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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2101178

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2101178

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2101178
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantAARPI LEGOND-POMMEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 février 2021 et le 4 mai 2021, la SARL Fresh Distrib, représentée par Me Legond, demande au tribunal :

1) d'annuler la décision du 14 janvier 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a décidé de lui appliquer la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour l'emploi d'un travailleur dépourvu d'autorisation de travail pour un montant de 21 900 euros et la contribution forfaitaire prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, représentative de frais d'acheminement, pour un montant de 6 372 euros ;

2) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- deux des trois salariés, pour lesquels elle a été sanctionnée, lui ont présenté des cartes d'identité françaises et le troisième une carte d'identité italienne, de sorte qu'ils n'étaient pas astreints à la possession d'un titre de séjour ;

- elle n'était pas en mesure de savoir que les documents qui lui avaient été présentés par ces salariés étaient frauduleux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2021, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 21 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Bartnicki, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Lors d'un contrôle opéré à Trappes (78), le 29 octobre 2020, au sein d'un entrepôt de fabrication industrielle de pains et de frites fraîches destinés à la restauration, les services de police ont constaté la présence de trois ressortissants étrangers, dépourvus de titre de séjour. Par une décision du 14 janvier 2021, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis à la charge de la SARL Fresh Distrib la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, pour un montant de 21 900 euros, ainsi que la contribution forfaitaire prévue à l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, pour un montant de 6 372 euros. La SARL Fresh Distrib demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France (). ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du code du travail : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. () ". L'article R. 8251-2 du même code dispose : " I.- Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. / II.-Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : / 1° Lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ; / 2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7. / III.-Dans l'hypothèse mentionnée au 2° du II, le montant de la contribution spéciale est réduit à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne l'emploi que d'un seul étranger sans titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. / IV.-Le montant de la contribution spéciale est porté à 15 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsqu'une méconnaissance du premier alinéa de l'article L. 8251-1 a donné lieu à l'application de la contribution spéciale à l'encontre de l'employeur au cours de la période de cinq années précédant la constatation de l'infraction. " Enfin, aux termes des dispositions de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. () ".

3. D'une part, les contributions prévues par le code du travail et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français et / ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Toutefois, un employeur ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces dispositions, qui assurent la transposition des articles 3, 4 et 5 de la directive 2009/52/CE du Parlement européen et du Conseil du 18 juin 2009 prévoyant des normes minimales concernant les sanctions et les mesures à l'encontre des employeurs de ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, lorsque tout à la fois, d'une part, il s'est acquitté des obligations qui lui incombent en vertu de l'article L. 5221-8 du code du travail et, d'autre part, il n'était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une usurpation d'identité. En outre, lorsqu'un salarié s'est prévalu lors de son embauche de la nationalité française ou de sa qualité de ressortissant d'un Etat pour lequel une autorisation de travail n'est pas exigée, l'employeur ne peut être sanctionné s'il s'est assuré que ce salarié disposait d'un document d'identité de nature à en justifier et s'il n'était pas en mesure de savoir que ce document revêtait un caractère frauduleux ou procédait d'une usurpation d'identité.

4. D'autre part, il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre la décision d'appliquer les contributions prévues par les dispositions précitées du code du travail et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'exercer son plein contrôle sur les faits reprochés à l'employeur et leur qualification juridique, salarié par salarié, en statuant en fonction de la valeur des éléments produits par l'administration pour établir l'infraction, et de ceux produits par le requérant. Il lui appartient ensuite de décider, selon le résultat de ce contrôle, soit de maintenir la sanction prononcée, soit d'en diminuer le montant jusqu'au minimum prévu par les dispositions applicables au litige, soit d'en décharger l'employeur.

5. Il ressort des procès-verbaux établis par les forces de police, les 29 octobre 2020, que travaillaient dans l'entrepôt de la société Fresh Distrib trois salariés de nationalité algérienne, dépourvus de titre de séjour les autorisant à travailler, et s'étant présentés comme de nationalité française pour deux d'entre eux et de nationalité italienne pour le troisième. Les photocopies de leurs cartes d'identité qu'ils ont présentées ainsi que celles figurant dans leurs dossiers au sein de l'entreprise présentaient les caractéristiques de documents falsifiés. Si la société requérante fait valoir que son dirigeant n'était pas en mesure de déceler la falsification de ces documents, ce dernier n'a pas soutenu, lors de son audition par les services de police, avoir exigé de ces trois salariés la présentation des titres originaux, ce qui aurait pu lui permettre de déceler l'usurpation d'identité. Il ressort au demeurant du procès-verbal d'infraction que les salariés contrôlés n'ont pas été en mesure de présenter leurs pièces d'identité et que l'agent de police judiciaire n'a eu accès qu'aux copies de ces documents se trouvant dans leurs dossiers individuels tenus par l'entreprise. Par ailleurs, il ressort de ce procès-verbal que figuraient dans les dossiers de deux des trois salariés, dont l'un de ceux qui se prévalait de sa nationalité française, des récépissés de demande de titre de séjour tendant à contredire la réalité des nationalités dont ils se prévalaient. Enfin, il résulte de l'instruction que le dirigeant de la société avait auparavant à deux reprises fait l'objet de précédentes procédures pour l'emploi d'étrangers en situation irrégulière, de sorte qu'il lui appartenait de faire preuve d'une vigilance particulière. Par suite, c'est sans commettre ni erreur de droit ni erreur d'appréciation que le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis à la charge de la société requérante les contributions spéciales et forfaitaires prévues par les articles L. 8253-1 du code du travail et L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de la SARL Fresh Distrib doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Fresh Distrib est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Fresh Distrib et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Blanc, président,

M. Jauffret, premier conseiller,

Mme Degorce, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

Le rapporteur,

signé

E. A

Le président,

signé

P. Blanc

La greffière,

signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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