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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2101416

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2101416

vendredi 7 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2101416
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELAFA CABINET CASSEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 février 2021, Mme A, représentée par Me Cassel demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 décembre 2020 par laquelle la maire de Saint Cyr l'Ecole a prononcé sa radiation des cadres pour abandon de poste à compter du 10 décembre 2020 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Saint Cyr l'Ecole de la réintégrer administrativement avec effet au 10 décembre 2020, de lui verser rétroactivement la rémunération induite par cette réintégration, de la placer dans une position régulière jusqu'à ce qu'il soit statué sur son aptitude, et d'accomplir toutes les diligences nécessaires à la régularisation effective et rapide de sa situation dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint Cyr l'Ecole une somme de 2.000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'illégalité externe car l'information quant aux risques encourus lors d'une radiation des cadres était incomplète et ambigüe ;

- la décision attaquée méconnait l'article 17 du décret n° 87-602 car la commune devait préalablement à son licenciement, soumettre son dossier à la commission administrative paritaire ;

- elle ne peut être regardée comme ayant rompu le lien avec le service car elle n'avait pas de nouvel élément à faire valoir par rapport à la première mise en demeure et elle s'est pliée à toutes les demandes de la commune ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que la distance entre son domicile et son lieu de travail et ses trajets sont incompatibles avec son état de santé, en dépit de sa recherche de nouveau logement, et que son médecin traitant a reconnu impossible sa reprise de fonction ;

- la décision est également entachée d'une erreur de droit car la commune aurait dû choisir une mesure de licenciement et non de radiation des cadres.

Par un mémoire enregistré le 3 juillet 2021, la commune de Saint-Cyr l'Ecole, représenté par Me Portelli, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de Mme A à lui verser une somme de 2.000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

L'instruction a été close au 3 septembre 2022 par une ordonnance du 22 août 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n° 87-602 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriales et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux ;

- le code de justice administrative.

Arès avoir entendu au cours de l'audience :

- le rapport de Mme Gosselin, président-rapporteur,

- les conclusions de Mme Ozenne, rapporteure public,

- et les observations de Me Portelli pour la commune de Saint Cyr l'Ecole.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes de l'article L. 522-3 dudit code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

2. Mme B A est agent de la fonction publique territoriale employée comme agent d'animation par la commune de Saint Cyr l'Ecole. Le 12 décembre 2019, elle a demandé le bénéfice d'un congé de longue maladie. Par un arrêté du 9 avril 2020, elle a été placée en disponibilité d'office dans l'attente de la décision du comité médical, période pendant laquelle elle percevait un demi traitement. Le 9 juillet 2020, le comité médical a rendu un avis favorable sur son aptitude à la reprise de ses fonctions et le 28 août 2020, le médecin de prévention a donné un avis favorable à la reprise du travail sur un poste d'animateur de centre de loisirs sans port de charge de plus de 5 kg, en alternant les positions debout et assise et sans maintenir une position plus d'une heure. Compte tenu des délais de saisine du comité médical supérieur, elle a décidé de renoncer à saisir cette instance. Le 14 octobre 2020 elle a été mise en demeure de reprendre ses fonctions. Elle a fait suite à cette première mise en demeure en indiquant à son employeur qu'elle ne pouvait pas reprendre ses fonctions, et a produit un certificat médical de son médecin traitant daté du 26 octobre 2020 indiquant qu'elle souffrait de troubles musculo-articulaires multiples sur fond de dépression. La commune a alors mandaté un expert qui a conclu, le 16 novembre 2020, que Mme A était apte à reprendre son travail. Par un courrier du 1er décembre 2020, la commune a de nouveau mis en demeure Mme A de reprendre ses fonctions. Par une décision du 16 décembre 2020, le maire de Saint Cyr l'Ecole a prononcé sa radiation des cadres pour abandon de poste à compter du 10 décembre. Mme A demande la suspension de cette décision.

3. Une mesure de radiation de cadres pour abandon de poste ne peut être régulièrement prononcée que si l'agent concerné a, préalablement à cette décision, été mis en demeure de rejoindre son poste ou de reprendre son service dans un délai approprié qu'il appartient à l'administration de fixer. Une telle mise en demeure doit prendre la forme d'un document écrit, notifié à l'intéressé, l'informant du risque qu'il encourt d'une radiation de cadres sans procédure disciplinaire préalable. Lorsque l'agent ne s'est ni présenté ni n'a fait connaître à l'administration aucune intention avant l'expiration du délai fixé par la mise en demeure, et en l'absence de toute justification d'ordre matériel ou médical, présentée par l'agent, de nature à expliquer le retard qu'il aurait eu à manifester un lien avec le service, cette administration est en droit d'estimer que le lien avec le service a été rompu du fait de l'intéressé.

