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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2101706

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2101706

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2101706
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantKAUFFMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 février 2021, Mme F B, représentée par Me Kauffmann, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur départemental des finances publiques de l'Essonne a rejeté sa demande de rectification du cadastre ;

2°) d'enjoindre au directeur des services fiscaux de procéder aux rectifications nécessaires dans un délai de trois mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le cadastre est entaché d'une erreur matérielle, dès lors qu'elle est propriétaire de la parcelle cadastrée section D n° 297 située sur le territoire de la commune de Wissous ; en vertu d'un acte de propriété rectificatif du 22 octobre 1974, M. A D n'est plus propriétaire de cette parcelle ;

- il est également entaché d'erreur, dès lors que l'unité foncière dévolue à M. E D intègre à la fois les parcelles cadastrées section D n° 270 et 297, cette dernière ayant été absorbée par la première ; toutes les ventes postérieures ne se réfèrent qu'à la parcelle cadastrée section D n° 270 ; des permis de construire délivrés sur la parcelle cadastrée section D n° 270 concernent aussi la parcelle cadastrée section D n° 297.

La procédure a été communiquée à la direction départementale des finances publiques de l'Essonne, qui n'a pas produit de mémoire.

Par une ordonnance du 21 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 mars 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le décret n° 55-471 du 30 avril 1955 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Benoit, présidente-rapporteure,

- et les conclusions de M. Fraisseix, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision implicite, acquise le 28 décembre 2020, dont Mme B demande l'annulation, le directeur départemental des finances publiques (DDFIP) de l'Essonne a rejeté sa demande de rectification du cadastre.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 1402 du code général des impôts : " Les mutations cadastrales consécutives aux mutations de propriété sont faites à la diligence des propriétaires intéressés. Aucune modification à la situation juridique d'un immeuble ne peut faire l'objet d'une mutation si l'acte ou la décision judiciaire constatant cette modification n'a pas été préalablement publié au fichier immobilier ". Aux termes de l'article 4 du décret n° 55-471 du 30 avril 1955 relatif à la rénovation et à la conservation du cadastre : " Le plan cadastral rénové donne la représentation graphique du territoire communal dans tous les détails de son morcellement en îlots de propriété et en parcelles. / L'îlot de propriété est constitué par l'ensemble des parcelles contiguës appartenant à un même propriétaire ou à une même indivision dans un même lieudit et formant une unité foncière indépendante selon l'agencement donné à la propriété. / La parcelle cadastrale est constituée par toute étendue de terrain présentant une même nature de culture ou une même affectation et située dans un même îlot de propriété.

3. Ces dispositions du code général des impôts ne font pas obstacle à ce que les énonciations cadastrales, qui ne sauraient, par elles-mêmes et quelle que soit leur ancienneté, constituer un titre de propriété, soient rectifiées lorsqu'elles sont entachées d'erreur matérielle, indépendamment des mentions du fichier immobilier et sans trancher une question relative au droit de propriété. Il n'en est pas de même des mutations cadastrales, qui sont consécutives aux modifications de la situation juridique des immeubles, celles-ci ne pouvant être effectuées tant qu'aucun acte ou aucune décision judiciaire constatant une modification de la situation juridique du terrain au profit du demandeur n'a été publié au fichier immobilier. Lorsqu'elle est saisie d'une demande tendant à la modification des énonciations portées sur les documents cadastraux relatives à la situation juridique d'une parcelle, l'administration est tenue de se conformer à la situation de propriété telle qu'elle a été constatée pour l'élaboration des documents cadastraux. Faute d'une publication préalable au fichier immobilier de l'acte ou de la décision judiciaire modifiant la situation juridique de l'immeuble, l'administration ne peut légalement faire droit à une telle demande, qu'elle est tenue de rejeter. Dès lors, les moyens dirigés contre la décision refusant de procéder à cette mutation sont inopérants.

4. D'autre part, les autorisations d'utilisation du sol étant accordées sous réserve du droit des tiers, elles ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, et non des règles de droit privé. L'inclusion d'une parcelle dans le terrain d'assiette d'un projet soumis à autorisation d'urbanisme n'emporte, dès lors, aucune conséquence sur le droit de propriété afférent.

5. En soutenant qu'elle est propriétaire des parcelles cadastrées section D n° 270 et 297, que le cadastre comporte une erreur en ce qu'il mentionne que M. A D est propriétaire de la parcelle cadastrée section D n° 297, au lieu M. E D, et que la parcelle cadastrée section D n° 270 dont elle est propriétaire a absorbé la parcelle cadastrée section D n° 297, Mme B doit être regardée comme demandant que le cadastre la mentionne comme étant propriétaire de ces deux parcelles.

6. Par un acte authentique du 23 octobre 1973, MM. E et A D ont procédé au partage de biens issus de la succession de leurs parents, comprenant notamment la parcelle cadastrée section D n° 297. Cette parcelle a été attribuée à M. A D. Par un acte authentique du 22 octobre 1974, l'acte du 23 octobre 1973 a été rectifié pour attribuer à M. E D la propriété de cette parcelle. Il ressort du certificat établi par le service de la publicité foncière, relatif aux formalités publiées au fichier immobilier, que ces deux actes ont été publiés respectivement les 5 décembre 1973 et 6 décembre 1974. La matrice cadastrale de la parcelle cadastrée section D n° 297 est donc entachée d'erreur en ce qu'elle indique que cette parcelle appartient à M. A D. Il ne ressort toutefois ni de ce certificat, ni d'aucune autre pièce du dossier, qu'aurait été publié au fichier immobilier un acte transférant la propriété de cette parcelle au père de Mme B ou à elle-même. L'acte authentique du 24 décembre 1996 ne concerne que l'acquisition par M. C B de la parcelle cadastrée section D n° 270, pour une superficie de 3 ares et 79 centiares identique à celle mentionnée dans l'acte authentique du 23 octobre 1973, tandis qu'aux termes de ce même acte authentique et de celui du 22 octobre 1974 la parcelle cadastrée section D n° 297 présente une superficie de 33 centiares. Dans ces conditions, sans qu'importent les permis de construire d'ailleurs délivrés sur la seule parcelle cadastrée section D n° 270 à la seule exception de celui accordé à la requérante le 5 février 2021, la demande de Mme B ne concerne pas la rectification d'une erreur mais une mutation cadastrale concernant la situation juridique de la parcelle cadastrée section D n° 297. Cette mutation ne peut pas être effectuée tant qu'aucun acte ou aucune décision judiciaire constatant une modification de la situation juridique du terrain à son profit n'a été publié au fichier immobilier. Le directeur départemental des finances publiques de l'Essonne était, par suite, tenu de rejeter la demande de Mme B. Les moyens présentés par la requérante doivent être écartés comme inopérants.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présente jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme B doivent, dès lors, être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande Mme B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F B et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera adressée au directeur départemental des finances publiques de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Benoit, présidente-rapporteure,

M. Maitre, premier conseiller,

M. Maljevic, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

La présidente-rapporteure,

signé

C. Benoit

L'assesseur le plus ancien,

signé

B. Maitre

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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