jeudi 15 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2101465 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LABONNELIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 février 2021 et 9 juillet 2021, la commune de Morigny-Champigny, représentée par Me Labonnelie, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2020 par lequel le préfet de l'Essonne a prononcé la carence de la commune, a fixé le taux de majoration du prélèvement à 10 % pour trois ans et a transféré à l'Etat les droits de réservation prévus à l'article L. 441-1 du code de la construction et de l'habitat ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un vice de procédure ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 janvier 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par la commune requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 18 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Degorce,
- les conclusions de Mme Bartnicki, rapporteure publique,
- et les observations de M. B et de M. A pour le préfet de l'Essonne.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 23 décembre 2020, le préfet de l'Essonne, après avoir constaté le non-respect par la commune de Morigny-Champigny de ses objectifs de réalisation de logement sociaux sur la période triennale 2017-2019 a, d'une part, prononcé la carence de cette commune au titre de l'article L. 302-9-1 du code de l'habitation et de la construction et, d'autre part, fixé à 10 % le taux de la majoration appliqué sur le montant du prélèvement par logement manquant pour une durée de trois ans à compter du 1er janvier 2021. La commune de Morigny-Champigny demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens de légalité externe :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 302-9-1 du code de la construction et de l'habitation : " En tenant compte de l'importance de l'écart entre les objectifs et les réalisations constatées au cours de la période triennale échue, des difficultés rencontrées le cas échéant par la commune et des projets de logements sociaux en cours de réalisation, le représentant de l'Etat dans le département peut, par un arrêté motivé (), prononcer la carence de la commune. ".
3. En l'espèce, l'arrêté attaqué du 23 décembre 2020 vise notamment les articles pertinents du code de la construction et de l'habitation, procède au rappel de l'objectif de réalisation de logements locatifs sociaux assigné à la commune de Morigny-Champigny, indique le nombre de logements réalisés, le taux de réalisation de l'objectif, mentionne les circonstances propres à la commune ainsi que les outils qu'elle n'a pas suffisamment mobilisés. Cet arrêté comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, sans qu'ait d'incidence la circonstance que le préfet n'ait ni rappelé les actions que la commune requérante avait menées ni détaillé les avis de la commission nationale et du comité régional de l'habitat dont la consultation est visée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
4. En second lieu, la commune de Morigny-Champigny, qui s'est dotée d'un nouvel exécutif le 25 mai 2020, soutient que la procédure, engagée par courrier du préfet de l'Essonne le 29 juin 2020, a commencé vingt-quatre heures avant la date prévue par le calendrier prévisionnel issu de l'instruction gouvernementale du 23 juin 2020, relative aux conditions de réalisation du bilan triennal et de la procédure de constat de carence au titre de la période 2017-2019. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction qu'en faisant débuter la procédure d'engagement de la procédure de constat de carence le 29 juin au lieu du 30 juin 2020, le préfet de l'Essonne, qui a bien laissé à la commune de Morigny-Champigny un délai de deux mois pour présenter ses observations, aurait entaché son arrêté de carence d'un vice susceptible d'exercer une influence sur le sens de sa décision ou de priver d'une garantie la commune requérante. Le moyen tiré du vice de procédure invoqué ne peut donc qu'être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé de l'arrêté attaqué :
5. Aux termes de l'article L. 302-9-1 du code de la construction et de l'habitat : " Lorsque, dans les communes soumises aux obligations définies aux I et II de l'article L. 302-5, au terme de la période triennale échue, le nombre de logements locatifs sociaux à réaliser à l'échelle communale en application du I de l'article L. 302-8 n'a pas été atteint ou lorsque la typologie de financement définie au III du même article L. 302-8 n'a pas été respectée, le représentant de l'Etat dans le département informe le maire de la commune de son intention d'engager la procédure de constat de carence. Il lui précise les faits qui motivent l'engagement de la procédure et l'invite à présenter ses observations dans un délai au plus de deux mois. En tenant compte de l'importance de l'écart entre les objectifs et les réalisations constatées au cours de la période triennale échue, des difficultés rencontrées le cas échéant par la commune et des projets de logements sociaux en cours de réalisation, le représentant de l'Etat dans le département peut, par un arrêté motivé pris après avis du comité régional de l'habitat et de l'hébergement et, le cas échéant, après avis de la commission mentionnée à l'article L. 302-9-1-1, prononcer la carence de la commune. (). Par le même arrêté et en fonction des mêmes critères, il fixe, pour une durée maximale de trois ans à compter du 1er janvier de l'année suivant sa signature, la majoration du prélèvement défini à l'article L. 302-7. Le taux de majoration du prélèvement ne peut être inférieur au rapport entre le nombre de logements sociaux non réalisés et l'objectif total de logements mentionné au I de l'article L. 302-8. Le prélèvement majoré ne peut être supérieur à cinq fois le prélèvement mentionné à l'article L. 302-7. Le prélèvement majoré ne peut excéder 5 % du montant des dépenses réelles de fonctionnement de la commune figurant dans le compte administratif établi au titre du pénultième exercice. Ce plafond est porté à 7,5 % pour les communes dont le potentiel fiscal par habitant est supérieur ou égal à 150 % du potentiel fiscal médian par habitant sur l'ensemble des communes soumises au prélèvement défini à l'article L. 302-7 au 1er janvier de l'année précédente. () ".
