. 8256-2, L. 8256-7 et L. 8256-8 du code du travail ou, si l'employeur entre dans le champ d'application de ces articles, le montant des sanctions pénales prévues par le chapitre II du présent titre () ". Aux termes de l'article L 8256-2 du code du travail : " Le fait pour toute personne, directement ou par personne interposée, d'embaucher, de conserver à son service ou d'employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France, en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1, est puni d'un emprisonnement de cinq ans et d'une amende de 15 000 euros ". Aux termes de l'article L. 8256-7 du même code : " Les personnes morales reconnues pénalement responsables, dans les conditions prévues par l'article 121-2 du code pénal, des infractions prévues au présent chapitre, à l'exception de l'article L. 8256-1, encourent : / 1° L'amende, dans les conditions prévues à l'article 131-38 du code pénal ; / 2° Les peines mentionnées aux 1° à 5°, 8°, 9° et 12° de l'article 131-39 du même code. / () ". Enfin, aux termes du premier aliéna de l'article 131-38 du code pénal : " Le taux maximum de l'amende applicable aux personnes morales est égal au quintuple de celui prévu pour les personnes physiques par la loi qui réprime l'infraction. ".

11. Si la société Fresh Cut demande que les sommes mises à sa charge soient plafonnées à la somme de 15 000 euros, il résulte des dispositions précitées que ce montant maximum ne s'applique qu'aux personnes physiques et non, comme c'est le cas en l'espèce, aux personnes morales, pour lesquelles le montant maximum des sanctions pécuniaires prévues au premier alinéa de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à l'article L. 8253-1 du code du travail, pour l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler, est fixé au quintuple de celui fixé pour les personnes physiques. Or ce seuil n'est pas atteint. Sa demande de minoration des sommes mises à sa charge ne peut, dès lors, qu'être rejetée.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Fresh Cut doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Fresh Cut est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Fresh Cut et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme B d'Esnon, présidente,

- M. Jauffret, premier conseiller,

- Mme Lutz, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

La rapporteure,

signé

F. A La présidente,

signé

J. B d'Esnon

La greffière,

Signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2100970

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