3. En premier lieu, et comme il a été souligné par le juge des référés dans l'ordonnance n° 2101669 du 1er mars 2021, le courrier de mise en demeure comportait toutes les informations permettant à Mme A d'en comprendre les enjeux et les conséquences. Par suite, la décision attaquée n'est entachée d'aucune illégalité externe.

4. En deuxième lieu, l'article 17 du décret du 30 juillet 1987 dispose que "le fonctionnaire qui, à l'expiration de son congé de maladie, refuse sans motif valable lié à son état de santé le poste qui lui est assigné, peut être licencié après avis de la commission administrative paritaire".

5. Mme A soutient que l'arrêté attaqué aurait méconnu les dispositions précitées. Toutefois, ces dispositions ne sont pas applicables lorsque la radiation des cadres est motivée par un abandon de poste. Dès lors que la décision dont la requérante demande l'annulation prononce sa radiation, elle n'est entachée d'aucune erreur de droit.

6. En troisième lieu, Mme A soutient qu'elle ne peut être regardée comme ayant rompu le lien avec le service. Toutefois, Mme A s'est vue proposer un poste adapté dès mars 2019. Par ailleurs, les conclusions tant du comité médical dans sa séance du 9 juillet 2020, le médecin de prévention le 28 août 2020 et les conclusions de l'expert médical le 16 novembre 2020 ont reconnu l'aptitude de Mme A à son poste. L'intéressée a été régulièrement mise en demeure de reprendre ses fonctions les 14 octobre et 1er décembre 2020.Or, il est constant que la requérante n'a ni rejoint son poste ni fourni d'autre justification, d'ordre matériel ou médical, de nature à expliquer son absence, avant l'expiration du délai lui ayant été imparti pour ce faire par la commune de Saint-Cyr l'Ecole. La circonstance que Mme A n'ait plus de nouvel élément à produire, ce qui selon elle, écarterait toute intention de rompre le lien avec le service, est sans incidence sur la légalité d'arrêté attaqué dès lors que ces mises en demeure ne constituaient pas des demandes d'information appelant une réponse mais bien un ordre à exécuter. Dès lors, le maire a pu, à juste titre, estimer que le lien avec le service avait été rompu du fait de la requérante et, par suite, prononcer régulièrement sa radiation des cadres pour abandon de poste par l'arrêté contesté du 16 décembre 2020.

7. En quatrième lieu, Mme A estime que l'administration a entaché sa décision d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation. Elle se borne à soutenir qu'elle a cherché un logement plus proche de son travail, sans verser le moindre élément. Elle soutient également que l'administration aurait dû lui proposer un licenciement ou une solution de relogement. Toutefois, ayant été reconnue apte à ses fonctions, la commune n'était pas tenue de lui proposer un licenciement ni un relogement. Ainsi, la commune n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation.

8. En cinquième et dernier lieu, Mme A soutient que la commune aurait dû lui proposer une mesure de licenciement et non de radiation des cadres. Toutefois, le licenciement d'un agent territorial titulaire, dans le cas prévu à l'article 17 du décret susvisé du 30 juillet 1987, d'une part, et la radiation d'un tel agent des effectifs de la collectivité qui l'emploie en cas d'abandon de poste, d'autre part, constituent deux décisions d'éviction distinctes, dont la légalité est subordonnée au respect de conditions procédurales et de fond propres à chacune d'elles. Dès lors, la circonstance qu'un agent territorial titulaire serait susceptible d'être licencié, par application des dispositions susmentionnées du décret du 30 juillet 1987, ne fait pas, par elle-même, obstacle à ce que la collectivité qui l'emploie puisse, par ailleurs, légalement prononcer, dès lors que l'ensemble des conditions requises pour se faire sont réunies, sa radiation des effectifs pour abandon de poste. Ainsi, et en l'espèce, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'en prononçant, par la décision contestée du 16 décembre 2020, sa radiation des cadres pour abandon de poste, au lieu de diligenter une procédure de licenciement par application des dispositions susmentionnées du décret du 30 juillet 1987, le maire de St Cyr l'Ecole aurait entaché sa décision d'une erreur de droit.

9. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions en annulation de Mme A ainsi que les conclusions en injonction.

Sur les frais d'instance :

10. Le rejet des conclusions en annulation fait obstacle à ce que la commune de Saint-Cyr l'Ecole, qui n'est pas la partie perdante, soit condamnée à verser à Mme A une somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

11. En revanche, la commune ayant été amenée à exposer des frais, il est mis à la charge de Mme A une somme de 700 euros au titre de ces mêmes dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Mme A versera la somme de 700 (sept cents) euros à la commune de Saint-Cyr l'Ecole au titre des frais exposés par cette dernière et non compris dans les dépens.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Saint Cyr l'Ecole.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Gosselin, président,

Mme Vincent, première conseillère,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2022.

Le président - rapporteur,

Signé

C. GosselinL'assesseure la plus ancienne,

Signé

L. Vincent

La greffière,

Signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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