6. Lorsqu'une commune demande l'annulation d'un arrêté préfectoral prononçant sa carence et lui infligeant un prélèvement majoré en application de l'article L. 302-9-1 du code de la construction et de l'habitation, il appartient au juge de plein contentieux, saisi de moyens en ce sens, de déterminer si le prononcé de la carence procède d'une erreur d'appréciation des circonstances de l'espèce et, dans la négative, d'apprécier si, compte tenu des circonstances de l'espèce, la sanction retenue est proportionnée à la gravité de la carence et d'en réformer, le cas échéant, le montant.
7. Il résulte de l'instruction que, pour prononcer la carence de la commune de Morigny-Champigny, le préfet de l'Essonne s'est notamment fondé sur la circonstance que cette dernière, qui était tenue, d'une part, de réaliser cent logements sociaux et d'autre part, d'atteindre, pour cet objectif global de réalisation, un seuil minimum de 30 logements en matière de prêt locatif aidé d'intégration (PLAI) ainsi qu'un seuil maximum de 20 logements en matière de prêt locatif social (PLS), n'a été en mesure de faire état que d'une réalisation de quatre-vingt-neuf logements sociaux, dont 30,34 % en matière de PLAI (soit 27 PLAI) et de 15,73 % en matière de PLS ( soit 14 PLS). Le préfet de l'Essonne a ainsi considéré que la commune de Morigny-Champigny n'avait pas respecté ses obligations triennales sur la plan quantitatif pour la période 2017-2019.
8. En premier lieu, pour contester l'appréciation portée par le préfet sur le non-respect de ses obligations, la commune de Morigny-Champigny soutient qu'elle est située dans une zone naturelle et agricole et que son territoire comporte de nombreux sites classés ou protégés au titre notamment des monuments historiques, des sites pittoresques, des sites géologiques, des lisières forestières, des espaces naturels sensibles ou des zones d'intérêt écologique, faunistique et floristique. Toutefois ces circonstances, partagées par de nombreuses autres communes, ne suffisent pas à considérer, à elles seules, qu'elle aurait été dans l'impossibilité de satisfaire à ses obligations quantitatives en matière de logements locatifs sociaux.
9. En deuxième lieu, la commune de Morigny-Champigny soutient qu'elle avait initié un projet de construction de cinquante-et-un logements dont trente logement sociaux au cœur du centre-bourg qui s'est heurté en septembre 2019 à une opération de fouilles archéologiques prescrites par le préfet d'Ile-de-France, retardant la construction de logements sociaux qui lui auraient permis d'atteindre ces objectifs et entraînant de lourdes contraintes financières. Il résulte toutefois de l'instruction que ce projet, lancé en 2014, a déjà été pris en compte dans le cadre de la précédente période triennale couvrant les années 2014-2017.
10. En troisième et dernier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que la commune de Morigny-Champigny aurait procédé à la révision de son plan local d'urbanisme afin de mobiliser de nouveaux outils lui permettant de favoriser le logement social. Ainsi, les obstacles invoqués par la commune, liés à l'absence de foncier disponible et au coût extrêmement élevé du foncier, ne peuvent, en l'espèce, dès lors qu'ils résultent en grande partie de la faiblesse des instruments dont elle s'était, à l'époque, dotée pour les surmonter, être regardés comme revêtant, pour la commune requérante et sur la période en litige, le caractère d'une raison objective au sens des dispositions de l'article L. 302-9-1-1 du code de la construction et de l'habitation, quel que soit le volontarisme dont elle a pu faire preuve par ailleurs, que le préfet de l'Essonne a en tout état de cause pris en compte dans la détermination du taux de la majoration appliqué sur le montant du prélèvement par logement manquant.
11. Il résulte de ce qui précède que la commune de Morigny-Champigny n'est pas fondée à soutenir que le préfet de l'Essonne aurait entaché son arrêté du 23 décembre 2020 d'une erreur d'appréciation. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Morigny-Champigny réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la commune de Morigny-Champigny est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Morigny-Champigny et au préfet de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Blanc, président,
- M. Jauffret, premier conseiller,
- Mme Degorce, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.
La rapporteure,
signé
Ch. DegorceLe président,
signé
Ph. Blanc
La greffière,
signé
C. Delannoy
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026